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Full text of "Les associations ouvrières en Angleterre (trades-unions)"

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LES 

ASSOCIATIONS OUVHIÈHËS 

EN ANGLETKRUE 

(ÏUADES-UNTONS) 



PARiS. — lMI>n. K. MAHTINET, RUE MIGNON, 2. 



LES 



mmim 



EN ANGLETEIUIE 



(TRADES-UNIONSJ 



M. LE COMTE DE PARiy 



PARIS 



GERMnr. r,\iMJKi;i:, i-iiu'.AinK-Knrrr.rn 

mr i)i; i.'i';r.iii.K-i)K-Mi:iiKciNF. , 17 
1 S (■)'.) 
'■ ''' , . 



♦^ 







AVANT-PKOl^OS 



Nous devons im mot d'expliralion an lec- 
teur ([iii vent bien parconrii' ces paj^es. Elles 
pourioiil lui paraître remplies de détails spé- 
ciaux : le sujet même semblera, sf.ns doute, 
toutà lait technique. Mais nous espérons que, 
dans cette question qui vient d'être pour nous 
l'objet d'assez longues recherches, il veri-a, 
comme nous, un intérêt général et pressant. 

Onand nous parlerons de l'ouvrage des 
maçons, des forgerons ou des taiUeurs. cpic 
nous examinerons scrupuleusement lOi'uaiii- 
satioii liiiaiiciére de leurs S(»('i(''l(''S. nous ne 
prétendrons l'aii'e cepeudanl. ni un essai sui" 
l'industrie, ni un eouis de slalislitpii' : noti-e 
but sera dV'Indiei', sans parti pi'is, un sujet 



VI AVANT-PROPOS. 

(|ii'il iiiijtorlo <1(' (llsculci' à un poiiif de vue 
oxcliisivoment pratique. Nous Irouvous un 
p,Tand intérAtà suivre le <l(;veloppemeiit des 
associations ouvrières, parce qu'il faut, d une 
part, envisager sans illusion les dangers qui 
peuvent naître d'un fait désormais nécessaire, 
et, de l'autre, parce que, malgré ces dangers, 
nous sommes convaincu que ce développe- 
ment peut être utile, non-seulement à ceux 
qui en attendent une légitime amélioration 
de leur sort, mais aussi à la société tout en- 
tière. 11 nous semble que l'application nou- 
velle du principe fécond de l'association, non- 
seulement assurera à la société un profit 
matériel et un accroissement de la richesse 
publique, mais lui rendra, dans l'ordre mo- 
ral, des services plus importants encore. Elle 
contribuera à montrer tout ce qu'il y a de 
spécieux et de funeste dans la prétendue op- 
position d'intérêts entre le capital et le ti'a- 
vail. Nous ferons voir ces deux éléments de 
la prospérité publique en tout pays, tantôt 



AVANT- PROPOS. y:i 

engagés dans une lutte contre nature, tantôt, 
au contraire, retrouvant toute leur puissance 
par une heureuse alliance. 

Les exemples que nous avons à donner 
prouveront, nous l'espérons, combien ces élé- 
ments sont solidaires, et peut-être alors notre 
travail ne paraîtra-t-il pas inutile au lecteur. 
Lorsqu'un navire est pris par les brouillards 
dans une mer semée de récifs, on jette la 
sonde à tout moment, et l'on interroge avec 
soin, comme des indices précieux de la route 
à suivre, les moindres objets que le plomb 
ramène du fond des eaux. Au milieu des 
incertitudes qui enveloppent Tavcnir de la 
France, on no saurait donner de trop fré- 
quents coups de sonde dans le sillage de nos 
voisins, qui naviguent entourés des mêmes 
périls. INtiH' ([110 ces reclierclies ne soient pas 
inutiles, il iaut tenir compte de tous les détails 
[U'opres à (''clnirci' une (pioslioii aussi grave 
et qni nous (ondic (ons égal(Mnent. 

Dans le cours de ce Iravail, iiisj)ii'('' jiar le 



viii AVANT-I'IIOPOS. 

s|W('tn('l(' (lu jeu (les iiisliliiliuli-; d iiii |iavs 
liliiT, nous iKMis sdiiiiuc-^ rlloi'ct- i! usi'i- asi'c 
iiiipai-lialit)' <lii «li'n'il a|i|iai'|(>ii.'iiil à clianiii 
(I ap|>i'('iici' (les aclrs f|iii oiil ('It' I ulijcl d nue 
(liscnssidu [inMhiuc ciili'c les inl(''i'(,'ss(''<. .Nous 
('s[M''r(ins a\(>jr riMissi à rendre la justice i|ni 
leur est due, tant à ces [>uissaiits induslrii-ls 
([ui contribuent, par h'ui' intelligence, aux 
véritables progrès de la civilisation, qu'à cette 
population ouvrière, probe et laborieuse, qui, 
par ses qualités solides, fait la force et l'hon- 
iieur de toutes les grandes nations. 

Louis-pHu.irM'K d'Orléans. 

Vwickeiili;im, là mars 1SG9, 



LUS 

ASSOCIATIONS OUVRIÈRES 

EN ANGLETERRE 
(TRÂDES-UNIONS) 

CIÎAPIÏRE PUEMIEK 

LES CniMKS DE SlIEFFIELD 



Tout le moudo reconnaît aiijom\l"lmi les 
avantages que la classe ouvrière! peut retirer 
(le l'association, persoinie ne lui conteste le 
droit d'en user; mais l'expérience seule lui 
apprendra à manier cet instrument à la fois 
si puissant et si délicat. Aussi chaque peuple 
a-t-il le [)lus graud intérêt à se rendre compte 
des ellorls tentés par ses voisins dans cette 
voie, aliu de discerner co (piil peut leur em- 
prunter et les écueils qu il doit éviter. 

En France, les esiirits, poussés }>ar la lo- 
gique, ont essayé de préférence la forme d'as- 

1 



2 IXS ASSOCIATIONS 01 VlUf.lUlS EN ANdLEI KRItE. 

socialidji. 1.1 [iliis ]>;iiT;iilc [(ciil-rlrt'. iii.iis ni 
luAniC! temps la plus (lillii il»; à appl'upitT : la 
société coopérative de prodiictiuii. l/Alk'- 
nia^iie est déjà couverte comirn' duii ii'scau 
par l'admirable iiislitiilioii des l>an(|u<'S de 
cr('dit populaire, aux(juell(îs M. Selml/e- 
Delitsch a attaché son nom. Ijillii, eu Augb^- 
terrc, croissent et se développent les sociétés 
coopératives de consommation, si bien dé- 
crites par M. Jules Simon, qui associent le 
consommateur aux profits du marchand en 
détail, et rendent ainsi l'épargne possible à 
l'ouvrier, dont la vie quotidienne absorbait 
auparavant le salaire tout entier. 

Mais l'objet de cette étude n'est pas de 
montrer les avantages de ces diverses insti- 
tutions : elles sont déjà connues et appré- 
ciées. Nous nous proposons ici do parler 
d'une autre espèce d'associations ouvrières, 
très-puissantes en Angleterre, qui n'ont pas 
débuté sous d'aussi heureux auspices et n'ont 
pas conquis dans tous les rangs les mêmes 
sympathies. Ce sont les Trades-Unions. ou 
ligues de métiers : vastes coalitions don- 



LES CRIMES dp: SHhl'FlELD. à 

vriers, clouées d'une organisation complète 
et permanente, dont l'influence sur l'indus- 
trie britannique est devenue trop importante 
pour ne pas mériter aujourd'hui d'attirer 
notre attention. 

Formées au milieu de ces luttes funestes 
qu'on appelle les grèA'es, elles ont conservé 
le caractère de machines de guerre. Aussi 
comptent-elles des adversaires et des défen- 
seurs également passionnés. Ceux qui recon- 
naissent le plus leur puissance sont ceux 
aussi qui les redoutent le plus. On a voulu faire 
peser sur elles la responsabilité de quelques 
crimes isolés ; on les a condamnées sans appel 
[tour avoir professé quelques erreurs écono- 
miques ; enfin on ne s'est pas demandé si ce 
cheval de bataille; ne pourrait pas un jour 
s'atteler à la charrue, et rendre ainsi à la 
société de précieux services. 

Mais l'opinion publique en Angleterre no 
confirme jamais les jugements précipités: 
avant de se prononcer, elle veut s'éclaireu' 
par une discussion sérieuse et ap[>i'ol'ondie. 
Des circonstances Darticulières viennent de 



fi I.I.s ASSOCIATIONS ol VliIi;nF.S F.N ANCI Kl I I;»;K. 

|)l'u\(><Jl|c|' celle discussion cl (r;i|i]ie|e|' r.'il- 

leiilidii (le Ions sur co sujel. \'a\ clielj «riiiic 
|»;irl, la rcforiiM^ j)ar laijiielje r.AiiLileteri'e \\ 
('lari^i la l)ase de sa représontaliou nalioiiale, 
devant assurci' peu à peu nue j^^randeinnueucc 
aux classes ouvrières, doiuie dt'-jà une impor- 
tance nouvelle à tout ce qui les touclK;. 
D'auli'e part, réj)ondaut à un vœu unanime, 
le gouvernement lui-même est intervenu 
pour favoriser le débat contradictoire ouvert 
sur les ligues de métiers. Il a nommé une Com- 
mission d'enquête, composée d'hommes appar- 
tenant aux opinions les plus diverses, dont les 
travaux, fidèlement publiés de mois en mois, 
ont jeté sur cette question un joiu' nouveau 
et seront la base principale de cette étude. 

L'origine de cette enquête remonte à deux 
faits, particuliers en apparence plutôt que 
d'une importance publique, mais qui devin- 
rent des événements considérables par leurs 
conséquences. 

Le premier eut pour théâtre la ville de 
Sheftield. C'est au centre de l'Angleterre, 
dans le voisinage de plusieurs houillères, au 



LES CP.IMKS DE SlIFJTIF.i.D. 5 

fond (rime vallée encaissée et toujours enfu- 
mée, qu'est située l'active et populeuse capi- 
tale de la fab]'ication de l'acier. On y voit lef 
plus puissants marteaux à vapeur de l'Angle- 
terre et les immenses coupelles de Bessemer, 
cornues gigantesques où bouillonnent à la 
fois cinq à six tonnes do fer. On y fabrique 
des canons et des plaf[ues de navires cui- 
rassés. Mais, à cùté de ces industries mo- 
dernes, subsiste la vieille industrie de Slief- 
field, la coutellerie. Elle a perdu son antique 
monopole : quelques-imes de ses branches 
ont à soutenir maintenant une rude concur- 
rence, et parmi celles-ci aucune ne souffre 
plus que la fabrication des scies. Les ouvriers 
couteliers, peu nondjreux, jaloux et exclu- 
sifs, ont formé, dans chaque spécialité, des 
associations de l'espèce appelée Trades — 
Unions, espérant obtenir par là l'élévation 
de leurs modiques sabiires. Us n'y ont pas 
réussi, et il en résulte de fréquentes querelles 
entre eux et leurs pali'ous. 

Uu ()u\i'i('i' iioiiuiié l'\virnough s'était sé- 
jtai'é de Tiiiir de ('('S sociélés, l'riiinii des 



G M:S associa IKiNs 01 VlilKi;! S EN \N(.l.r.TI l;l'.K. 

r('|tas«'iii's (le scies, à IjujucUl' il a|»j)iii Iciiail. 
Aux yriix (le SCS camarades, il avait «Icscrlc 
(levaiil rciiiicmi. Le 8 octobre |!S()(>, iine 
violciile c.\|t|nsinii (''Itraiila l.i uiodcslc maison 
(|ii il o((ii[)ail avec, sa lamille, y fit de grands 
dégâts, (;l les liahilaiits Ji'écliappèreiil (pic 
jiar miracle. Une boîte de i»oudre, déposée 
avec nne mèclie allumée dans sa cave, y avait 
éclaté. L'auteur du crime demeura ignoré. 
L'opinion publi([ue s'en émut d'autant plus, 
(pi'un pareil attentat n'était pas isolé. Depuis 
quelques années, Slieffîeld avait vu plus de 
dix explosions analogues et [)lusieurs coute- 
liers victimes de meurtres sans que presque 
jamais la justice fût satisfaite. Ainsi, en 18o9, 
un ouvrier nommé Linley avait été tué au 
milieu d'une salle pleine de monde par une 
balle silencieuse sortie sans doute d'un fusil à 
vent, et personne n'avait pu découvrir l'as- 
sassin. Ces attentats ayant tous été dirigés 
contre des personnes hostiles aux Trades- 
Unions, la voix publique avait fini par les 
attribue!' à ces sociétés. Elles repoussèrent 
avec indignation une pareille supposition. 



LES CUIMES DE SHEFFIELD. 7 

L'Union à laquelle Fearnough avait appar- 
tenu se distingua entre toutes par le zèle 
qu'elle déploya pour aider la justice à 
trouver l'auteur de l'explosion du 8 octuljre. 
Son secrétaire, appelé Broadliead, se mit 
même à la tête d'une souscription destinée 
à augmenter la récompense promise au dé- 
nonciateur; mais tout fut vain : le mystère 
ne s'éclaircit point, les défiances s'accrurent, 
et l'esprit public demeura troublé. 

Une affaire d'un tout autre genre vint, ])eu 
de temps après, occuper l'attention publique. 
Au lieu d'être exposées à des accusations 
plus ou moins vagues, les Unions se trou- 
vèrent, au contraire, cette fois être la partie 
plaignante. En effet, le trésorier de Tune de 
ces sociétés avait volé à la caisse quelques 
centaines de francs. Poursuivi devant le tri- 
bunal do Bradford, il avait été ac<[uitté : les 
magistrats avaient jugé que, l'Union conte- 
nant dans ses statuts des prescriptions con- 
traires à la loi, ils ne pouvaient lui recon- 
naîlj'e b' <li'(tit de posséder, l^e 10 janvirr 
l«Sb7, la c<»ur du Haiic de la Reine coiilii'- 



n M.S ASSOCIAI IONS OlVIÎIi.r.KS |;N ANGI.KTKIlia:. 

lii.'ii! m ,i|)])('l celle (|('-eisi(iii. Son ;ii'iè( (ix.-iil 
Ja jiii-is|>rii(leiie(- : aussi lalai'iiie liil-elU,» 
j;i'aii(le panni les li^iK's, (|iii appiireiit ainsi 
([lie leurs caisses, coiileu.iiij paiToi^ |)lii>ieiir.s 
inillioiis, (''laieiil à la iiieicl .1 un liM'Sdriei' 
iiificlèlc. Leur silualimi iiV'Iail jtas leiial)lc, 
quoique, hàtoiis-uous de le dire à 1 hoimciir 
dos modestes employés de ces }:,i'aiides associa- 
tions, aucun d'eux u'ail, (lej)uis l'arrêt, trahi 
sou mandat : il leur Itillail, ou se dissoudre, 
ou obtenir une législation protectrice de leurs 
intérêts. C'est alors qu'elles deuianderonl à 
la Couronne de nommer une commission 
d'enquête qui put ruéparer cette législation. 
Lorsque, dans un pays libre, l'opinion }»u- 
blique s'empare d'une question, elle ne tolère 
aucun délai. Aussi la Commission était-elle 
formée dès le 12 février, et, le 18 mars, elle 
tenait à Londres sa première séance pu- 
brupie. Cependant le souvenir des crimes 
de Sheffield s'était réveillé; on en citait 
d'autres commis à iManchester dans des cir- 
constances analogues; les adversaires des 
Unions prét(Midaient en rojeter la responsa- 



LES CRIMES DE SllEFFlKLD. 9 

bilité sur rensemble même Je ces sociétés. 
Elles ne pouvaient rester sous le coup d'une 
pareille imputation . Pour leur donner les 
moyens de se justifier, le Parlement autorisa le 
ministre de l'intérieur à nommer deux sous- 
commissions, chargées de rechercher l'ori- 
gine des attentats de Slieffield et de Man- 
chester, et les investit, pour atteindre plus 
sûrement ce but, de pouvoirs extraordinaires. 
Ces difFérentes connnissions , conduisant 
l'enquête qui leur était confiée comme un 
débat contradictoire, ont par leur impartia- 
lité, leur patience et leurs lumières, rendu 
un grand service à l'Angleterre. Elles ont 
donné au public les moyens de discerner le 
bien et le mal, de revenir sur plus d'un 
préjugé, et ont olTert aux intérêts qui se 
croyaient les plus opposés l'occasion de 
se confronter, de s'expliquer, et souvent 
de se rapprocher les uns des autres. 

Avant d'étudier l'histoire et l'organisation 

des Unions dans les séances delà Commission 

. royale de Eondres, il est nécessaire de réduire 

à ses justes proportions l'accusation qui pesait 

1. 



10 IJ-.S ASSOCIATIONS (ti;V4\lf:r.ES KN AN(;i.KTKI'.r.G. 

^iir flics, cl <lc suivre il'ahortl dans leur 
cii(|iiclc les Sdiis-coiiiiuisNioiis (le Sli(Tliel(l 
cl (le M.iIicliesU'l'. 

La |»i'eiiiièi'c a\,iil une tiiclic siij^ulière- 
iiiciit (liriicilc, eai' il lui l'allail (lé'C(ju\ rir la 
vérit«^ là où loulcs les recherches de la police 
avaient ('m'Ikuk''. Mais elle devail liouver un 
^raiid secours dans les pouvoirs exlraordi- 
naires qu'elle avait reçus et qui l'assimilaient 
à une cour de justice. C'est un pi'inripe tuté- 
laire de la procédure criminelle en Angle- 
terre, que le témoin, obligé par sej-ment à 
dire la vérité devant le tribunal, ne peut être, 
s'il s'accuse lui-même, poursuivi sur les aveux 
ainsi obtenus de lui. La commission eut le 
droit d'accorder la même immunité aux 
témoins qu'elle appelait, et ce droit devint 
entre ses mains un instrument bien plus 
puissant qu'il ne peut l'être dans celles d'un 
tribunal ordinaire, puisque rien ne limitait le 
champ de ses recherches, et que, n'ayant pas 
de sentence à prononcer, pas d'accusé à con- 
damner, elle s'empressait d'envover sur le 



LES CRIMKS DE SHKIFIELD. 11 

I)anc des témoins tous ceux que lui dési- 
guaient les vagues soupçons de l' opinion 
publique. Si leur confession était sincère 
et complète, les commissaires devaient leur 
donner un certificat d'amnistié, spécifiant les 
crimes ou délits dont ils seraient reconnus 
coupables. Les complices qu'ils dénonceraient 
n'auraient qu'à les imiter pour obtenir la 
même immunité. Mais le témoin qui commet- 
trait mi seul parjure, qui dissimulerait la 
moindre vérité, serait exposé à toute la rigueur 
des tribunaux. 

La commission, composée de trois légistes 
(MM. Overend, Barstow et Chance), ouvrit 
ses séances à Sheffield le 3 juin 1807. Deux 
avocats suivaient ses débats, représentant, 
l'un les patrons, associés pour l'aider dans ses 
recherches, l'autre les Unions qui avaient 
demandé la formation de ce tril)unal. 

L'émotion était grande à Sheffield : on ne 
I (OU vait croire au succès. Mais, dès le dél)nt, 
l'ciKpiétc, conduite avec tact et jugement, sou- 
Icvji un coin (In voih', et h' donbh^ stimulant, 
du chaliment ponr les récalcitrants, de l'ini- 



12 l.TS ASf^Or.lATIONS OUVRlf-RES EN ANCI.m !;r.P. 

jiiinil(' |)niii' !(■-, cl iiiK'S av(»in''s, aid.i Itifulùt la 
cuiiiiiiissioii à le (liMliii'ci' (•i>iii|i|(''l('iiii'iil . On 
ciil alors. |)('ii(laiit viii,L;l-(iii(| jours, le sp(M> 
laclc «''li'aiij;(' «le coiiitaMos racoiitant leurs 
iiiéraits et aj)|)()rlaul lui soiii scrupiih.'iix à 
ii'oiiielli'(î aucun détail . l'arFois, après s'ètie 
accusés cux-jnrnics, ils nirllaicut <l aUnid Icui' 
j)(»iiit (1 Ikimucui' à ne pas lialiir leurs eoni- 
plices; mais, conipiomis bientôt par d'autres 
dépositions, ils venaient reconnaître qu'ils 
n'avaient pas dit toute la vérité, et faire une 
confession complète poiir mériter le précieux 
certificat. Le lien secret qui existait entre tous 
ces crimes se montrait enfin ; le rôle des cou- 
pables se dessinait : on voyait apparaître l'iii- 
spirateur, les exécuteurs, et les complices 
qu'ils avaient trouvés dans quelques sociétés, 
heureusement peu nombreuses. A mesure que 
l'indignation publique s'amassait sur leurs 
têtes, la vérité, en se faisant jour, dissipait aussi 
les vagues soupçons qui avaient pesé sur les 
ligues en général, et leur représentant pouvait, 
à la dernière séance, déclarer publiquement 
qu'elles s'applaudissaient d'avoir contribué à 



LES CniMES DE SHEFflELD. 43 

provoquer cette enquête. Dans sa sécheresse 
même, le compte rendu de cette dernière 
séance a quelque chose de particuUèremeiit 
saisissant. Les coupa])les, ou leurs manda- 
taires, se présentent l'un après l'autre devant 
la commission pour recevoir leur certificat, et, 
si quelqu'un de leurs crimes n'y est pas inscrit, 
ils le rappellent en réclamant instamment son 
insertion. Ils sont libres désormais et protégés 
contre les poursuites de la justice humaine; 
mais, inviolables comme Caïn, ils emportent 
comme lui, empreinte sur le front, la marque 
de l'infamie. 

; Tel est le dénoùmentde ce drame étrange. 
Pour en suivre le fd, pour comprendre les 
mobiles de tant de crimes qui jiaraissaient 
jusque-là inexplicables, il faut connaître les 
cii'constances au milieu desquelles ils se sont 
produits, se rendre compte des préjugés qui 
régnaient parmi les ouvriers de Sheiïield, et 
des passions qui, s'emparant de quelques na- 
tures pci'verlies, <iiit pu les pousser jus(pi'iui 
mciulre. Iiubues de fespril de UK^iiopoK; 



!'» LKS ASSOCIATKiNS OlVI'.lf'RES EN ANGLETERRE. 

<|ll elles seillM.lielil ;tV(»ir ||(''iil('' <|e.s (-(d'hora- 

tionsdii moyen àt;*', la plupait des sociétés de 
couteliers ne se (oiiteiitaient pas de soutenir 
les p;i'èves, ce qui était le but avoué de leur 
institution. Elles prétendaient exercer sur leur 
industrie une influence absolue, imposer aux 
patrons toutes les volontés de la majorité de 
leurs membres, y asservir la minorité, et pour 
cela obliger tous les ouvriers à entrer dans 
leur sein. Quiconque s'y refusait était consi- 
déré comme un ennemi, et sa libre concur- 
rence, ou même sa simple résistance aux or- 
dres impératifs de l'Union, prenaient, aux 
yeux des associés, le caractère d'un véritable 
délit. La plupart croyaient sincèrement qu'en 
ne leur donnant pas les moyens de le punir, 
la législation commettait contre eux une grave 
injustice. De là, à la réparer de leurs propres 
mains, il n'y avait qu'un pas. Il fut souvent 
franclii. Pour punir et intimider les récalci- 
trants, on dérobait secrètement leurs outils (1 ). 
Les ouvriers victimes de ces vols savaient très- 

^.1) C'est ce que les ouvriers anglais ont appelé le rattening. 



LES CniMES DE SHEFFIELD. 15 

bien quels en étaient les auteurs ; s'ils persis- 
taient, les persécutions continuaient ; s'ils se 
soumettaient à l'Union, son secrétaire leur 
rendait aussitôt les objets dérobés. L'immense 
majorité de ceux qui approuvaient ces procé- 
dés aurait reculé d'horreur à la pensée de les 
pousser jusqu'au crime; mais les plus violents 
et les moins scrupuleux parmi leurs chefs, 
une fois sortis des voies légales, ne devaient 
pas s'arriHer devant une pareille extrémité. 
11 s'en trouvait un parmi eux, destiné à une 
triste célébrité : c'était ce même Broadhead 
qui, au moment de la tentative d'assassinat 
contre M. Fearnough, avait élevé la voix plus 
haut que tous les autres dans le concert de 
l'émotion pulditpie. Veut-on savoir mainte- 
nant pounjuoi l'auteur en étcut demeuré in- 
comm? (i'est que le coupable n'était autre 
que Broadhead lui-même. C'est lui qui avait 
désigné la victime et payé l'assassin chargé 
de la faire sauter. Mais ce crime n'était 
que le dernier incident de toute une série 
d'attentats systématiquement ordonnés par 
lui, et dont il déroule devant la Commis- 



ir, I,F.S ASSOriATFONS OUVniÈIlKS KN ANM.I.rr.l;l!K. 

sidii I fll'i'.iN ;iiil laMciii. ['ai iS.'jî. mininricp 

Iioiiiliit' l'.irivi'l' ;i\';iil r\r Mc^^r'- (I 1111 (('llh (If 

fusil : (• est liroiullirad ijiii a jia\t'' < | a poslt'* 
l'assassin, ('/est IiTMiiii a lait liicr M. IjiiIcv: 
son j)i'iii('i[)al a^cnl, uoniiiK' (îi'oijkcs, devait 
donner une Icron à fclui-ci en le l>lt'ssant 
av(;(: un liisil à Vful. l iir |)iTiiii("'re luis, la 
victime avait été atteinte, mais la Messure 
avait été juj^ée trop légère ; Crookcs s'y 
reprend nue seconde fois en iS.'iO, mais 
alors vise trop bien et frappe mortellement. 
Broadhead adopte ensuite un autre système, 
et l'explosion de la maison Fearnough est la 
neuvième dans la liste de celles dolit il s'est 
reconnu l'auteur. Crookes, presque toujours 
chargé de la besogne, choisit ses associés. 
Broadhead les paye, selon les circonstances, 
de 100 à 500 francs chaque fois. Le prix 
jest prélevé sur les fonds de la société dont 
il est trésorier, car jamais une vengeance 
personnelle ne semble avoir inspiré ces guet- 
apens : ce sont les intérêts de l'Union qu'il 
prétend servir en poursuivant les membres 
de la même industrie rebelles à ses ordres. 



LF.S CRIMES DK SHEFFIELD. 17 

1)000 francs ainsi débonrsés sont inscrits sur 
les registres, sous des titres supposés, on même 
en blanc, et aucun de ceux qui étaient char- 
gés de vériiier les comptes ne paraît avoir 
cherché à s'en expU({uer l'emploi, preuve évi- 
dente de leur connivence. ^Mais celte conni- 
vence, loin de faire courir aucun risque aux 
assassins, les aidait à atteindre hî but qu'ils se 
proposaient. Il fallait que le secret qui couvrait 
le coupable laissât cependant deviner les motifs 
<lii crime. C'était à quoi on avait parfaitement 
réussi. La main de l'Union était toujours 
reconnue, on pouvait se dire à l'oreille que le 
lendemain un autre récalcitrant irait grossir 
la liste des victimes, et l'Union retenait [)ar 
la terreur et s'élevait au rang de C(*s fameux 
tribunaux de la Sainte-Vehme qui pronon- 
çaient des arrêts dont l'exécution seule de- 
meurait enveloppée de mystère (1). 

(1) Quoique les n;v('lalions de la commission' aient ouvert 
les yeux à tous ceux qui avaient indiretienienl et invoiontai- 
reiiHuI encouragé ces crimes en approuvant les petites pcrsé- 
culido^ ( nuire les non- unionistes ; (pioiqu'elles aient inspiré 
luie ^;ilii(;iii(' terreur à ceux qui seraient anjourtVInii disposés 



<8 M.S ASSOCIATIONS OIVUlflIlF-S KN ANfilKTIlUnE. 

Mi'oadlii'.id (l aillrtirs avait des t'iiiiilc-^ dans 
d'autres sociétés, et la coiimiissiitii a r<d<'vt'', 
oiitrr deux niciiilirs. iiiir i[iiiii/aiiM' de Voies 
de l'ail el de leidali\es d'explosion commises 
depuis dix ans à 1 iiisli^ation des em[)loyés de 
diverses Unions; et, si la complicité de ces so- 
ciétés n'a pas été établie, c'est qu'elles se sont 
en général empressées de détruire hnirs livres, 
qui contenaient sans doute contre elles des 
preuves accusatrices ( I ). La commission d'en- 
quête de Manchester siégea pendant quinze 

aies renouveler, quekiues-uncs de ces sociétés, les plus com- 
promises dans ces déplorables affaires, ont montré l'esprit qui 
les animait en bravant ouvcrlement l'opinion et rhonnèleté 
piibli([ncs. Ainsi IT'nion des fabricants de niandies de scie 
a per^^isté à conserver, comme trésorier, un liomme qui avait 
confessé lui-même avoir donné 7 livres, 10 sliillings, pour payer 
en partie les assassins de M. Fearnougli. On peut donc craindre 
t\nv le système des meurtres de ce genre ne soit pas cnrore 
lout à fait aliandonné. Mais si, par mallicur, qucl(j[ues crimes 
analogues venaient encore s'ajouter à tous ceux dont l'origine 
est aujourd'hui connue, l'opinion pu])lii[ui' n'en serait pas 
émue comme auparavant, car elle sauiait à qui les allribuer, 
l't elle ne les ferait pas retondjer sur ceux dont ia commissiun 
a prouvé l'innocence. 

(1) Toutes ces sociétés, sauf une, celle de^ briqueliers, sont 
fermetés parmi les coutelii'rs. 



LES CRIMES DE SHtFI'IELD. 19 

jours, (lu 4 au 21 septembre. Les crimes et 
délits dont elle eut à reclierclier l'origine 
-avaient presque tous pour cause des que- 
relles entre les ouvriers brique tiers et leurs 
patrons, et, pour intimider ceux de ces der- 
niers qui résistaient aux volontés des Unions, 
on s'était attaqué plutôt à leurs propriétés 
qu'à leurs personnes. Des chevaux avaient été 
égorgés, des vaches empoisonnées, des meules 
de foin incendiées, des briqueteries détruites, 
et c'était seulement dans les combats noc- 
turnes auxquels ces actes coupables avaient 
donné lieu, qu'un meurtre et de nom])reux 
actes de violence avaient été commis. L'Union 
des briquctiers de Stockport fut seule con- 
vaincue d'avoir directement favorisé ce bri- 
gandage. Quelques autres s'accusèrent elles- 
mêmes en détruisant les preuves qui [>ou- 
vaient les compromettre. L'une d'entre elles, 
par exenq)le, refusait de livrer ses comptes : 
on finit par saisir cinq caisses où elle les 
renfermait; on les porte triomphalement au 
siège de la commission; on accorde viugt- 
qualre heures de délai au trésorier pour 



20 IMS ASSOCIATIONS OlvitlKP.F.S KN ANCl.KTKnP.E. 

venir les oiiviir: puis mi les lorcc : elles 
•'■laicnl \i(l('s! Sdit ;iv;iiil, soit après la saisie, 
ime main lial»ile avail soiisirail tous les dncii- 
menls (|ir('ll('s conleiiaieiil. l'ii iionini»'' K(iy 
t'iait désif^iK' par la \'oix pnl)li(pie cninnKj le 
chef et l'enlrepreMeiir ù lorl'ait de ces expé- 
ditions iKM'liirjies, dont il se faisait, disait-on, 
un gaj»ne-})ain ; mais, no voulant pas sans 
doute imiter les aveux cyniques de liroad- 
head, il disparut de Manchester, et confirma 
ainsi les révélations qui ne tardèrent pas à 
être faites par ses complices. Cependant, sauf 
ces exceptions, on ne put rcqjrochcr aux 
sociétés de briqucliers et de maçons du 
district de Manchester que d'avoir, par d'ab- 
surdes règlements sur l'industrie, encouragé 
chez les ouvriers une hostilité contre les 
patrons qui poussa plusieurs de leurs mem- 
bres à commettre les actes de violence que 
nous venons de mentionner. 

Persuadé qu'il faut, en abordant l'exa- 
men d'une institution comme celle (pii nous 
occupe, avoir tout d'abord les yeux bien ou- 



LES CRIMES DE SHEFFIELD. 21 

verts sur les dangers qui p('uveiit en naître, 
nous nous sommes arrêté un moment sur ce 
triste sujet. Mais nous n'aurions pas entrepris 
une pareille étude si nous n'y avions trouvé 
l'occasion de montrer les vraies limites du 
mal, et de faire, une fois pour toutes, justice 
de bien des exagérations. En parlant des 
Trades-Unions, nous aurons à citer encore 
quelques actes isolés de violence, à blâmer 
encore bien des erreurs, bien des pr()jugés, 
bien des abus de la pnissance de l'associa- 
tion ; mais nous croyons que les esj)rits impar- 
tiaux, insensibles à de fausses alarmes, ne 
verront dans ces excès aucun motif de con- 
damner sans retour une institution vigoureuse 
qui tâtonne et cherche encore sa voie. 

Aucun esprit de parti n'avait inspiré la 
composition de la Commission royale. Elle 
contenait tous les éléments nécessaires pour 
provo(pier une discussion complète et ap|»ro- 
fondie, car ses membres, au Jiombre de dix, 
présidés par l'un des juges les phis respectés 
de l'Angleterre, Sir William Mvlc, (q)parle- 



22 Li:S ASSOCIA riD.NS OUVIUÈKES EN AN".LEiKHRE. 

Jl.'lirlil ;iii.\ (i|illil(»lis les [»|||S o|i|»oS(''("<. I.a 
( !li;iniltic (les |i;nrs (''l;iil r('|tr(''scnl(''»' |»;ii' l.nrd 
LiclilicM, <l<'si^(i('' p;ir ses r|]u|-|s iKilir l'i'coii- 

cilicr t'ii 180.) les iiiaîtn-s de lorgcs et It'Ui's 
ouvriers; celle des <'()niiinines par (|iialre 
de ses iiieiidtres : iiii seul dCidie eux. Sir 
Daniel (looeli, dir(M;leiii' du (iical N\ Cslern 
Uailway, eoiinu surtoid par la pari <pi il a 
prise à la pose du câble transatlnnliqiie , 
ap[)artcnait au parti ministériel ; les trois 
autres étaient Lord Elclio, libéral modéré; 
M. Roebuck, l'éloquent avocat m(}ml)re in- 
dépendant du parti radical; enfin >I. T. Hu- 
ghes, l'auteur populaire, qui professe des 
opinions démocratiques. A côté d'eux se 
trouvaient un avocat, M. Harrison, l'allié 
fidèle de ce dernier; Sir Edniund ilead, 
ancien gouverneur général des deux Cana- 
das; M. Booth; M. Merivale, ancien membre 
du gouvernement des Indes; et un maître 
de forges, M. Mathews, qui représentait la 
grande propriété industrielle. Des diver- 
gences d'opinions apparurent dès les pre- 
mières séances, dans l'interrogatoire même 



LES CRIMES DE SHEFFIELD. . • 23 

des iémoins. Chaque membre ayant natu- 
rellement le droit de leur poser des ques- 
tions, ceux-ci se trouvaient toujours soumis, 
après leur premier examen, à ce que la pro- 
cédure anglaise appelle le contre-examen, de 
la part d'un commissaire désireux de scruter 
la valeur de leurs dépositions, ou de leur 
faire atténuer ce qu'elles pouvaient avoir de 
trop contraire à ses propres vues. Aussi est-il 
probable que la Commission, qui n'a pas 
encore terminé ses travaux, se partagera à 
la dernière heure, et ne pourra s'accorder 
pour signer un rapport unique; mais cela ne 
vaut-il pas mieux que d'avoir conduit l'en- 
quête d'un point de vue partial qui lui aurait 
fait perdre toute son efficacité? Dans cette 
longue procédure, qui a duré près de deux 
ans, la Commission a entendu des témoins de 
toutes les classes, de toutes les professions. 
Les maîtres et les ouvriers se sont assis 
devant elle sur le môme banc; les uns et les 
autres, d'ailh'urs, se sont empressés de pré- 
venir son ap[tcl. Les représentants des Unions 
devaient être les premiers à venir lui e.\i)osei' 



•1\ IJ:S ASsOf.lA'IlONS OUVRIKRES RN ANCLKl Kl;Ut. 

leur ^ilii.iliiiii <'l leurs vmmix ; les iii;iitr("^, «iiii 
av.iii'iil cil à liillcicdiilrc nix djiiis |( s^|-rvos, 
ne |i()iiv;ii('iil iii;iiit]iici' <!<' se pn'sciilcr |ioiii' 
leur l'rjHuidrr. Des deux paris, on clienliait 
des .luxiliaii'cs dans le caiii]) opposé. Les inaî- 
lirs hoslilt's aux Unions [)r(''senlai(Mit des ou- 
vriers qui se disaient viftimes do ces sociétés. 
Les adversaires des p.drons demandaient à 
ceux (l'entre eux avec les(piels ils vivaient eji 
bonne intelligence une déposition iavoral)le. 
En obligeant les deux parties à ne pas se con- 
tenter de vagues déclamations, mais à préciser 
leurs griefs, à exposer leurs vues et à s'écouler 
réciproquement de sang-froid, la Connnission 
a pu adoucir bien des passions ennemies, et 
elle a accompli ainsi une œuvre plus impor- 
tante, plus durable, que toutes les lois dont 
elle pourra préparer la rédaction. Malgré son 
zèle, elle ne pouvait embrasser, dans les dépo- 
sitions orales ([u'ellc recevait, tout ce sujet 
innuense qui lui était soumis. Elle a du se 
J)orner à l'étude des types principaux qui 
se retrouvent dans toutes les Unions, sur les- 
quels partout a été réglée leur organisation, 



LES CVilMES DE SHEKl-iELI». 25 

et à l'examen approfondi des luttes qui ont 
ti'oul)lé ({uelques-unes des ])lus grandes in- 
dustries de l'Angleterre. Parmi ces industries, 
elle en a choisi (piatrc : les ])fitiments, la 
métallurgie du fer, l'exploitation de la houille 
et les constructions navales, et elle a com- 
plété son enquête par des recherches sur la 
solvahilité des Unions, sur les grèves des 
tailleurs, des verriers et des typographes, et 
sur la formation des conseils d'arbitres. Enfin 
aux dix volumes in-folio déjà publiés, et qui 
contiennent, sous la forme de vingt mille 
questions et d'autant de réponses, le compte 
rendu de quarante-huit longues séances, elle 
a joint d'autres documents : les grands in- 
dustriels et les représentants des principales 
Unions ont rempli à sa demande un Iniiiui- 
laire couqirenant les objets principaux de son 
travail, et Lord Stanley a rassemblé pour elle 
et [)nblié une collection de dépêches de tous 
les représentants de l'Angleterre à l'éli-an- 
ger, donnant de [)récieux renseignements sur 
les associations ouvrières dans les dillérents 
[»ays où chacun d'eux était accrédité. 

2 



2f) I.CS ASSOCIAI IONS MlVUlt.lir.S EN ANCI.KTERHK. 

j.;i ( idlimiis^iull l(i\,l|c IKMIS ollrr (lune Idllh 

les (''liMiiciils (I iiiK' ('Inde sur les Tr.Klis- 
I nions ou Aii^lclcric. iNKiis n .innuis .|irà 
l.i suivra pas à pas, f;uid<'S jiai' son ini|»arlia— 
lil('', dans ses |ialicni('s rochorclM's. ilvAie tache 
sera parfois un peu ardue, et d'avance rions 
devons réelainer 1 indul^uiice «lu 1(m leur. 
L'ordre qui uous «Hait impos<3 par les tra- 
vaux de la Commission nous amènera à 
faire successivement le tabh^au de l)ien des 
grèves : il pourra, nous le craignons, pa- 
raître parfois monotone; mais il est indispen- 
sable pour découvrir les difTérences pro- 
fondes «]ui, sous leur apparente uniformité, 
distinguent entre elles toutes ces luttes, et 
les diverses populations ouvrières qui les 
ont soutenues. 



CHAPITRE II 



(. — l'origine des trades-unions. 

La prélentioii do roglor lo prix des sa- 
laires en dépit des variations du marché, 
l'eprochc adressé de nos jours aux Tivides- 
Unioiis , est un leî.!,s des législateurs du 
moyen âge, et c'est au contraire pour ré- 
sister à cette tyrannie que se sont formées 
en Angleterre les premières associ.itions 
ouvrières. Aussi nous faut-il, pour indi([uer 
leur origine, remonter un instant jusqu'à 
l'époque de ces lois oppressives. 

La terrible peste de l.'{i<S avait enlevé 
lui quart d(^ la population et plongé le reste 
dans une alïrcusc misère. Mais, comme le 



2« LKS ASSOCIATIONS 01 VI'.lClîlS KN AM.I.KI l.lUiK, 

cours ii.iliii'cl (les all.'iii'cs liuiiiaiiics apjxirto 
{lui'diii.iiic le rciiK'ilc ;"i coh'' (lu mal. la lari-!-'* 
d'' I;; iiiaiii-d'd'iiN le cii aiiL;iiifiila liiriiliil If 
prix, cl allait assiu'cr aux siir\i\aiils de IT-pi- 
dcîiiic les moyens de se icIi-n cr. litrs(|iii' le 
l'arleiiK'iil. alai'iia'', iiili'i\ iiil . il voulut ramc- 
iirr ce prix à ce <pi il ('tail avant les ravaf^cs 
de la maladie, en lixani un maximum, fît 
end ainsi avoir siij»pjimé mie des i'iiiiesles 
cons(''<|uoiiccs (le la peste. Les assemblées des 
siècles suivants ne sonpjèrent loiif-temps qu'à 
rejiehérir sur son o'u\i'e [)ai' des lois de plus 
en plus restrictives. En compensation de ce 
maxiimim qui frappait les artisans, il fallut 
sonmettre à un autre maximum les matières 
premières et les objets (le consommation, afin 
(juils pussent les acheter à un prix modéré. 
l*uis il fallut aussi les protéger contre la con- 
currence en mettant toutes sortes d'obstacles à 
l'admission de ceux qui voulaient entrer dans 
leurs rangs : de là des règlements sévères sur 
l'apprentissage, cette dernière forme du ser- 
vage, dont nos sociétés modernes ont tant 
de peine à se défaire. Mais, si l'industrie an- 



L'ORIGINE DES TRADES-UNIONS. 2B 

glaise était ainsi soumise au funeste régime 
(lu maximum , en revanche elle échappait 
an monopole ahsolu des corporations exercé 
si longtemps chez nous par les maîtrises et 
les jurandes. Leurs privilèges étaient, pour 
la plupart, limités à telle ou telle ville, et en 
dehors du territoire des bourgs le travail 
jouissait d'une liberté relative. C'est même 
sans doute par l' effet de cette différence 
i[\i'\ui grand nombre de vieilles cités an- 
glaises ont été frappées de stérilité, s'arrétant 
dans leur développement, ou tombant même 
dans cette décrépitude cpii les a fait appeler 
« bourgs pourris », tandis que la vie et l'ac- 
tivité fécondaient de simples villages, qui, 
par suite de cette récente origine, ne fu- 
rent pas môme représentés au Parlemcut 
av.iut 1832, et qui portent aujourd'hui li's 
iu)nis célèbres de Birmingham, de Manches- 
t(;r, de Newcastle, etc. L'industrie anglaise 
se (léveloj)pait donc m;il;<i'('' bien des en- 
traves, mais sa ci'oissanciî même devait lui 
l'aire sentii' de plus eu plus les gênes (jiii lui 
étaient iiiqKtsées. Aussi des s(}ciélés secrètes 

2. 



no l.r.S ASSOCIATIONS Ol'VlUÈltKS F.N ANOLI/IKHItE. 

lie l;iI'<li"'n'lll-rll('S jias à se loi-jlicr |iniii' s'en 
allraiicliir et (Jl(.'V(;r le taux des salaiics. I.a 
loi les IVa|ij)(3 avec rigueur : sous Kdoiiaid \ I, 
on coiijiail iiih; oi'cillc à riionmir ('((iivaiiicii 
[Hiiii' la Iroi^H'iiic l'ois de s'y être aflilii*. 
Lors(|iic le iiiaxiiiiiiiii loiidia eu d<''SU(''tude, 
ces sociétés lui sui'Vf'ciireiiî, et avec elles les 
lois <|ui les coudauiuaieut. L'abolition des 
deriuères rcstriclious imposées à la liberté 
du marché ne date que des premières années 
du siècle, et ce ne fut qu'en 1824 que les 
sociétés ouvrières cessèrent d'être poursui- 
vies, et que le délit de coalition, quia subsisté 
chez nous jusqu'en 1801', disparut des codo^ 
anglais. 

Cependant, grâce à la liberté politi([U8 
et à la prospérité commerciale, ces so- 
ciétés purent, dans les années qui précédè- 
rent leur affranchissement, se multiplier et 
se fortifier au point d'exercer une sérieuse 
influence sur l'industrie. C'est l'époque des 
grandes violences. Obligées de conspirer 
pour préparer et diriger les grèves, elles 
sont naturellement intolérantes et ne savent 



L'Or.KJlNE DES TUADES-UNIONS. 31 

recourir qu'à la force ; privés de l'usage 
d'un droit naturel, leurs membres se lient 
entre eux par des formules cabalistiques, 
des cérémonies bizarres et des serments 
coupables : les crimes se multiplient, et 
Broadhead a parmi eux plus d'un obscur 
prédécesseur. L'histoire des ouvriers de Not- 
tingbam, entre autres, prouve combien la 
législation qui leur a permis de s'associer 
ouvertement, loin d'envenimer leur hostilité 
contre les patrons, a contribué à amener 
l'heureuse entente qui y a succédé. 

En 1811, l'industrie de la bonneterie de 
JNottingliam souffrait cruellement. Les ou- 
vriers, mal payés, achetaient à des prix 
exorbitants l'usage des métiei's appartenant 
aux patrons pour lesquels ils travaillaient à 
domicile. L'introduction des machines, qui 
menaçaient de réduire encore leurs salaires, 
en faisant concurrence à cette industrie ca- 
sanière, amena l'explosion. Comme presque 
toujours en pareil cas, c'était le moment où 
t(;s maîtres, à peu près ruinés eux-mêmes, 
étaient le moins eu mesure de faire des 



n2 i.r.s ASSOCIATIONS orvi;if.p.i:s rn ANf.i.i.TKi'.r.p. 

cnlicr^sidllS à leurs (ilIVl'iciS. \j' l'i''<llll;il l'ill. 
IKill [ii'lS lllir ^l-cxc, lii.iis lliic \ (''l'il.'llilc ill- 

siiiTcclidii. Il(''iiiiis la iiiiil en (•(nicilialiiilfs 
scci'cis, les (iitvrici's (l(''cla!'riTiil la unfri'r 
aux iKuivcllcs iiiacliinc^. r\ ritriix'i'ciil «les 
l)aM(lt'S ariiir-cs ixiiii' le-; iliMiuii'c. Tmilcs \i'< 
liiaiiiira<'liii't'S l'iii'i II! ailai|ii(''rs, |iliisi(*urs 
]iill(''('s ou hn'ih'cs ; la coiila^ioii s (''tciulil 
aux cuiiil'js voisins, (.'t l)i('iitùt les Luddilcs 
(nom ompiMintc par ces ]>an(li'S à l'un dt' 
leurs chefs) exercèrent leuis ravap,('s sur la 
plus graiulc (''clicllc-. Leur sccrcl l'ut si l)i('n 
gardé, qu'ils échappèrent (rahoid aux rc- 
cherches les plus actives. Pendant six ans, ils 
reparurent à certains intervalles, malgré 
l'exécution de la plu[)art de leurs chefs. 
Dix-huit d'entre eux furent pendus à York 
en 1813. Depuis lors jusqu'en 1817, on les 
traita avec la même rigueur, et la peine de 
mort fut décrétée contre quiconque serait 
convaincu d'avoir brisé un métier. Traqués 
enfin de toutes parts, les Luddiles devin- 
rent de vulgaires pillards, et disparurent. 
Mais cette sévère répression n"avait pas re- 



I/OUIGI.NE DES TRAOES-UMONS. - - 33 

iiiédié aux souffrances de; la population do 
JXottingbam, dont la moitié n'avait vécu en 
1812 que de l'assistance publique. C'est alors 
seulement que se fondèrent dans cette ville 
de nombreuses associations ouvrières, qui 
devinrent des Unions lorsque la loi contre 
les coalitions fut rapportée. Cet acte de jus- 
tice ne pouvait cependant détruire en un 
jour une liostilité fondée sur de pareils 
souvenirs : elle subsista encore pendant qua- 
rante ans, au milieu de querelles sans cesse 
renouvelées sur la (juestion des salaires. 
Enfin, il y a trois ou quatre ans, j)ar une 
admirable transformation, l'ancien foyer du 
Luddisme est devenu la ville modèle où les 
ennemis d'autrefois font, par leur accord, 
apprécier à toute l'Angleterre les heureuses 
conséquences de la réconciliation. 

I*()ur ne pas multiplier les exemples, ajou- 
tons seulement que plusieurs des Unions ac- 
tiielb's , connue celles des typographes de 
Londres et des mouleurs en tonte du Staf- 
lordsiiire, existaient dès les premières années 



3'i I.KS ASSOCIATIONS OLVItlÈHES EN ANGLtTKUlsE. 

(lu sirclc, les iiiirssoiis la tni"iin <l associalKUis 
a\anl iiii l»iil licite, les autres comiiie sociétés 
secrètes. 

, 11. — I \ siriATioN i.Kr.Ai.r: di:s trades-unions, 

Coniinc nous l'avons df'jà dit, c'osteii \H2[ 
(juc l(! l\irleinent abolit toutes les lois con- 
traires aux coalitions ; mais les maîtres s'étant 
plaints t[uc cette mesure permettait en même 
temps aux ouvriers de rompre impuin-nicnt 
leurs contrats, elle fut in(jdiliée sur ce point 
par nu acte di' l'année suivante. Toutes les 
traces de l'ancienne inégalité qui avait pesé 
si lonf^temps sur les classes ouvrières ne 
furent d'ailleurs pas effacées de la législation. 
Ainsi, la loi du maître et du serviteur [Masier 
and Servant ad), qui voulait que le premier 
fût toujours cru de préférence sur son affir- 
mation, n'a été abolie que l'année dernière; 
et la définition des limites dans lesquelles une 
coalition doit se maintenir pour ne pas tom- 
ber sous le coup du code pénal est encore 
très-vague. La jurisprudence elle-même n'a 



LA SITTATION l.f.GALE DES TRADES-UNIONS. 35 

pu jusqu'ici réussir à les tracer. En effet, la 
loi joint aux actes évidemment délictueux, tels 
que les violences et les menaces, « tout ce qui 
peut obstruer le commerce », et tout ce 
qu'elle appelle conspiracy . Un exemple peut 
seul faire comprendre le sens de ce mot, 
qui ne correspond pas exactement à celui de 
conspiration : le simple fait de dissuader un 
ouvrier du travail est un acte parfaitement 
légitime; mais, en 1867, les chefs de la grève 
des tailleurs s'étant concertés pour organiser 
des postes de sentinelles, qui se bornaient à 
prévenir les ouvriers que telle ou telle maison 
était frappée de grève;, furent déclarés coupa- 
jjjes de conspiracy. De plus, lorsque le patron 
viole le contrat qu'il a fait avec un ouvrier, 
celui-ci ne peut lui réclamer que des dom- 
mages-intérêts, tandis que, si les rôles sont 
renversés, le maître, outre l'action civile ([ui 
lui est toujours ouverte, peut poursuivre 
Toiivrier au criminel et le faire condamner 
à trois mois de prison. Enfui, comme nous 
l'avons déjà dit, la loi refuse de reconnaître 
et de protéger les fonds de toute société des- 



30 m;s associai io>h (HAHii'.i.i.s i.n A:.i.i,i.it.niiK. 

liiKM' à soiilciiii' li's t;rrv('s. Crltc (Icniicre 
ilis|io<ili(tii i'^\ lin (le Inir- jiriii<'i|i;iii.\ <^i'i('rsj 
m \(iici liwiL;!!!!'. 

l)c|)iiis l;i l(ti (le l<S:^i. I;i furinatidji d'iiue 
union n Csl [>his un acte illt'^îd; mais ces 
associations ne l'iii-cnt j»as ])Our cela recon- 
nues (îoninie personnes morales, ni investies, 
comme les sociétés en commandite, du droit 
de posséder. Celte distint tion <'(jlia])pa à leurs 
fonda l<.'urs. Elles s'en émurent enfin, il y a 
<|uclques années, à propos d'une loi qui assu- 
rait aux sociétés de secours mutuels cette 
reconnaissance, pourvu qu'elles fussent en- 
registrées et approuvées par un officier pu- 
blic spécial. Les mêmes privilèges étaient 
accordés à toute autre société enregistrée de la 
même façon, si son but n'était pas contraire 
aux lois ; mais l'approbation devait lui être 
donnée par le ministre de l'intérieur. L'esprit 
d'association est trop indépendant en Angle- 
terre pour se soumettre volontiers à un con- 
trôle préalable, quelque impartiale que soit 
l'autorité qui doit l'exercer. Les chefs des 
Trades-Unions étaient assurés d'obtenir la 



LA SITUATION LÉGALE DKS TR ADKS-UNIONS. ' 37 

sanction ministérielle pour leurs sociétés 
dans la Grande -Bretagne ; uiais un certain 
nombre d'associations s'étendent à l'Irlande, 
et l'on craignait des refus du gouverne- 
ment de cette partie du Royaume -Uni. 
Deux membres de la Chambre des com- 
munes, Lord Goderich (aujourd'hui comte de 
Grey) et M. S. Estcourt, s'entendirent avec 
les représentants des principales associations 
ouvrières, et particulièrement avec M. Allau, 
secrétaire des Sociétés unies des mécaniciens, 
pour rédiger et introduire dans la loi un article 
donnant aux Unions le droit de se constituer 
légalement, et de se faire enregistrer dans la 
n)ème forme que les sociétés de secours mu- 
tuels, pourvu toujours que leurs statuts ne 
continssent rien d'illégal. Cet article, vivement 
discuté dans la presse, fut adopté par les deux 
Chambres. Les privilèges des personnes mo- 
ralesn'étaientaccordésqueconditionnellement 
aux ligues de métiers j mais des autorités coii- 
sidérables parmi les jurisconsultes jujglais, 
par exeiiq)le, sii- A, (jockbiirn (jiujoiii-d Imi 
cliief justice ou [U'cmicr jiig«')? '-1 '^ bai'ou 



38 Li;S ASSOCIATIONS OlMilhlUS LN ANi.l.KTKHI'.t 

Ilolfe (»l('[)Mis cliaiicriicr, sous li^ nom «le l.or<l 
('l'anwoiili), s'rlaiciil |ir(iiioii('c's, 11* jd'ciiiicr 
dans une coiisiillalioii. il le second dans un 
jiii^ciiK'iil, (!•' iiianiri'c à li'Ui* l'aii'o croire ijik- 
le seul l'ait d'ori^aniscr des f^TÙvos ne pour- 
rait les l'aii'e jundx'i' sons ir ((iiii» de la < laiise 
résolutoire. Il Iriir semMail iiii|iossil»le (jiic 
la même loi leur retii'at d un coté ce (ju ell(,' 
leur accordait de l'autre, dans un arli(l(.' 
voté par deux assemblées, en toute connais- 
sance de cause. Elles comj»laient donc y trou- 
ver une protection assurée. De là leur émo- 
tion, lorsqu'en 181)7, après qu'elles avaient 
vécu plusieurs années dans cette croyance, 
survint l'arrêt de la Cour du Banc de la Heine 
(lue nous avons cité plus haut. Les motifs de cet 
arrêt en aggravaient encore rimpcu'tance. 
En elTot, le droit coutumier d'Angleterre 
déclare nul et illégal tout engagement « con- 
traire au bien public », et la jurisprudence 
des tribunaux a établi que toute combinaison 
de maîtres ou d'ouvriers ayant pour luil d iii- 
lluer sur les conditions du travail était « une 
restriction du commerce contraire au bien 



LA SITUATION LÉGALK DES TRADES-UNIONS. 39 

[)ublic ». De là le refus d'accorder aux 
Unions les privilèges qu'elles croyaient avoir 
obtenus; et il se trouve que, si, depuis 
1824, elles ont cesse d'être des combinai- 
sons criminelles, elles n'en demeurent pas 
moins pour cela frappées d'incapacit(3 lé- 
gale (1). 

Ces restrictions, qui blessent sans entra- 
ver, ont contribué à entretenir cbez les 
ouvriers l'ancien esprit d'hostilité contre les 
maîtres, que le temps et les perfectionne- 
ments de la législation peuvent seuls faire 
disparaître ; mais hàtons-nous d'ajouter 
qu'elles sont dès aujourd'hui amplement com- 
pensées par deux puissants correctifs : l'in- 



(1) Kn 1868, une loi d'un caraclère provisoire est venue 
ainrliorer celle siliiation, en tlcfiiiissant ce qui, dans les slaluts 
des Tuions, doit ôtre regardé comme une restriction du com- 
merce et on le limitant aux règlements qui imposent à leurs mem- 
bres un certain mode de travail, tel que le (ravailàla journée 
ou l'obligalion d(î (initier l'ouvrage après \m certain nombre 
d'heures. Cette nouvelii; loi, (iiMi(iue insiiflisanle , est déjà 
pour les Unions une imporlaiilt' garaulie, et a pcumis à l'iino 
d'entre elles d'obtenir, le 19 décendjre 1868, la condanmaliou 
d'un caissier inlidèle. 



ho LI.S ASbOClAilO^.^ (il Vl'.lKKK^ KN ANt.Ll.l |.I;|;E. 

<!<'|><'ii<l.iiicc (le 1.! luagistrature vl l;i jorccî 
(le r(i|iiiiM)ii piililiijiKi. 

Il y ;i (litiic (|ii;ir;iiilc-(]ii;i!i'<' ;iiis ,|ii(' l'nii- 
M'ici' anglais jouit de la lilirrlT; d(j se coaliser, 
tic disposer de son li'avail eoiiiine le iiiarcjiand 
de sa niai'cliandise , eonnne ]<■ iirodnetem- 
de ses produils. Aiijonrd lini. 1 armée des 
travailleurs enrôlés sons les liannières des 
Trades-Unions peiil rivaliser avee celle des 
plus grands lùats du eoidincnt, car elli- se 
compose de plus de huit cent mille volon- 
taires. lAIéme parmi ses adversaires, persoime 
ne se flatte de la dissoudre : il faudrait pour 
cela revejiir violemment en arrière jusqu'aux 
lois qui consacraient le servage des classes 
ouvrières. Il faut donc compter avec une 
force aussi nombreuse et aussi bien orga- 
nisée, et l'intérêt de toutes les classes veut 
qu'on lui persuade de déposer les armes, en 
lui montrant qu'elle peut; trouver un meil- 
leur emploi de sa puissance que dans les 
luttes stériles qu'elle a engagées jusqu'à 
présent. 

La France ne saurait demeurer inditlé* 






lA SiTlATiON LÉGALE DES TRADES-UNIONS. 41 

ronto à ce spectacle, ni chercher simplement 
un avantage éphémère dans la perturbation 
industrielle que ces luttes peuvent causer 
chez nos voisins ; car quelle est la nation 
assurée d'y échapper? L'Angleterre verra 
peut-être une ])rise favorable enfler ses voiles 
pendant que nous serons encore dans les 
régions où sévit la tempête. En effet, l'élé- 
vation des salaires est un objet que les clas- 
ses ouvrières poursuivent également dans 
tous les pays, quels que soient les moyens 
qu'elles emploient pour l'atteindre, et tant 
que leur travail est acheté comme une simple 
denrée, tant qu'il n'est pas associé aux fluc- 
tuations des profits industriels, il est naturel 
qu'elles ne songent qu'à en augmenter la 
valeur mercantile, sans s'inquiéter des effets 
ultérieurs de cette augmentation. Du mouuMit 
que la législation est débarrassée des injustes 
•entraves qui les empêchaient d'en disposer 
i brème nt, la grève devient le premier in- 
strument qu'elles emploient pour dc'fendre 
h'urs intérêts : pour la sout(^uir, il laut Inr- 
mer une caisse de chomat'c, cl de cclIc-ci à 



fl2 I.r.S ASSOCIATIONS OLVIilLl'.KS KN ANOLF/IEhnK. 

Il iii<»ii, il II y a (jiic la (lill(''r<'i!cc <|ii j»rnvi- 
sitii'c n iiiic iiislitiilioii i'(''^iiîirr(' («t jK-niia- 
Jiciil". «. \j'. iii.il.iisr (jiii existe j)ariiii les 
» classes ouvrières <lans le nioinle entiei-, et 
» i)arli('iilièreiiieiil là où elh.'s sont le [lins 
» éclairées, jx'iit être alfrihiié à (l<'iix causes, 
» (lit daus sa dépositiuu M. llevvilt, maître 
» de forges américain, qui, comme la plupart 
» de ses compatriotes, n'est pas })lus esclaves 
» de la routine que disciple des théories ab- 
» solues. — La première est l'introduction 
» générale des macliines, qui ont énormé- 
» ment accru la production, sans que (aux 
» yeux des ouvriers du moins) les lois du 
» partage des bénéfices aient été modifiées 
w d'une façon correspondante.... — La se- 
)) conde est l'affluence de l'or de Californie 
» et d'Australie, qui a troublé toutes les 
» valeurs relatives : la valeur du travail a 
» été troublée comme celle d'autres denrées. 
» Ce rapport se rétablirait sans les Trades- 
» Unions; mais les ouvriers croient qu'ils 
)) obtiendront plus facilement ce rétablisse- 
» ment avec leur aide. » Ils savent que les 



LA SITLATIOM li:GAI-R DES TRADES DISIONS. Û3 

relations internationales sont trop fréquentes, 
les échanges trop faciles, pour qu'ils puissent, 
sur ce point, conquérir jamais des avantages 
durables qui ne seraient pas, dans un pro- 
chain avenir, partagés par les classes labo- 
rieuses des autres pays ; et lorsque les manu- 
facturiers anglais reprochent à leurs ouvriers 
de ruiner l'industrie, de se ruiner eux-mêmes 
en exigeant un accroissement de salaire qui 
favorise la concurrence étrangère, ceux-ci 
répondent que les ouvriers du continent 
obtiendront bientôt à leur tour ce même ac- 
croissement, qu'ils les y aideront s'il le faut, 
et qu'ainsi la partie sera de nouveau égale. 

L'importance des Trades-Unions ne peut 
donc plus échapper à personne. Nous nous 
proposons de donner d'abord uu aperçu de 
leurs caractères généraux , et d'indiquer 
ensuite, en adoptant le même ordre que la 
Commission, ce qui, dans chaque industrie, 
leur donne une physionomie particulière. 
C'est à ce propos que nous ferons voir leur rôle 
dans les (pierclh'S industrielles. Enfin, nous 



A4 IIS ASSOCIATIONS OrVillfillKS F.N ANC! KTKIlRE. 

clicrclirrolls. |i;i|- (|llr|i|l|i s «'Xcmiilr-: r/'ccllls, 
à (l(''C(ili\ lit' (le (|llr||r in.i liii'-n,' elles |irl|\cill 

vivo, soi! (If'-sjiriiH'cs, soi! rciii|)lacL'es, soit 
|)liil('il nicuir riii{>l(»y<''('S ;"j des u'uvrcs !<'•- 
coudes [nniv l.i sdci/'l»'- cnlirie. 



CIIAPITRV: îlî 

L'ORGArslSATlON DES IHADES-INIONS 



La Trade-Union est avant tout une caisse 
permanente de chômage. Après avoir géné- 
ralement payé une entrée, parfois assez forte, 
les membres versent chaque semaine une 
souscription, variant de un penny jusqu'à 
un et même, dans certains cas, 2 shillings 
(:; fr. 45 c, 65 fr. et 130 fr. par an). Il se 
forme ainsi un fonds de réserve, qui grossit 
rapidement dans les années prospères, et qui 
est destiné à soutenir les membres do la 
société lorsqu'ils chôment, soit faute d'ou- 
vrage, soit par suite d'une grève. La sous- 
criplion est égale ])Our tous les mcml>res (!}, 

(1) Excepté dans deux ou trois sociétés (lui oiU doux tarifs, 
ot dans la société des typonraplios de Londres, (jui seule gradue 
les souscriplions d'après le salaire de chacun. 

3. 



/iO LKS ASSOCIATKiNS OcMllflUKS EN ANGLKlKRnK. 
,.j ci'llc ('i;.i]i|('' es! une des l);i<rs de I iii>lilii- 
li(»ii, cal' elle im|il'h[ii(' 1111 {''p;al soutien eu cas 
(le cliùiiiaL;*' : eu lt'ni|is <!(' ^irvc, il ne s a-^iL 
jias |.(»iir l'diiviii'i- de f^aj^iicr jdiisoii iiiniii-^. 
il l'aiil <|ii(' ri nioii rcmiirchc de iiioiirir di.' 
l'aiiu, cl |i(nii' ('(da sa plus ou moins ^iraiid»' 
liahilctô ne lai! aucune dillV-rciicc. Le nonihrc 
(le Itiun-hcs (|u il a à noufiii", s'il est jn'i'c de 
famille, peut seul faire augmenter riiidemiiil*' 
que r Union lui assure. 

Cette indemnité varie naturellcujent beau- 
coup selon les industries et les ressources de 
chaque société. Plus d'une, voyant sa caisse 
se vider au milieu d'une grève prolongée, a 
dû diminuer graduellement les distributions 
qu'elle faisait à ses membres, jusqu'au jour 
où ses dernières ressources se trouvèrent 
épuisées. De là, pour les chefs des diverses 
Unions, le devoir de ne jamais se lancer 
dans une lutte contre les maîtres sans eu 
avoir mûrement pesé les chances. 

La société est administrée par un conseil 
de surveillance, ou conseil exécutif, élu 
chaque année par le vote secret de tous les 



L'OnGvMSATIO.N DES Tr.ADKS-lNlONS. 47 

membres^ et qui compte dans son sein un 
président, un caissier et un secrétaire. Le 
f:,ouvernement de la société, les relations avec 
les patrons, les décisions relatives aux grèves, 
1 allocation des indemnités, enfin l'admission 
et la radiation des membres, appartiennent 
exclusivement à ce conseil. A l'assemblée gé- 
nérale sont réservées les grandes affaires finan- 
cières, telles que l'imposition d'une contribu- 
tion extraordinaire sur tous les membres, 
si, une partie d'entre eux étant en grève, 
les ressources normales de la société ne suf- 
fisent pas à les soutenir. 

Mais les Unions les plus puissantes, comme 
les mécaniciens unis, les charpentiers et les 
inenuisiers unis, les maçons, les deux grandes 
sociétés des ouvriers en fer du Staffordsliire 
et du nord de l'Augleterre, celle des mou- 
leurs en fonte, des filateurs du Lancashire, 
l'Association nationale des mineurs, qui 
compte 35 000 membres, et bien d'autres 
encore, ont une organisation plus complitpiée, 
et se snbdivisciil cIlrs-niriiK's en un jUi'.ind 
nombre de branches. Cha(|u<' l>ranelie, ou 



fin i.r.<; ASSOCIATIONS or\r.if:r.r.s r.N AN'.i.r.TF.i'.nF,. 

lo^c, se ((iinixisc des niivi'iciN Ii,iliil.iiit un 
iiiriiic di^tiict, f'Iil son comili'', ii sa caisse 
sjKMialc, <jn elle administre, niaise lonl t'Ilt' (1( lit 
l'cndiT NI! ('()ni|>t(' aiiiiii<d an conseil central, 
(ieliii-ci es! rorint- des di''l(\i;u<''s (''lus jioiir six 
mois par les diverscîs hramlics. jdwtporlinn- 
liellemeiil an iMunKre de |riii> mciida'ev. et 
(le deux ein[>loy(''S, hi seeiw-laire et le lr<''S(j- 
rior, nommés directemenl jiar le Millra^e de 
tous les membres (I). 

Ce sont les lo{i,es qui admettent dans 
l'Union les candidats présent«''S par deux 
membres, et qui décident, en piemier ressort, 
des exclusions, des secours et des grèves 
locales. Mais on [»ent toujours en appelfM' à 
l'autorité centrale, et la loge ([ui se mettrait 
eu grève avant d'avoir obtenu la sanction de 
celte autorité ne serait pas soutenue par la 
société. Enfin, le vote des levées et l'appeL 
d'une loge contre la décision du conseil 
appartiennent à l'assemldée générale. Leà 



(1) Parfois, sans autre ûleclion, c'est le comité Je chaque 
log(> qui est alti'inativiMnont investi ilu iMuivuii' exécutif. 



L'or.r.ANr^ATiON des tradf.s-i:nions. /,i 

mécaniciens nnis comptent 308 brandies, 
dont 1 1 en Amérique et quelques-unes parmi 
les ouvriers anglais établis en France et en 
Australie ; les charpentiers et les menuisiers 
unis en ont 190, les maçons 278, et une autre 
société de charpentiers IbO. Dans quelques- 
unes de ces sociétés, les deux premières, par 
exemple, la réserve amassée par chaque 
]>ranche est, à la fin de l'année, portée à une 
masse commune, qui est à son tour partagée 
entre toutes, proportionnellement à leurs 
membres, de manière à répartir également 
les dépenses sur la société entière. D'autres, 
au contraire, laissent à chaque branche une 
complète indépendance financière, sauf à la 
faire secourir par les autres si cela <;st néces- 
saire. Le membre d'une branche (jui change 
de domicile se trouve, au bout d'un an, affilié 
de droit à la branche établie près de sa nou- 
velle résidence ; une simple carte fournie par 
la branche qu'il (piilte le fait recevoir dans 
l'anltv (1). 

(1) 1 ne ((iiilciir >iirci;il(' (le rciu^Tf) ot ivscrvro à ceux qui 
oui rlr n.'iwoyrs pur leur |i;itr(iu |Hiiir cause d'ivroguoiio ou 



.';0 I.F.S ASSOCIATIONS OlVIUr.CF.g LN ANGUEIHURE. 

Ia"s r.nli.ttioii^, ({iii smil liv^-iioiuhrcuscs, et 
(jiii, (liez les imM'aiiHH'iis unis par i*x<Mn[»l<'. 
s'(''l('V('iil au tiers des adinissiuiis, sont |)r(.'SijU(' 
toujours le irsnllat d'une relrailc volonlaii'c 
sif^niliée })ai' une ressalion de payement. 
L'ouvrier clianf^^e de résidenee et ne se soncie 
jias toujours de se faire affilier aillrur-^ à ww 
autre société ; souvent même il m'-^lif^e de 
se l'aire recevoir par une nouvelle lo^e de la || 
même société. Bien des fois, après une grève 
qui a épuisé ses ressources, après avoir long- 
temps vécu des secours de la société, il ne 
veut pas ou ne peut pas recommencer à payer 
sa cotisation, et se retire. Il arrive aussi que 
la société ou la loge prononce l'exclusion 
d'un membre qui s'est rendu indigne on qui a 
violé les règlements. Un ouvrier qui contii nie- 
rait à travailler pour un patron contre lequel 
l'Union aurait décidé de se mettre en grève 



(If iiiauvaiso rondiiiie. Leur carte rouge, tout en les faisant 
adnii'ttro eu vertu d'un droit qu'ils n'out pas perdu, est une 
mauvaise note auprès de leurs futurs camarades. Une carie 
bleue distingue les membres admis depuis moins d'un an. La 
carte noire est la meilleure. 



L'Or.GAMSATlO-N DES Tl;ADLS-L'N!ONS. 51 

serait naturellement exclu, s'il ne prévenait 
cette sentence par une prompte retraite (l). 
Quoique la caisse de chômage joue toujours 
le rôle principal dans le budget des Unions, 
un petit nombre seulement d'entre elles, 
appelées par excellence « Trade Societies « , 
limitent exclusivement l'emploi de leurs fonds 
au soutien des grèves. Ces sociétés sont géné- 
ralement peu importantes. Les autres ofirent 
en outi^e à leurs membres certains avantages 
empruntés aux sociétés de secours mutuels, 
tels qu'une indemnité hebdomadaire en cas 
d'accident et presque toujours aussi en cas 
de maladie, des frais d'enterrement, montant 
à 200 ou 300 francs, et souvent la moitié de la 

(1) Ce n'est que pour im'nioire que nous mentionnerons une 
société qui s'intitule l'Associiition des ouvriers de Londres, et 
qui, sous la direction de M. Potier, aspire au rôle do repré- 
sentant suprême des Unions formées dans les différents métiers. 
Elle se compose des délégués nommés par quelques-unes de 
celles-ci. Mais elle paraît avoir peu d'influence, si l'on en 
juge d'après la manière dont les principaux chefs du mouve- 
ment unioniste en ont pai'lé devant la Commission. Ils lui ont 
parliculièrement reproché d'avoir encouragé des grèves par 
des promesses qu'elle n'a pas tenues et qu'elle ne pouvait 
pas tenir. 



r)2 I.LS ASSOriATIONS OfVRlf:nr.S en ANOLKTKr.RE. 

iiH^'iiir suiiiiiic polir 1rs iuii(''r;iill('S de leurs 
rniiiiifs. OiK'lfjiics unes les assiircnl ((Hili'c 
1,1 jn'i'lc (le lt'iii-s (iiilils, et il y rii a (i-ois (jiii 
•;aiiiiiliss('nl une i-ciraili' aux vieillards et 
aux iiiliriiics. 

CviU'. c.diuhiiiaisoii est viviMiiciit att(K|ii(''<) 
])ar les a(lv<irsaires des Unions, tandis que 
leurs défenseurs la rcj^ardent comme avan- 
tageuse (ît même nécessaire à leur existence. 
Aussi devons-nous nous arrêter un moment 
aux discussions qui ont eu lieu sur ce sujet 
devant la Commission. On adresse aux sociétés 
ainsi formées, dites a Utiions mixtes » , deux 
reproches principaux: T d'attirer par l'ap- 
pât des bénéfices qu'elles leur promettent bon 
nombre d'ouvriers disposés à rester étrangers 
à la gueri'e des grèves, et de les y entraîner 
ensuite, malgré eux, par la crainte de perdre 
tous les droits que leur assurent leurs sous- 
criptions accumulées ; 2" d'avoir établi leurs 
budgets de telle sorte qu'à la longue elles ne 
pourront, en aucun cas, faire honneur aux 
engagements qu'elles ont pris envers leurs 
membres. 



i 



L'ORGANISATION DKS TP.ADKS-INIONS. 53 

Au premier grief les chefs des Uuions 
répondent que les avantages offerts par le 
fonds de secours attirent bien peu d'ouvriers, 
puisque, dans toutes les sociétés où l'on peut 
à son choix s'abonner à ce fonds ou limiter 
ses souscriptions à la caisse de cbomage, les 
abonnements sont fort peu nombreux. .Alais, 
en revanche, elles offrent au public en général, 
aux maîtres eux-mêmes, et surtout aux ou- 
vriers, qui sont les premiers à souffrir des 
grèves, bien plus de garanties d'une conduite 
prudente que les pures a Trade Socielies^^. 
Celles-ci, qui comptaient dans leurs rangs 
toutes les associations de couteliers de Shef- 
field, se sont toujours distinguées par leur 
intolérance et leurs procédés violents. Une 
fois maîtresses d'un fonds commun destiné 
exclusivement aux grèves, leur tendance na- 
tiirrlle est de lui chercher de renq)l()i à tor( 
ou ài'aisoii. Dans les sociétés mixtes, au con- 
traire, toute grève entame les ressources de 
la caisse de secours, et l'ouvrier, ([ui sait que 
cluKpie jour de chômage lui l'-iil iicrth'c tant 
]H)ui' cent des avautap,es fiihii-s sur lesipicls 



fti LES ass(m;iaiii>ns (tLvi!if;(u.s kn an<;i,i:tki;uk, 

il ('(Uiiiili', si'i'a lûcii moins disposi'* h «(iiillcr 
le liM\ail que s'il (hnail rli'c «•iilrclcmi dans 
l'oisivclt'î |iar un Tonds sji(''(.'ial donl, si ce a Csl 
lui, un ;inlre ])rolil('i'ail. Les Unions mixtes 
n'cni'nlciil donc \>:w ;intiiii(' s.'diiction lus oii- 
vricis dis|t()S(''S à ne j>as jti'cndrc jiart aux 
g;r('V('S, mais elles (iHVcnl à la pai'lie (''cononie 
et sage de la classe ouvrière, avec les moyens 
de soutenir les luttes inévitahles, nu puissant 
encouragement à en restreindre le nombre 
et une véritable prime en faveur de la modé- 
ration. 

Le second reproche nous amène à examiner 
l'organisation financière de ces sociétés. Leur 
avenir en dépend, car elles ne sont qu'un 
leurre dangereux si elles ne parviennent pas 
à constituer entre les mains des ouvriers une 
force capable de balancer celle des capitaux 
possédés par les maîtres. Une longue et vive 
polémique a été engagée sur ce sujet, devant 
la Commission, entre M. Applegarth, secré- 
taire des Sociétés unies des charpentiers et 
des menuisiers, et M. Tucker, contrôleur 
d'une grande Société d'assurances sur la vie, 



L'ORGANISATION Di;S TUADES-UNIONS. 55 

appelé comme expert par les commissaires. 
Celui-ci, api'ès avoir examiné tous les comptes 
de la grande Union de M. Applegarth, et les 
avoir soumis aux règles admises pour le cal- 
cul des assurances sur la vie, des tontines et 
des secours mutuels, a prononcé contre elle, 
au nom de la science des chiffres, un arrêt de 
mort, et déclaré que toutes les sociétés orga- 
nisées de la même manière marchaient à une 
banqueroute inévitable, et d'autant plus irré- 
parable qu'elle aurait été différée plus long- 
temps. 

Prenons donc cette société comme exemple, 
pour montrer le mécanisme et les ressources 
de ces grandes associations. 

Elle lève sur chacun de ses membres d'a- 
bord une entrée de 5 shillings (0 fr. 25 c), 
puis 1 shilling par semaine , et en outre 3' 
(31 cent.) par trimestre; ce qui porte la 
contribution annuelle à 2 livres sterl. 13'^ 
(00 fr. 21) c). ï.es sommes ainsi recueillies 
entrent dans un fonds commun i)our subvenir 
à toutes les dépenses, qui peuveut se divisiM" 
en trois chaj>itres : l. les secours miilr.els; — 



r.(i i.i.s A>s()i UTKiNs ni vr,ii.i;i.s I.N ANC.I.KII.I;I,F.. 

II. \i'< ;illaii'('s ilii iiit'-lici' {Tradc-purposrs) ; — 

III. les Irais {j;('ii(''i-;iiix. 

I. Les secours iiiiil mis (/>('7Jf/?/.ç) se décoiii- 
]K)seiil .liiisi : 1" Secours en cas de maladie, 
\2 shillings (15 fr.) par semaine peiidaid 
vinj^t-six semaines, et cnsuilc 1» shiUiiig.'î 
(7 11'. .")() c.) par semaine aussi longtemps 
quils sont nécessaires; — 2° secours aux 
vieillards [superannualion), ."i sliUlings (6 fr. 
25 c.) par semaimi à ceux qui sont membres 
depuis plus de douze ans, 7 shillings (8 fr. 
75 c.) à ceux qui le sont de[)uis plus de 
di.\-linil ans, et 8 shillings (10 fr.) à ceux 
ipii le sont depuis plus de vingt-cinq ans; — 
3" frais d'enterrement d'un membre, 3 livres 
sterl. 10''' (87 fr. 50 c.) s'il a moins de six 
mois d'affiliation, et, s'il en a plus, 12 livres 
sterl. (300 fr.). 

II. Les dépenses relatives aux affaires du 
métier sont : 1" Le soutien desgrès^es approu- 
vées par la société i chaque membre chômant 
reçoit 10 shilUngs (12 fr. 50 c.) pendant les 
<louze premières semaines, et shillings 
(7 fr. 50 c.) pendant les douze suivantes; — 



L'OIICAMSaTION des TRADES-UNIO.NS. 57 

2" le soutien des membres .sans ouvrage, fixé 
à 15 schillings (18 fr. 75 c.) par semaine, 
lorsque leur renvoi n'a pas été motivé par 
leur mauvaise conduite; — 3° l'assurance 
contre la perte de leurs outils, complète, s'ils 
ont plus de six mois d'affiliation, sinon limitée 
à la somme de 5 livres sterling (125 Ir.); — 
4° une prime d'émigration de 6 livres sterl. 
(150 fr.), ou supt'Tieure, si les ressources 
de la Société le permettent; — 5" une iu- 
demuité en cas d'accident (1); — 0" l'assis- 
tance accordée à d'autres sociétés pour les 
aider à soutenir des grèves. 

m. Les frais généraux, qui atteignent 
une proportion considérable, comprennent 
le salaire fixe des secrétaires, l'indemnité et 
les j(>tons de présence des délégués et des 
membres du conseil, la location des bureaux 
et salles de réunion, et surtout l'impression 
de nombreux documents. 

Ces dépenses se sont élevées en 18G5, 

(1) Los conn'tcs iIl' l;i socirlr lonl lii^iiicr nili' (l(''iii'iiso au 
soconil chapitre, (iiumiircllt' siinl'li' dcvoii' pliilùi ;i|i|iailcuii' 
uu Vncniier. 



r,S Li:S ASSOCIAI IONS orVHIKHES KN ANCi.KTKIiliK. 

I oiir 1rs liois <'li;i|tili-cs. à H»!{.") livres stnl., 
:'7!)(l livr. slci-L, ri 2'.U)1 li\ r. sterl., iui-maiit 
iM, i,,|;.l <l<'i;7iJlivi-. ^I.tI. MOX IjriO fr.) (Mi- 
viroii (1). l.<"s ivccll.soiit ('Irdr 10. ISS Jivi'. 
stcrl. {2<i2 200 fr.), laissant un (\\c(''<l;iiil de 
'M M) livres stcrl. (s:{ ()!)() IV.), ijni (;st vcrsù 
à un Tonds de rrscrvc d(;slin('' à faire l'ace 
dans l'avenir à l'accroissenKMit des charges 
du premier chapitre (2). 

Un [)i 11 [)lus de la moitié des revenus 
lnuis est «lonc consacre aux charges pré- 
sentes des secours mutucds, ou mis de cùté 
pour y subvenir plus tard. 

(1) En iK'gligi'anl les fraclions. 

(2) Pour montrer Timportancc relative de ces diverses 
dépenses, le secrétaire de l'Union a calculé le rapport de cha- 
cune avec la somme totale du budget, en l'exprimant par des 
chiffres où 100 représente celte somme. Ainsi, la pari de 

l'excédant en réserve dans le budget est de : 

35,80 p. 100 

Ru premier chapitre 15. ôO — 

Du scconil chapitre 20, G 1 — 

Du troisième chapitre 22 » — 

ÏÔÔ 7) 
L'excédant en réser\e, réuni aux secours mutuels aclmls, 
pour exprimer l'ensemble des sommes airoclées aux secours 
présents et futurs, est de 51,39 pour 100, c'cst-à-diro un peu 
iiUis de la moitié des dépenses. 



L'ORGANISATION DES TRADES-UNIONS. 59 

C'est sur ce chiffre que se fonde M. Tucker 
pour conclure à l'insolvabilité de la société. 
S'appuyant sur les tables dressées pour les 
annuités et les assurances sur la vie, il af- 
firme que. si la moyenne des membres était 
admise à l'âge de trente ans, la contribution 
entière de 1 shilling (1 fr. 25 c.) par semaine 
suffirait à peine à maintenir le premier cha- 
pitre en équilibre ; et que si cet âge moyen était 
quarante-cinq ans, elle devrait être double , 
tandis qu'en réalité elle n'est que de 6'^ (62 cent.) 
par semaine, puisque la moitié seulement 
des revenus est affectée au premier chapitre. 
Rien n'est plus injuste, dit-il, que de faire 
payer à tous les membres, sans distinction 
d'âge, la même cotisation : le jeune homme, 
qui a probablement trente années de santé 
devant lui avant de recourir aux secours de 
la société, payera ainsi ces secours dix fois 
plus cher que l'homme reçu sur le déclin de 
l'âge, que la maladie; frappe plus volontiers, 
(pie la vieillesse étreindra bientôt. Le danger 
(jui menace h^s Unions mixtes ne peut appa- 
raître qu'avec le temps. Formées d'abord 



00 m:s associations oivuikiiks kn anci ltkuue. 

<l'linmiii(S sains cl \ i^mirciix. Iciiis |ir<'- 
iiiii-rcs (l(''|i('iiS('S Sdiil taiMfs : 1(!S l'cccttcs 
ilMiinnil (les rxcr'daiiN iiiamiilii|ii('s; criix (jni 
mil la Ihhiiic cliaïK'c, si 1 (Hi |>Mii\ail |)arl<'i' 
ainsi, d rti^c malades à <:(;tl(' |iii'iiii<'rc époijuc 
sont iihéi'alcinciil secourus. .Mais la •^«'•rM''ratioii 
des i'oiidalcurs vieillit : le^; uns meurent, et il 
faut [)aye!' leur enlerremeiil ; les autres sont 
malades ou infirmes, il l'aul les soutenir, lis 
ne ((inli'ihueiit [dus aux recettes, la réserve 
s'épuise, et lu géiit''rati()n (jui leur succède 
se voit obligée de supporter une partie de ces 
charges. Tant que le nombre des membres 
va eu augmentant, l'accroissement des re- 
cettes qu'il assui'e couvre celui des dépenses; 
mais le vice radical se montre aussitôt que la 
société a atteint ses limites normales. Les 
cotisations régulières ne suffisent plus alors, 
et il faut deslevé(>s extraordinaires pour sub- 
venir aux besoins de ceux qui ont trop peu 
payé dans leur jeunesse. Devant ces nou- 
veaux impots, les membres actifs se retire- 
ront, pour entrer dans une société plus nou- 
velle et plus prospère en apparence, mais 



L'OriCANlSATluN ULS TUAbES-LNlONS. Oi 

([ui, comme la précédente, terminera infail- 
liblement sa carrière devant la « Conr de 
l>anqueroute ». 

Ces sombres pronostics ne sont pas restés 
sans réfutation. Parmi les défenseurs des 
Unions, M. Applegarth prend le premier la 
parole pour montrer les sources de revenus 
négligées par M. Tucker. Le produit des 
amendes imposées aux membres en retard 
dans leurs payements, et qui, en 18G6, ont 
rapporté 400 livres sterl. (10000 fr.); — la 
privation de tout secours tant qu'ils ne se sont 
pas mis en règle, représentant une écono- 
mie de 250 livres slerl. (0250 fr.); — enfin, 
et surtout, leur exclusion, lorsque ce retard 
dépasse une certaine limite, exclusion pro- 
noncée dans le courant de la même année 
contre plus d'un millier de membres, et qui, 
tant par les secours qu'elle économise sui' le 
capital des cotisations déjà payées, que par 
les entrées qu'un certain nombre de membres 
admis une seconde et mémo une troisième- 
fois ont eu à payer de nouveau, a assuré n 
la société un béuéiice de 2000 livres sterl. 

4 



i,2 I.i;S A^S'K.IAllD.NS OlMlli.I\i:S EN ANCLETEP.Rb. 

('iO OIKI ïv.j. D'aiilrc \nn-{, hi coiitnMc saiii- 
(aiiv (jiir les oiivri^TS exercent Ips mis sur les 
auli'cs est l)irii j.lns criicace (|ii<' d.uis une 
sneiété de secours mutuels. L'L ii'h'Ii. <|ui n'est 
pas une société <!('. liienCdisuiice, Jiiais une 
association de coml)attauts, n'adin«jt dans ses 
rauf^s <iue des hoimnes forts et valides; les 
Taux i)rétextes ù secours ne peuvent se sou- 
tenir en présence des camarades d'atelier : 
aussi la moyenne des maladies y est-elle très- 
faible. Enfin les dépenses de chaque cliai)ilie 
ont déjà atteint leurs proportions normales, 
sauf celles de la caisse de retraite pour les 
vieillards. 

Celle-là, M. Applegarth hii-niéine le re- 
connaît, peut s'accroitre encore d'une ma- 
nière compromettante pour l'avenir, si Tonne 
prévient cette difficulté par une élévation de 
cotisations ou une réduction de la pension. 
Mais hàtons-nous d'ajouter que trois Unions 
seulement, parmi toutes celles dont la Com- 
mission s'cstoccnpée, promettent cette retraite 
aux vieillards : toutes les autres échappent par 
conséquent aux dangers signalés par l'expert. 



L'ORGANISATION DES TRADES-UNIONS. 63 

On comproiul que ses attaques n'en aient 
pas moins causé une grande émotion parmi 
les défenseurs des Unions. Aussi, malgré 
l'aridité du sujet, la discussion s'anime-t-ellc 
de plus en plus. 

Au secrétaire des charpentiers unis a suc- 
cédé celui des mécaniciens unis. M. Allan 
représente l'une des plus puissantes sociétés 
de l'Angleterre, car elle compte plus de 
trente mille membres, et en 1865 elle a fait 
86 885 livres sterl. (2 172 125 fr.) de re- 
cettes, 49 172 livres sterl. (1 229 300 fr.) 
de dépenses, tandis que sa réserve s'élevait 
à 140 000 livres sterl. (3 500 000 fr.). Il in- 
voque seize années d'expérience (1), durant 
lesquelles la prospérité non interrompue de 
l'association lui a permis d'augmenter gra- 
duellement le taux de ses secours, tout en ne 

(1) Cette expérience remonte même bien plus haut, car la 
Société unie, dans sa forme actuelle, représente plusieurs asso- 
ciations beaucoup plus anciennes, dont elle a accepté toutes les 
(liarges. C'est pour cela que nous lui voyons payer des pen- 
sions de vieillesse dès le jour de sa formation, bien que, par 
ses règlements, il failli', pour y avoir droit, être uiciubre dei uis 
di\-liuit ans. 



GA li;-, ASH)(.IAI|(»>S 01 Vl:!l:ill-..S un ANr.f.KTKf.nR. 

pi-/-lcv;ml. en \Xi\i\, sur la (•oii(ril)nli..ii ;m- 

lliirllr.lrj li vivs s(<tJ. 1 ^''' (Gli fp.), paVc'.' par 

<ii'i(|ii<' iiK iiii.ic, <jii(î 8 '' :]', (10 Cl". :m ,-.) 

l'oiii- les iiialad.'s, 3''' 2\ (3 fr. 0.*; c.) pour I,s 
vicillanls, 3"' 2' ; a fr. 02 <-.) pour les frais 
''•'"'•■'■'•'■"iriit, ci I r ,; (I IV. 20 c.) pourlos 
iirci.l.Mils, c'csl-à-diiv l;;''2'' ;; (19 fr.) pniir 
toiilcs lcs(l('peiisos du preniici' cliapitiv. Il fail 
l()iiil>(>r le reproche d'iiijuslice adressé par 
M. Tficker au système de riiniformité des coti- 
sations, en montrant que cette égalité est com- 
pensée par l'inégalité de la taxe d'entrée, 
variant selon l'âge du membre et de la pension 
elle-même, dont le chiffre dépend du nombre 
d'années durant lesquelles le pensionnaire a 
payé sa contribution. Il affirme enfin, d'une 
part, que les nombreuses radiations contri- 
buent à maintenir à un chiffre peu élevé l'âge 
moyen des membres, qui n'a pas varié depuis 
dix ans, et, d'autre part, que la moyenne de 
maladies etd'infirmités adoptée par M. Tucker, 
et sur laquelle il se fonde pour déclarer la 
société insolvable si elle n'a pas 17 millions 
en caisse, est singulièrement exagérée. 



L•on^A^!SAT^o^• des tuadks. liions. • gô 

Ces assertions ont été, dans le courant de 
I enquête, confirmées par d'autres repré- 
siMitants des Unions. Nous ne citerons que 
M. Harnott, secrétaire d'une société de ma- 
çons, qui se soutient depuis trente-troi sans , 
et comptait, en 1866, 17 762 membres (1). 

Enfin une autorité d'autant plus grande 
qu'elle est parfaitement impartiale, est venue 
réduire à leur juste valeur les fâcheuses pré- 
visions de M. Tuclîer. Dans un rapport 
remis à la Commission trois mois après la 
clôture de la discussion sur ce sujet, M. Fin- 
laison, employé supérieur de l'administration 
de la Dette publique, et chargé par le gou- 
vernement de nombreux travaux de statis- 
tique, a discuté et ramené à des chiffres pré- 
cis les arguments qui avaient été avancés de 
part et d'autre. Comme cette question est 
d'une grande importance dans tous les pays, 
nous donnons en note les calculs qu'il a faits 
sur h;s budgets des deux sociétés modèles 

(1) Elle odiVc coUe parliculiirilV; que ceux qui no veulent 
sduscrii-c (lu'ii la caiss(î de cliùuiage payent une cotisation 
nioiuilie, et n'ont pas droit aux secours du second chapitre. 

4. 



CG ir.s AssnnviiDNs orviufjîr.s kn ANnLKTr.!;r.r,, 

<lns iii(''canicii'ns unis cl tics churitciiticrs 
unis. Oh y verra (ju'ajU'ès avoir [n^^r et 
(diiiiiilr' toiilcs 1rs cii'CKiislanccs favorajjlcs 
aux lînions, il déclar*' (\n'('n sii|)|. rimant la 
iit''[)('ns(î (1(-'S p,l'r\('s, il siilTnail <1 ('lever de 
!''• à I ^MV (<!(' 1 IV. y.') r. à 1 Ir. S7c.j leurs co- 
tisations licixloniatiaircs [)our (ju'<illcs f>iïris- 
Kcnt tontes les garanties n(''cessaircs de solidité. 
Et si le lecteur suit jusqu'au bout le calcul 
que nous lui offrons, il reconnaîtra que, sans 
renoncer à ces dépenses qui sont leur objet 
principal, les Unions peuvent, par un léj^'er 
accroissement du clnitre ainsi fixé pour les 
cotisations (3'^ j, ou 32 centimes), et une 
réduction peu considérable (soit un hui- 
tième) des charges du premier chapitre, y 
faire face comme par le passé, sans alarmer 
les experts les phis scrupuleux (1). 

D'ailleurs les défenseurs des Unions s'élè- 
vent au-dessus de ces calculs, et se placent 
sur un autre terrain. L'Union n'est pas une 
assurance mutuelle, aux règlements inva- 

(1) On trouvera, sous forme d'appendice, à la fin du volume 
l'analyse des calculs de M. Finlaisoa. 



I 



L•Oî•.GA^iI^AT!0^' DES TRAREvL'NlONS. G7 

l'iables, se boriiaut à loucher, pour les ré- 
partir ensuite, les contributions de personnes 
absolument étrangères les unes aux autres : 
c'est, il no faut pas l'oublier, le fonds com- 
mun d'une association de personnes unies 
par les mêmes intérêts, et qui s'en réservent 
toujours la libre disposition, sans jamais s'en- 
gager irrévocablement à l'employer de telle 
ou telle manière. Son premier usage est de 
faire face aux grèves et aux chômages, 
et si, grâce à de plus fortes souscriptions, 
ce fonds subvient aussi aux besoins que la 
maladie , les accidents , la vieillesse ou la 
mort imposent à ses membres, la mesure 
dans laquelle il le fait est entièrement subor- 
donnée à ses ressources du^^moment. Les mé- 
caniciens unis ont ainsi graduellement aug- 
menté le taux des secours qu'ils accordent ; 
mais qu'une grève absorbe une grande partie 
de leur réserve, et ils le réduiront de même, 
sans que personne ait à s'en plaindre. Ainsi 
ramenés à la véritable place qu'ils ont dans 
l'Union, ces secours sont un ressort élastique et 
secondaire, qui accroît la puissance de l'asso- 



nR lis ASSOCIAI IONS (HVniF.P.F.S EN ANOI.I'TKliP.t:. 

«ialiiiii ri iiKidrro si;.s allures, sans les ciili'avi'r 
ni la (Irloiirucr d(î son principal ohjcl. 

T(^l est le rôlo nssit^né par los ouvriors enx- 
iiirmcs à CCS vastes sociétés donl nous 
venons (liidoiuici- un apcicii, cl (jn ils son- 
ticiim'iil pal' leurs conhiliiitidiis avec tant 
d'ensemble et de persévérance. Voilà ce qu'ils 
demandent an principe de l'association en 
échange de tant de sacrifices. La fi^randenr 
de ces sacrifices, révélée par les cliiffres que 
nous venons de citer, est une preuve élo- 
quente de la résolution et de l'esprit d'entre- 
prise de ceux qui les acceptent. De pareilles 
associations ne sont pas, en effet, on l'a bien 
vu, le fait de quelques hommes d'élite, mais 
bien d'une population entière, qui met chaque 
semaine de côté une partie de son salaire 
pour contribuer à l'œuvre commune. On 
verra plus tard avec quelle énergie les ou- 
vriers supportent les souffrances les plus 
cruelles, lorsque, pour une cause plus ou 
moins juste, ils commencent contre les pa- 
trons la guerre des grèves; alors l'ardeur 
du combat les soutient. Mais il faut plus de 



L'ORGANISATION DES TRADES-UNIONS. 09 

volonté chez rouvrier qui gagne tranquil- 
lement sa vie pour prélever sur ses faibles 
moyens d'existence une somme relativement 
considérable, et la porter à un fonds auquel 
il n'aura peut-être jamais recours, et qui ne 
se recommande à lui qu'en faisant appel à 
son esprit de corps. 

Chaque shilling qui entre dans cette caisse, 
où s'accumulent annuellement des millions, 
représente quelques privations imposées pen- 
dant une semaine à une famille d'ouvriers. 
Ces familles sont nombreuses, en effet; les 
loyers sont chers ; la viande, le pain, le char- 
bon, le sont aussi. Le mécanicien ou le me- 
nuisier qui doit, avec son salaire, faire vivre 
sa femme et quatre ou cinq enfants peut-être, 
gagne de 20 à 30 shilhngs par semaine. Mais 
en faisant son budget annuel, il faut, pour 
tenir compte des interruptions forcées, le 
réduire d'au moins un ([uart. Aussi peut-on 
calculer qu'il ne saurait s'élever au-dessus 
de 47 à 70 livi'es sterling, selon le taux des, 
salaires (1175 à 1750 fr.) : ce dernier chiffre 
est niémci rarement alt(Mnt, car b^s ouvriers 



70 \.VS ASSOCIATIONS OIM'.IKIU.S i.N A.NM ITI l'.i'.i:. 

(les foriics. |t;il' cxciiiplr, doiil !•• I.iIm'II!' rsl si 
Miilc, ii('L;ii^n('iil;;u(''i'i;(la!is les h()nii('saiiii'''<'s 
(|ii(; ()() liv. slerl. fl'iOO fr.), nioycMiin; assez 
c.xaclc (11! rcvciiii aiiiiiicl ;li' 1 ai!i>aii unifiais, 
(l'ost sni" ces lîiOO IVaiics (jnil <ii jn-i'-l/'V!' 
('».'), c'est-à-dire |»liis (Jik^ ré(|iiivulciil de deux 
semailles de travail, au profit de l'Union. 

Les avantages qu'elle peut lui offrir sont 
cependant éloignés et incertains : il ne lui en 
porte pas moins régulièrement sa souscrip- 
tion, s'imposant volontiers ce sacrifice, afin 
d'obtenir, sinon pour lui-même, du moins 
pour ses enfants, la situation meilleure que 
leur assurera dans l'avenir l'appui d'une forte 
association, et cet accroissement de salaires 
par lequel l'Union rend parfois avec usure 
l'argent qui lui a été confié. 

Lorsque ce capital, péniblement accumulé, 
ne sera plus en grande partie absorbé par les 
dépenses improductives des grèves, il devien- 
dra entre les mains de l'ouvrier un nouvel 
clément de prospérité. 



CHAPITRE IV 

L'IîsDUSTRIE DES BATIMENTS 



Nous avons indiqué l'organisation tleS 
Unions. Voyons-les maintenant à l'œuvre 
dans les principales industries étudiées par la 
Commission, en suivant l'ordre qu'elle-même 
a adonté. 

Elle a choisi d'abord l'industrie des bâti- 
ments, la première, en Angleterre, après 
l'agriculture, par le nombre de personnes 
qu'elle emploie. Ce nombre s'élève à près de 
neuf cent mille. Elle a interrogé vingt-six 
témoins, dont dix maîtres et seize ouvriers, 
et le journal des séances qu'elle a consacrées 
à leurs dépositions n'occupe pas moins do 
quatre volumes in-folio. 



72 l,l> ASSOCIAI ION -5 (Il M:||.I!1:;."3 KN ANf.l.l.l l.l'.llK. 

l'.ir suite <!(' la siliialiuii |tailiriiliri r de 
celle iiiilii.strie, les deiix classes y soiil |»lii< 
jtrnroïKlt'-iiieiil (livis(''es (|iie dans joule auli'«.'. 
I ji ell'el^ d une |>arL ell( ne ciainl p.is la con 
(•nri'ence(''tranLi,èi'e, ni même celle de district à 
district, toutes les {grandes cites anglaises étant 
])àties de ])ri(|ues qui se iont à leurs portes. 
D'autre part, les entreprises de chemins de fer 
lui ont donné, il y a quelques années, une im- 
pulsion })i'odigieuse, et, pîir rap[>àt de Lénc'-- 
lices tenq)oraires, y ont attiré un excès de 
capital. Dans ces conditions, la double con- 
currence, d'une part entre les particuliers, 
pressés de faire construire et limités dans Iciu' 
marché, et d'autre part entre les entrepre- 
neurs, stimulés parla rivalité de capitaux sans 
cesse renouvelés, a, loin de se balancer, 
amené un renchérissement, d'abord du prix 
des constructions, puis de celui de la maiji- 
d'œuvre. Les ouvriers, très-recherchés, pou- 
vant seuls se déplacer, ont saisi cette 
occasion pouj' obtenir un accroissement de 
salidres.Mais il leur a fallu pour cela engager 
des luttes très-vives, et plus d'un désastre est 



L'INDLSTRIE DES DATIMENTS. 73 

venu interrompre le cours de leurs succès. 

Pour soutenir ces luttes, il s'est formé dans 
chacune des professions attachées àl'industrie 
(les hiitimeuts : charpentiers et menuisiers, 
[x'intres en bâtiments, briquetiers, tailleurs 
de pierre, plâtriers, maçons de briques, ma- 
tons de pierre [bricklayers et slone-masons^ 
professions entièrement distinctes), et journa- 
hcrs, un grand nombre d'Unions, les unes 
ayant des branches dans toute l'Angleterre, 
h's autres, au contraire, tout à fait locales 
j et parfois môme se faisant la guerre entre 
elles de ville à ville. Il est difficile de con- 
naître exactement le nond)re total de leurs 
adhérents : un maître restime à iO et demi 
pour 100 seulement du chitFre des ouvriers 
employés dans cette industrie, ce qui le por- 
terait à 90 000 ; mais cette assertion est for- 
tement contestée, et il est probable ([ne les 
unionistes comprennent plus du tiers des 
artisans adultes et valides. 

[^'élévation <Ui taux des salaires, premier 
objet de toutes ces sociétés, peut être obtenue 
de deux manières ; soit directement par 



71 LKS ASSOCIATIONS (M vnif.ltF.S EN ANni.ETKimR. 

l'aci rnisscfin'iil de ce que 1l' |)ali(tn l»'iyc à 
rinivi'irr [tuiii' une jdiirriéc (le travail cmi |i<)ur 
uik; tnclic «IdiiiKM', soit iiiflircctemeiil par la 
(rmiiiiiilioii (In iioiiihn; (Vlieures de travail, 
sans rédiidiou cniTespoiulanle du |irix de la 
journée. Sous toutes les formes et dans toutes 
les industries, nous trouverons toujonrs les 
Unions poursuivant ce double but. .Mais les 
coutumes et les règles qu'elles cherclieut à 
faire prévaloir, comme devant plus facilement 
leur procurer ces avantages, diffèrent souvent 
et sont parfois même fondées sur des prin- 
cipes opposés. Ainsi, le travail à la tache, le . 
plus écpiitable en théorie, le plus conforme à 
la liberté individuelle, n'est, dans l'industrie 
des bâtiments, accepté que par les peintres et 
les briquetiers : toutes les autres professions, 
accusant les patrons, qui visent avant tout au 
bon marché, de s'en servir pour exciter entre 
eux une concurrence qui aboutit à l'abaisse- 
ment de leurs salaires ou a la prolongatioa de 
leur journée de travail, le repoussent éner- 
giquement, et il faut croire cpie, dans cette in- 
dustrie, il est en effet d'une application diifi- 



L'LNDUSTRIE DES BATIMENTS. 75 

cile et dangereuse, puisque les principaux 
entrepreneurs s'accordent sur ce point avec 
leurs ouvriers et préfèrent les payer à la 
journée. Mais, si ce dernier mode de salaire est 
généralement accepté de part et d'autre, la 
manière de l'appliquer n'en est pas moins 
une cause fréquente de dissensions. Les 
ouvriers prétendent le soumettre à divers 
règlements que les patrons refusent de recon- 
naître. Ils accusent surtout ceux-ci d'enga- 
ger quelques travailleurs, en leur assurant 
indirectement toutes sortes d'avantages, afin 
d'obtenir qu'ils fassent plus promptement 
leur ouvrage et que leur exemple soit un 
stimulant pour les autres. Ces ouvriers, 
connus sous le nom de chevaux à sonnelles 
(bell horses), sont particulièrement en butte 
à l'animadversion de leurs camarades. 

Quelques Unions, surtout celle des maçons 
de iniques {bricklayers), ne se contentent pas 
de combattre le système de la tâche : elles 
prétendent limiter le travail de chacun, afin 
d'arriver à une égalisation complète des 
salaires. En ellet, le payement à la joiu'- 



70 LIS ASSOCIATIONS OlVitIÈliES EN ANCLETKI'.P.E. 

lire ircin|>rcli(' pas Il'S «jiivrici's i'imIk r- 
cIk's jKiiir leur adresse et leur activité <l'(Hre 
iniciix ivHrihués (jiie l(;s autres, et (-'''st ce 
juste avaiitaj^M' «ju'elles veulent leur en- 
lever par l'ohlifiation ini<jiie de ne produire 
par joui' (ju'unc UKtyennr de travail déter- 
minée. 

D'autres Unions, quoique moins despoti- 
ques, fixent cependant pour tous leurs niciii- 
bres un minimum de salaires. Elles affirmeiil 
que, sans cela, les maîtres profitent de la 
misère d'un ouvrier pour lui imposer une 
paye réduite et abaissent ensuite, dès que 
l'occasion s'en ])résente, le taux de tous les 
salaires à ce même niveau. Les maîtres, au 
contraire, répondent que cette limite est un 
véritable maximum, et que, pour compenser 
ce que les mauvais ouvriers reçoivent en sus 
de la juste rétribution de leur travail, ils sont 
obligés de refuser aux bons ouvriers les avan- 
tages qu'en d'autres circonstances ils leur 
auraient assurés comme encouragement. 

Dans cette question, il est facile de le voir, 
l'amour-propre des deux parties joue un plus 



L'INnilsTP.IK DES BATIMENTS. 77 

iÀiaiid rùlc que leurs intérêts matériels -, car 
la moyenne du travail est tellement uniforme 
<{a'elle ne peut être dépassée que par quel- 
({iies ouvriers exceptionnels, qui, en tout état 
(le cansc, sont toujours siirs de trouver à se 
placer avantageusement. 

C'est toujours en vue de l'accroissement 
(les salaires que les ouvriers unionistes atta- 
( lient une importance particulière à ce qu'ils 
-ippellent la protection du métier {protection 
!)f trade), expression qui a d'autant plus de 
succès, qu'elle est plus vague et que chacun 
l'interprète à sa façon. Mêlant des idées de 
monopole, dignes d'une autre époque, à des 
notions justes et équitables, ils réclament, 
comme des privilèges du métier, le droit de 
limiter le nondire des apprentis, et d'interdire 
l'exercice de leur profession à tous ceux qui 
n'ont pas passé par un apprentissage régulier, 
et, à défaut d'une sanction légale, ils deman- 
dent aux Unions d'intervenir pour leur as- 
surer 1(^ maintien (h; ces droils prétendus. 

Dans la plu])art des professions de l'in- 
dustrii^ des l)Alim(Mils^ le novice doit encoiv 



78 LKS ASSOCIATIONS Oi;\mf:i\ES liN ANC.M.TKIlItE. 

anjourd'liiii signer avec un palron iiii contrai 
<raj»|»j'('iiliss;i^(; (idcnlure), par lequel il s'«jii- 
^iVj^yC, k le servir, pour des salaii'es réduits, 
durant cinq ou sept ans. Lors(ju'il est devenu 
anssi expérimenté (]u im arlisan, il ne l'ait, 
(M Iravaillant ainsi à prix réduit, que payer 
à sa façon l'instruction (pi'il a reçue et (jiii lui 
tiendra lieu de capital ; mais les ouvriers avec 
lesquels il a été à l'œuvre disent alors, non 
sans raison, qu'ayant employé- une partie 
de leur temps à lui donner des leçons, c'est 
à eux et non au patron que le prix devrait 
en être payé. « Et si elles doivent être 
» gratuites, ajoutent-ils, nous avons bien au 
» moins le droit de les refuser, ou de limiter 
» le nombre de nos élèves au chiffre qui nous 
» convient. » Quand l'apprenti est devenu 
artisan à son tour, il considère comme une 
véritable propriété l'instruction qu il a ache- 
tée par tant d'années d'un travail si mal ré- 
munéré ; il regarde comme un intrus et un 
concurrent de mauvais alui tout ouvrier qui 
n'a pas passé par la même épreuve, et même 
celui qui, ayant été apprenti dans une autre 



L'INDUSTRIE DES BATIMENTS. ' ' 79 

profession, voudrait ensuite passer dans la 
sienne, ou empiéter, ne fût-ce que pour une 
cliose insignifiante, sur ce qu'il considère 
• orame sa spécialité. « Nous ne demandons 
» pas, dit-il, que la loi intervienne pour 
» étendre à cette propriété la même protec- 
» lion qu'aux privilèges des avocats, des mé- 
o decins et des autres professions dites libé- 
)» raies : nous cherchons à nous l'assurer par 
» la formation des Unions. » Et ce système 
qui, poussé à l'extrême, serait sans doute 
funeste à l'industrie, a dn moins Tavantago 
de n'employer aucune restriction légale pour 
arriver à ses fins. 

Il ne faut voir dans les règlements protec- 
tionnistes de quelques Unions que les erreurs 
d'une puissance encore bien inexpérimentée, 
obéissant à des préjugés plus anciens qu'elle. 
Ces exemples sont heureusement peu nom- 
breux. On en trouve surtout parmi les bri- 
quetiers, qui se sont trop souvent distingués 
par leur intolérance et leurs violences, sans 
parler des deux meurtres dont ils se sont 
rendus coupables à Manchester, lis \<)i\\\ la 



RO I.I'.S A<^^OCIATI()NS OCVP.II-P.KS F.N ANCLETEURE. 

:iiiit. cIm'/, les j).ili'(iiis i|iii Inip (l(''|)l;ii-Y'iil, 
Iniilcr aiix pirds les ])ri(jU('.s non ciiilcs, 
on, ])onr cMiiiloyci' Icnr laii^a^(!, pi-oniencr 
le clicval avcn^lr: cl, lors(jn'ils en vculmt, 
à (|n('l(|n'nn «le Iciiis caniaradrs, ils sènirnl 
dos milliers d aiguilles dans la terre qne cet 
ouviier doil [tt'lrii/. Il n est j>as (''tonnanl 
(|n"ils aicnl été hostiles à I inlroibietion des 
machines, quand ils les croyaient destinées à 
diminuer leurs salaires. Mais cette hostilité, 
l)ien aveugle alors, ne s'est pas apaisée lors 
même que les patrons leur ont offert une 
part des bénéfices nouveaux que ces perfec- 
tionnements devaient réahser. Ils n'ont voulu 
voir dans les machines que des bras artifi- 
ciels qui leur faisaient concurrence et de- 
vaient priver de travail quelques-uns d'entre 
eux; et, oubliant que la production à meil- 
leur marché leur assurerait bien plus facile- 
ment de l'emploi à tous, par l'accroissement 
de la consommation, ils n'ont songé qu'à 
obliger les patrons, au détriment mémo de 
leurs salaires individuels, à répartir une 
tache donnée sur le plus grand nombre pos- 



L'INDUSTRIK DES BATIMENTS. Ci 

sible d'entre eux. Puis ils ont prétendu appli- 
quer le système prohibitif au territoire môme, 
qu'ils ont divisé en une inlinité de districts. 
Chaque district doit vivre par lui-même : les 
maîtres briquetiers qui l'habitent doivent 
employer exclusivement des hommes du dis- 
trict, ne cuire que de la glaise du dislj'ict, et 
ne vendre de briques que dans le district, 
sous peine d'être mis à l'index. 

Les ouvriers enfin, s'appuyant sur la force 
de leurs associations, cherchent à obtenir des 
maîtres, d'une part, la garantie d'un avis 
préalable donné une ou plusieurs semaines 
avant qu'on leur signifie leur congé, et, d'autre 
part, la réduction des heures de travail. 
Comme nous l'avons dit, cette réduction, si le 
prix de la journée reste le même, n'est qu'un 
accroissement déguisé des salaires; mais, si ce 
prix est proportionnellement diminué, si, p/u- 
exemple, il est fixé à tant par heure, ce n'est 
plus qu'une ([uestion d'hygiène i)hysi(pie ou 
morale : question foi't importante, car il est 
certain que, dans un grand nombre de mé- 
tiers, un travail journalier de douze ou même 

5. 



>'■> t.r.s A^^i'< IMI'iNs rn\|;iii;t> |,N ANCLUKUnK. 

de dix liciircs csl un ('.xfrs nuisible : il y a 
«•(•daines mines on le inaxinnnn a iln iMi(! 
fix('' à six on sept lienres, et le l^arleiiienl a 
<''(('' ()ltlitj;('' (l'iiilerN-eiiir puni' imposer nue 
liinilc anx joni'nées des !",'il>ri<pu's. j'ourvn 
qn'ollc n'a]>panvrisse pas les soniics mêmes 
(In Iravail i|ui fail vivre l'onvi-ier, cette 
i'(''(1ncliun es! encoi'e pins impoj'lanle au point 
(1(! vue (le son instrnction et de sa vie intel- 
lectuelle. D'ailleurs, si l'abandon du système 
des longues journées a été un bienfait public, 
les Unions n'ont jamais prétendu les inter- 
dire complètement, mais obtenir seulement 
que toute prolongation de travail, regardée 
comme exceptionnelle et payée plus cher, 
pût être refusée par l'ouvrier sans qu'il man- 
quât à son contrat. 

Pour appuyer leurs demandes, les Unions 
n'ont jusqu'à présent d'autre recours que les 
grèves: aussi le nombre en est-il incalculable 
dans l'histoire de l'industrie des bâtiments 
depuis quarante ans. Mais, comme cette in- 
dustrie est essentiellement locale, les luttes 
qui la troublent le sont généralement aussi 



L'INDUSTRIE DES BATIMENTS, «3 

ot prennent rarement des proportions con- 
sidérables. 

La fin désastreuse de l'une des premières 
et des plus grandes à la fois porta aux 
Unions un coup dont elles furent longtemps 
à se relever. C'est en 1833, huit ans après 
la r('' vocation des lois contre les coalitions, 
<[ue les Unions commencèrent à faire senîir 
leur pouvoir à Liverpool, et, comme il était 
Facile de le prévoir, après avoir usé de ce 
pouvoir nouveau pour améliorer sérieuse- 
ment la situation des ouvriers, elles ne tar- 
dèrent pas à en abuser. Non contents de leur 
résister, les maîtres déclarèrent la guerre à 
leur existence même, et, pour les combattre, 
formèrent à leur-tour une véritable coalition, 
s'engageant entre eux à imposer à tout ou- 
vrier, avant de l'employer, une renonciation 
solennelle à l'Union. C'était fermer la porte à 
tout compromis et atteindre l'ouvrier anglais 
au point le plus sensible, dans son besoin 
d'indépendance : aussi cette condition fut-elle 
unanimement repoussée. Les maîtrc^s j'é|)on- 
dirent en fermant leurs aieliers, contre- 



Rii LKS ASSOCIATIONS orvi!if:i;r.s KN ANr.i.FTF.nnE. 

^!vv<' (li'siL'iM'-c cil .\ii;^l<lci'i-c sdii'^ !<• ikuii 
<!(' « lack nul». Les ouvriers {icpsislaiit «laiis 
leur rcsistaiM'C, toutes 1rs allaires cessèrent, 
el à la prospérité eoiiimuiie succéda bientôt 
la ruine pour les uns et une allreuse niisèrc 
pour les autres. La consoinmatioii de l»ri- 
qiies, dans la seule vill<' de Liverpool, tdinlta 
su])itonieiit d un niillioii à vingt mille par 
semaine. Les entrepreneurs ayant fait venir 
des ouvriers d'autres parties de l'Angleterre, 
les Unions postèrent des sentinelles autour 
de leurs ateliers pour exhorter les nouveaux 
venus à n'y pas entrer, les reconduire au 
chemin de fer et leur payer leur retour chez 
eux. Elles empêchèrent ainsi les maîtres de 
continuer leurs travaux; mais elles ne }iu- 
rent obtenir pour leurs membres la faculté 
de reprendre l'ouvrage sans signer l'acte 
de renonciation qui était l'origine de la que- 
relle. L'appui qu'elles avaient cherché hors 
du Lancashire leur manqua bientôt. Les 
délégués de toutes les associations de l'indus- 
trie, qui représentaient plus de trente milh» 
personnes et s'étaient,pour soutenir leur caus(^, 



L'îNfiTJSTRlE DKS P-ATIMENTS. 85 

riMiiiis à ^[aiichoslor , se séparèrent après 
avoir coûté fort cher et fait très-peu de chose. 
Toutefois, tant qu'elles eurent un penny en 
l'éserve, elles ne se tinrent pas pour battues. 
Ihifin, après plus de six mois de cruelles priva- 
tions, il fallut céder. La perte de leurs salaires 
durant ce temps équivalait pour les ouvriers à 
plus de 72 000 livres sterl. (l 800 000 fr.), 
et ils avaient dépensé en outre près de 
18 000 livres sterl. (450 000 fr.) par l'inter- 
médiaire des Unions. Celles-ci furent abandon- 
nées pour le moment ; mais elles ne pouvaient 
manquer de se reformer à la première occasion. 
C'est à Londres que nous allons d'abord 
les retrouver. Depuis 1847, les ouvriers de 
la capitale poursuivaient simultanément l'ac- 
croissement direct des salaires et la réduction 
des heures de travail ; mais, leurs demandes 
ayant toujours été satisfaites, l'influence des 
Unions n'avait pu se révéler. Les journées de 
travail avaient été successivement élevées 
de 5^'' (0 fr. 21) c.) à î;^"> G'' (G fr. 87 c), 
puis à G''' (7 fr. 50) ; en outre, il avait été 
convenu (]ue le samedi, quoicjue pnyé inté- 



aO I.F.S ASSOCIATIONS OUVISlf:r.KS EN ANCLKTERRK. 

^ivili'iiii'iil , se tcfmiiiciMit , d'.'iliord à (jii.-ili'c 
liciircs, puis .i mu- Im'iim; do l'apivs-inidi. 
Mais 1ns (mvricj'S ;i\;ii('iit vaiîHMiicnt jns- 
«lu'alors soliicitô qiKï la joijriHMj <ii'diii<iir(; 
iut réduite de dix à neuf hnnrfs. l^unii, en 
1H50, les différentes Unions, coalisées sons la 
(lii'ccliou {]>' y Association des ouvriers de Lon- 
dres et de son secrétaire M. Potter, résolurent 
d'()l)[enir cette nouvelle concession, et eli<'s 
ne cachèrent pas leur intention, une fois ce 
point gagnéj de se remettre à l'œuvre jusqu'à 
ce que la journée fût limitée à huit heures de 
travail, sans aucune réduction correspondante 
des salaires (1). Un grand nombre de leurs 

(I) Cette limite a été adoptée en Australie, où la main- 
d'œuvre fuit la loi par sa rareté. Elle est aussi fort usitée aux 
États-Unis, où elle a été l'objet de vives discussions. Plusieurs 
Etats, relui de ÏNew-York entre autres, ont reconnu les huit 
heures de travail conune la journée légale, celle qui est sous- 
cnlendue dans les contrats où le contraire n'est pas spécifié, 
et enfin elle a été réremnicnt introduite dans les arsenaux 
fédéraux. Mais les ouvriers n'y ont pas trouvé le profit qu'ils 
en allendaienl; car, par une réaction inévitable du marché, les 
patrons ont réduit propitrlionncllcnicnt le prix des journées 
ainsi raccourcies, et le gouvernement fédéral ne s'est pas fait 
faute de leur eu donner l'exemple. 



L'INDUSTRIE DES BATIMENTS. 87 

membres étaient alors sans emploi, et elles 
comptaient qu'en rérluisant la journée de dix 
à neuf heures, il faudrait dix ouvriers au lieu 
de neuf pour faire le même travail, et que 
par conséquent les bras inoccupés trouve- 
raient plus facilement de Touvrage. Ce calcul 
eût été juste s'ils avaient consenti à partager 
entre dix la rémunération touchée auparavant 
par les neuf. Mais pour pouvoir mettre, ainsi 
que les Unions le voulaient, le salaire du 
dixième ouvrier à la charge du patron, il 
aurait fallu ({ue l'état des affaires leur permit 
de se montrer exigeantes, et que l'intérêt des 
entrepreneurs fut de supporter de nouveaux 
sacrifices plutôt que d'affronter une grève. 
Elles auraient du comprendre (|ue ce manque 
d'ouvrage, auquel elles voulaient remédier, 
était la conséquence d'une stagnation des 
affaires qui devait rendre impossible le succès 
de leurs demandes. Dans ces circonstances, 
le public n'étant pas disposé à élever ses offres, 
les maîtres devaient préférei' un . chômage 
complet à un accroissement de charges. 
Les ouvriers concentrèrent toutes leurs 



8S i.r.s Assor.iATiONs oi:vi!if;i;i.s kn anci.ktf.iîrf. 

forces contre la ••rîin<l(î maison de MM. Ti<»l- 
1()|K'; cf. ceux qu'elle» employait, réclauiaiil la 
jomMK'c (1(! iicul' hciii't'S, se mirent <;n {.^rève, 
tandis <[ue l(Mirs camarades, continuant par- 
tout ailleurs à travailler penilaiit dix heures, 
les soutenaient de levu's souseriptions. Ils 
espéraient en avoir ainsi raison, et amener, 
après elle, les autres à composition. La lutte 
avait commencé le 23 juillet IHiJO, après 
d'assez longues néî^ociations entre M. Potter 
et quelques patrons, représentant une société 
formée d'environ soixante-dix maisons de 
Londres, qui, fondée depuis vingt- cinq ans, 
ne s'était cependant jamais encore mêlée de 
questions de salaires. Décidées à résister, ces 
maisons (MM. TroUope étaient du nombre), 
avaient, dès le mois d'avril, convoqué tous les 
entrepreneurs de Londres pour demander 
leur appui. De cette assemblée sortit une 
puissante coalition qui ne tarda pas à agir 
sous le nom à' Associatmi centrale des maîtres 
constructeurs. MM. Trollope n'ayant pu en 
quinze jours remplacer les ouvriers qui les 
avaient quittés, elle prononça un look out 



L'INDUSTRIE DES BÂTIMENTS. 89 

(^rève des patrons), et tous les maîtres con- 
structeurs congédièrent leurs ouvriers, dont 
le nombre total s'élevait à 7856. Non-seule- 
ment ils annoncèrent que cette mesure sévère 
■serait maintenue tant que durerait la grève 
(liez MM. Trollope, mais, comme à Manches- 
ter, ils décidèrent que désormais ils n'em- 
ploieraient que des ouvriers étrangers à toute 
Union. Une déclarati'on contenant une renon- 
ciation formelle à ces sociétés fut affichée 
dans leurs ateliers et dut être acceptée par 
tous ceux qui venaient y chercher de l'ou- 
vrage. Au bout de quelque temps, MM. Trol- 
lope ayant pu enfin engager ([uatre cents 
anciens ou nouveaux ouvriers, les autres 
maîtres levèrent l'interdit; mais ils continuè- 
rent à exio:er la renonciation à l'Union; 



■n' 



Malgré leur détresse, les travailleurs en grève 
refusèrent de se soumettre à cette condition, 
et la grève se prolongea jusqu'à ce qu'enfin 
on se fît des concessions tacites qui y mirent 
un terme. Ues ouvriers, abandonnant la ré- 
duction (l'une heure qu'ils l'éelamaient, re- 
tournèrent eu mass(! chez MM. Trollope, elles 



•JO IV.9, ASSOCIATIONS OUVRIÈRES EN ANf.LETERKK. 

iihiîli'cs, «rracli.iiit les arfichos «Ir leurs al(i- 
lim's, u'exigririil pins aucun ongagc'inciit con- 
trairoaux huions. Les résultats de (M.'tt».; lutte 
(HaifMit doue nuls de pai't (.t d'autre: les ou- 
vriers n'avaient pas obtenu la journée de neuf 
heures, et les maîtres n'avaient pu dissoudre 
les Unions; heureusemeul du moins, malgré 
les ])assi()ns qu'elle soulevait, elle n'avait «Hé 
l'occasion d'aucune violence. Formés par la 
pratique du droit d'association et de coalition, 
plus instruits que leurs camarades de la pro- 
vince et désireux de leur donner l'exemple 
en tout, les ouvriers de la capitale avaient fait 
preuve d'une modération à laquelle leurs ad- 
versaires eux-mêmes rendirent hommage. 

La partie n'était que remise : les ouvriers 
serrèrent leurs rangs, tandis que les maîtres 
furent bientôt divisés par la concurrence. 
Aussi, dès 1861, la question des neuf heures 
était-elle déjà de nouveau sur le tapis. Mais 
cette fois la conduite des maîtres fut phis sage 
et plus habile ; loin de résister directement aux 
demandes quileiu" étaient faites, ils proposè- 
rent aux ouvriers une légère augmentation de 



L'D;i)USTr,lE DES r.ATlMENTS. 91 

salaires et la substitution du payement par 
heure au payement à la journée. Cette pro- 
position équitable, qui séparait deux questions 
confondues auparavant, celle de la longueur 
des journées et celle des salaires, fut acceptée 
et a obtenu l'approbation des deux parties. 
Depuis lors, la rémunération de la journée 
dépend du nombre d'heures dont elle se 
compose, et le prix de l'heure, fixé, en 1801, 
à 7*^ (0 fr. 73 c.) s'est, sans lutte, élevé suc- 
cessivement à 7*^-^ (0 fr. 78 c.) en 18Go, et 
à 8'' (Ofr. 84 c.) en 186(3. 

L'exemple de la ville de Londres ne fut pas 
suivi partout. La grève qui avait précédé cette 
transaction pouvait se justifier au moins par 
l'objet important que se proposaient ses au- 
teurs; mais celle qui éclata à Manchester, en 
avril 18G4, montra que souvent, plus la cause 
de ces luttes est futile, plus elles sont désas- 
treuses dans leurs effets; car, l'amour-propre 
étant alors en jeu à la place de l'intérêt, l'ob- 
stination y tient lieu do raison. L'adminis- 
tration municipale de Manchester faisait con- 
struire les Assises, grand et bi.d édifice qui 



02 LIS ASSOCIATIONS OlVItlKltKS EN ANCLKTFJUIK. 

l'cirvc 111! j»rii la iinmitloiiic de celte citi'' on- 
iiiiiK r. Liicoii(lu(t(Mii'd('s travaux (en anp^lais, 
jorcinan), iioiiiiik'' M. Kctllc (li'-jà mal vu des 
ouvric^rs coiuiuc (''Iraii.t^cr à la ville, pla<;a à la 
tète (les joiinialicrs iiii iioiivcîau venu qu'il 
avait arncin'' avec lui. l/usa^e eut voulu ([ue 
ce nouveau venu {)rît rauf^ le dernier, les pre- 
miers ou plus aueiens ayant l'avantage de 
pouvoir seuls régulièrement être employés. 
Les journaliers protestèrent, et le comité de 
leur Union ayant réclamé en vain auprès de 
IM. Kettle, ils demandèrent son renvoi à l'en- 
trepreneur, puisa l'architecte, et, essuyant un 
refus, se mirent en grève. Le travail des 
hricklayers ayant été interrompu par cette 
dispute, ceux-ci prétendirent que M. Kettle 
en était l'auteur, réclamèrent 25 livres sterl. 
{jot'ô fr.) d'indemnité, et, ne les ayant pas ob- 
tenues, se mirent en grève à leur tour. La lutte 
s'engage alors avec une passion qui se réveille 
devant la Commission, lorsqu'un acteur prin- 
cipal, tel que M. Kettle, vient lui en faire le 
récit. Des ouvriers sont mandés de Londres 
pour prendre la place de ceux qui refusaient 



L'INDUSTRIE DES BATIMENTS. 93 

l'ouvrage, mais la Société des hricklayers de 
la capitale intervient pour les en empêcher 
en payant leurs frais de retour. M. Kettle 
cherche des travailleurs dans toutes les par- 
ties de l'Angleterre : il rencontre toujours 
rUuion de lAIanchester décidée à les lui enle- 
ver à tout prix. Elle place des sentinelles, elle 
supplie, elle menace les nouveaux venus. 
C'est en vain que M. Kettle les étahlit dans 
les constructions inachevées, les y loge et les 
y nourrit : la police qui les entoure ne les dé- 
fend pas de la séduction, et bien peu résistent 
à l'offre de 5 livres sterling (125 fr.), ou même 
de 7 livres sterl. 10 shill. (187 fr. 50 c), 
par laquelle leurs camarades achètent leur 
départ. L'entrepreneur cpii a voulu garder 
M. Kettle est mis en interdit dans tous ses 
travaux. Enfin, lorsque, malgié tous leurs 
efforts, les bricklayers voient (pie ia maçon- 
nerie va être terminée, ils payent les menui- 
siers pour se mettre en grève à leur tour; mais 
en vain : les Assises s'achèvent sans eux 
et malgré eux. Dans cette lutte malheureuse 
pour elle, l'Union des bricklaijers de Maii- 



O'i LEf: ASSOCIATIONS OUVHifeRES EN ANr.LKTKlil'.E. 

cIh.'sU'I' avait <lé[>oiisé la somme de 020 livres 
sterl. (2.'U)()0rr.), qiu; son comité purticnlicp, 
investi C(;lle année-là du ponvoir exéenlif 
dans la société, dont il nV'l.-iitfjn'nnc branche, 
|>nisa dans la caisse f^énérale. Ses ennemis 
lui r<'[»r(i(]i('rriit vivement cette violation des 
statuts; mais elle fut réf^ularisée |ilus tard 
par le vote général, anqnel il aurait ialln re- 
courir avant de disposer des fonds communs. 
On voit jusqu'où peuvent mener, de part 
et d'autre, les querelles entamées sur une 
simple question personnelle. Une fois la 
grève engagée, l'unanimité des ouvriers est 
la première condition du succès. Si les uns 
travaillent ])ôur un patron que les autres 
veulent mettre en interdit, les privations que 
ces derniers s'imposent sont parfaitement 
inutiles. De là pour eux la nécessité d'obte- 
nir non-seulement le concours de toute l'ar- 
mée disciplinée des unionistes, mais aussi la 
connivence de leurs camarades non-unio- 
nistes, de ceux qui sont en dehors de l'asso- 
ciation. Comme nous l'avons vu, ils payent 
souvent cette connivence des prix exorbi- 



L'INDUSTRIE DES P.A'llMENïS. 95 

tants. S'ils ne peuvent l'obtenir, ils en arrivent 
bien vite à se disputer avec eux. C'est ce sujet 
qui revient le plus souvent dans les interro- 
gatoires de la Commission. Tous les maîtres, 
tous les ouvriers ont leur mot à dire, leur 
histoire à raconter, soit pour accuser les 
Unions, soit pour les disculper. Parmi les 
premiers, M. Mault, secrétaire d'une associa- 
tion de patrons de Birmingham, attaque les 
Unions dans un plaidoyer plein de verve et 
de talent. Il cite contre elles un certain nom- 
bre d'exemples fâcheux et même d'actes cou- 
pables 5 mais il nous semble qu'il conclut par- 
fois trop facilement du particulier au géné- 
ral, et qu'il rend les Unions responsables 
de bien des opinions qui sont professées, 
de bien des actes qui ont eu lieu là où ces 
sociétés n'ont jamais existé. 

Les principaux chefs d'accusation contre 
elles sont, d'une part, de rendre les grèves 
plus fréquentes et plus longues, et, d'autre 
part, d'exercer une triple tyrannie sur les 
non-ujiionisles, sur les unionistes eux-mêmes, 
et sur les patrons. 



9(> IJ.S A«^S(»r,IAT10NS OUVlllfcl'.KS KN ANGLETKRRE. 

Il(''))()ii(laiil .111 iticiniri' jioiiil . les <l(''r('iis(,'urs 
dcsLJnioJis ii'oiil |>;is(l(' pciiK à (ir'iuoiili'crtjiir, 
(lansliii;!! «les disiricfs où il ii y a jamais en <1(: 
socicHés do ce j^^cjirc, les grèves ne sont j)as 
moins nomhiTiiscs (HKî là où on Icnr reproche 
de les avoii" i'onienli''es. Ils ailii'iin'ul (jne, si 
})ai'(bis elles en |»i'olon^('iil la diiri'i , m rcvan- 
clic elles en [)i'(''vieiinen( souvent Te-xplosion. 
M. Williams, secrétaire d'une grande société 
de plâtriers (National Association of plus- 
tcrcrs), cite l'exemple d'une grève à Aberys- 
twitli (pays de Galles), où les plâtriers em- 
ployés à la construction de deux hôtels, 
profitant de l'urgence du travail, exigèrent 
subitement une élévation de salaire et une 
réduction de la longueur de la jouiiK'e. 
[^'entrepreneur fit a})pel à M. Williams, et J 
l'Union, jugeant (pie les ouvriers avaient 
tort, non-seulement refusa de les soutenir, 
mais lui en fournit d'autres pour remplacer 
le? déserteurs. M. Williams apporte à la 
Commission une lettre où l'entrepreneur 
reconnaissant déclare que les conseils des 
Unions rendent les plus grands services , 



à rindustric. Un patron de Scarboroiigh, man- 
quant de travailleurs, s'adresse aussi à lui, et 
nous voyons alors l'Union prendre auprès des 
maîtres le rôle de pourvoyeuse d'ouvriers. 
D'autres exemples encore prouvent que le 
conseil exécutif des grandes Unions est sou- 
vent intervenu pour faire cesser les grèves 
de leurs branches locales. 

Accusés d'être une minorité despotique, 
qui, par la force de son organisation, asser- 
vit à SCS volontés une majorité indifférente 
à ses vues et étrangère à ses intérêts, les 
unionistes répondent : « Que leur nombre est 
» d'abord beaucou}) plus considérable qu'on 
» ne le croit, et que, dans plusieurs professions, 
» ils forment non une minorité, mais une im- 
» mense majorité ; que d'ailleurs ils comp- 
» tout parmi eux ce cpiil y a de plus actif et 
» de plus laborieux dans chaque métier, et 
)^ qu'enfui il ne faut pas croire à cette pré- 
•» tendue hostilité ou même indifférence des 
» non-unionistes vis-à-vis des unionistes. 
» Quoique étrangers à l'association, ils n'en 
ï) ont pas moins les mômes aspirations et 



on ILS ASSO(;iAil(»N.S OL'VI'.lLi'.KS KN ANCLhTKnitE. 

)) les MiriJK'S Ix'soiiis que Iciii's (•;iiji;ii';i(l('S. 
» <'|, bien (jii'ils lie condihiicnl \tu> de hniv 
» Ixjui'sc à .soiik'iiii' ri iiioji, ils n'eu S(mi- 
» liaitiiiit i)as moins le succès de ses ciilicj- 
w [)rises; car ils savent ]>ien «jii ils en pruiito 
» l'ont |)arconlre-cou}), d, dans les (jueslioiis 
» (1(! salaires, ils finit presque tous cause coni- 
•» niune avec elle. Si l'on ne tolère |>as liMir 
n présence dans les ateliers où les unionistes 
» sont en grande majorité, c'est que la société 
» ayant pour effet d'élever les salaires de 
» tous les ouvriers qui y travaillent, il n'est 
» pas juste que quelques-uns profitent de 
» ses efforts sans prendre une part de ses 
» charges. D'ailleurs, sauf les tristes exemples 
» de Manchester et de Sheffield, également 
n réprouvés par tous les honnêtes gens, cette 
>) prétention n'est soutenue que par des 
)) moyens parfaitement légaux. Si les patrons 
» sont libres de choisir leurs ouvriers, si 
w ceux-ci sont libres de rester étrangers à no- 
» tre association, nous autres unionistes, nous 
» sommes bien libres aussi de laisser les 
» uns et les autres en tèle-ù-tète, quand il 



L'INDUSTRIE DES BATIMENTS. 99 

» arrivé que la situation d'un atelier ne nous 
') convient pas. » 

Mais leurs adversaires montrent alors com- 
liient ces exigences et ces exclusions y en 
s'appuyant sur l'exercice d'un droit incon- 
testable , arrivent à justifier parfois le vieil 
adage : « Sum7mim jus, simma injuria. ^^ Ainsi 
quelques patrons (M. Howroyd, à Bradford, 
M. Dixon à Blackpool) ont vu leurs travaux 
désertés parce qu'ils employaient leurs pro- 
pres fils, et que ceux-ci n'étaient pas entrés 
dans l'Union, ou parce qu'ils portaient à un 
chiffre trop élevé le nombre des apprentis de 
l'atelier. Il y a enfin une certaine catégorie 
d'ouvriers, souvent mentionnés dans la Com- 
mission, avec lesquels l'Union est en guerre 
ouverte. Ce sont les « moutons noirs » {black 
sheep) qui profitent des grèves pour s'assurer 
temporairement des salaires élevés, sauf à 
aller en chercher ailleurs, lorsque les portes 
de l'atelier se rouvrent pour leurs camarades 
vainqueurs ou vaincus. Dans certaines pro- 
fessions et certains districts, parmi les bri- 
qiietiers du Lancashire, par exemple, il n'y 



100 I.KS ASSOCIATIONS OrVP.lfcRES EN AN(.I l.TKr.P.E. 

a |>as (ra\aiii<'s auxquelles ils ne snieiil ex- 
posés. niieI([U(?s Unions <lressenl idiilre enx 
nne véiilaMe lisfe de [ii'nscrijtlion, a|.j)eléc 
la (( Liste noire ». L inlei-dll est [)ron()ncé 
(«iiilre (juie("»n(|ue y (ip;ni'e : dt-fenso est faife 
anx nnionistt's (le travailler avec lui (1^. On 
trouve sur cette liste, à côté des ouvriers qui 
ont refusé de s'associera une ^rève, ceux qui 
se sont <juerell(''S avec l'Union pour tout antre 
motif, ceux qui ont violé un de ses règlements, 
et même parfois ceux qui, par leurs simples 
dépositions en justice, ont fait condamner 
([uelque camarade accusé d'avoir poussé au 
delà des limites légales son zèle pour l'Union. 
Une société de maçons a, dit-on, une liste 
noire de plus de 2o00 noms, sur laquelle 
quelques-uns sont inscrits depuis 18ii. Les 

(1) Parfois, lorsque, pour un motif ou un autre, les unio- 
nistes craignent de recourir à celte extrémité, l'interdit ron- 
siste à ne pas adresser la parole à l'ouvrier désigné à leur 
animadvorsion. C'est ce qu'ils appellent « envoyer à Coventry ». 
On a vu des individus travailler ainsi pendant des semaines, au 
milieu d'une troupe nombreuse de camarade», sans pouvoir 
obtenir d'eux nu mnf de réponse à leurs questions le< plus 
pressantes. 



i L'INDI'STRIE DES BATIMENTS. 101 

passions éveillées par de longues et pénibles 
luttes peuvent expliquer de pareils procé- 
dés; mais elles ne sauraient les justifier: 
aussi, après avoir allégué que les hommes 
ainsi mis en interdit ne méritent générale- 
ment par eux-mêmes aucun intérêt, les prin- 
cipaux défenseurs des Unions cherchent-ils 
seulement à prouver que ces exemples ne 
sont pas fréquents, et que plus d'une fois la 
provocation est venue de la part des maî- 
tres. D'après eux, si telle est la conduite de 
certaines Unions locales, les grandes sociétés 
sont loin de l'approuver, et elles tendent à 
faire prévaloir un esprit moins intolérant. 

L'oppression exercée par les Unions sur 
leurs propres membres est un autre grief 
qu'on leur adresse fréquemment. On en 
donne comme preuve les amendes qu'elles 
leur infligent s'ils violent les règlements, ou 
mémo de simples usages que le bon sens con- 
damne, quoique la tradition les consacre. 
Tel est celui qui interdit aux ouvriers de 
porter plus d'un certain nombre de briques 
à la fois. Mais il a été démontré devant la 

6. 



102 l,I.S ASSOCIATIONS 0(iVUIf:HK.S EN ANCI.KTKIinF.. 

( ifniiinissidji (|ii(', si (|iir|(|iics S()(i<''t«'*s saiic- 
lioiiiiriil d'-iiissi iiH'xciisu])l<'s |>rf'l(iili<ii).s, 
|jeMii<nii|) (r.iiitn's Unions, nii conlniin; , 
n'f'ni]>l<n«'iil rîirnie r«î(loutMl)l(3 (h; laniondc 
(|iu' poiii' ;ini(''rior(;r uioralcnK'iit roiivricr, en 
rrap[)ant les ivro^'nos et 1(3S mauvais suJL'ts. 

Jllnfin, l'on accuse les Unions d'être aussi 
lyj'.inniques envers les maîtres qu'envers les 
ouvriers, et l'on a cité, entre autres exem- 
ples, celui des briquetiers de Manchester, 
qui ne tolèrent pas l'emploi des machines, et 
(pii ont obtenu des maçons la promesse de se 
mettre en grève toutes les fois qu'un entre- 
preneur voudrait employer des briques faites 
autrement qu'à la main : même engagement 
a été pris vis-à-vis des tailleurs de pierre, 
qui craignaient la concurrence do certaines 
machines. Il est très-vrai que les Unions ont 
souvent employé leur influence à entraver la 
liberté d'action des maîtres, lorsque, à tort 
ou à raison, elles croyaient servir ainsi les 
intérêts des ouvriers. Mais comment des 
hommes souvent aigris par la soutîrance ou 
la lutte n'abuseraient-ils point parfois d'une 



LMNDUSTRIE DES r.ATIMENTS. 103 

puissance iiouvello formée de leurs mains? 
Et parce que Tarbre a besoin d'être élagué, 
faut-il le condamner à être coupé, et pré- 
tendre qu'il ne peut porter que des fruits 
amers? Quelle est donc l'institution humaine 
dont l'origine est pure d'actes arbitraires? 
Heureuses et rares celles qui, à aucune épo- 
que de leur existence, n'ont brigué la pro- 
tection de lois iniques et oppressives ! 

Dans ces luttes, d'ailleurs, les ouvriers 
n'ont pas été les seuls à dépasser parfois la 
mesure. Certaines associations de maîtres ont 
emprunté aux Unions ce qu'on leur reproche 
le plus. Il y en a qui, elles aussi, ont publié 
leurs Listes noires, interdisant à tous leurs 
membres de donner de l'ouvrage au simple 
ouvrier qu'elles proscrivaient, en y plaçant 
son nom. Ainsi désignés, les chefs des grèves, 
de nombreux témoignages le prouvent, ont 
été en vain frapper de porte en porte, rejetés 
]»artont comme des ennemis dangereux (1). 

(1) La iiliiparl, dos maîlrcs no consiilôrcnt coponilaiil ces 
iiiosuics si ri<fouroiisos que comme des représailles, et quel- 
(jufs-ims d'oiili'ociix, les condaniiiaïUsévèrcmcnt, ont toujours 
l'crusé de s'y associer. 



dO'i l,KS ASSOCIATIONS OCVUlf.l'.ES F.N ANC.LI.TKnr.E. 

l'aiTdis aussi, ces coalirHuis de luaîlrcs (uit 
oxcrct' sur If laiix des salairr's une action 
aussi oj>posc(.; à la lilwi'h'î (1rs contrats (|U(; 
les l'èglenu'iits les plus ](rolt'ctioiinist(;s d<'s 
sociétés ouvrières, lorsijiie , [)M1' exemple, 
elles ont imposé à tous leurs membres I obli- 
gation de ne |ias élever ee taux, en faveur 
<les ouviiers qu'ils emploient, sans l'autori- 
sation des associés. 

Au milieu des accusations réciî>i"oi|ues que 
cette question a fait naître, il est curieux 
de remarquer que le rôle naturel des deuy. 
parties semble être interverti lorscfu'elles dis- 
cutent l'élévation des salaires. Cette élévation 
est le but avoué des Unions ; mais au lieu de 
la leur reproclier, les maîtres veulent prouver 
qu'elles n'y ont pas contribué, et que le cours 
ordinaire des affaires aurait, sans leur coû- 
teuse intervention, assuré les mêmes avan- 
tages aux ouvriers. Ceux-ci soutiennent, au 
contraire, que, sans les efforts de leurs asso- 
ciations, le prix de la main-d'œuvre serait 
moins élevé quil ne l'est aujourd'liui, et 
revendiquent pour elles la responsabilit(' de 



L'INDUSTRIE DES BATIMENTS. 105 

raugmentation de frais imposée aux entre- 
preneurs. Certains exemples confirment sans 
doute la première assertion. Nous en citerons 
un emprunté aux dépositions d'un homme 
impartial et expérimenté, M. Rupert Kettle. 
Une grève eut lieu à Wolverhampton, au 
moment où le gouvernement faisait construire 
à Portsmouth de vastes fortifications. L'Union 
envoya à Portsmouth les ouvriers qui chô- 
maient à Wolverhampton, et ils y trouvèrent 
facilement du travail. Mais, par leur concur- 
rence, ils empêchèrent les salaires de monter 
à Portsmouth, tandis que les patrons qu'ils 
avaient quittés, ruinés par l'interruption ab- 
sohie des travaux qu'ils avaient pris à forfait, 
ne purent faire aucune concession pour met- 
tre fin h la grève, et trouvèrent moins oné- 
reux de la supporter que de se soumettre 
aux exigences de leurs ouvriers. Sans l'in- 
tervention de l'Union, au contraire, il se 
serait établi une concurrence naturelle entre 
le gouvernement, pressé d'achever ses forts, 
et les maîtres, non-seulement de Wolver- 
hampton, mais de toutes les grandes villes 



lOr, M.S ASSOCIATIONS OUVflltl'.KS EN ANGLLTKRRK. 

(VAn^Iflrrrr. (|iii ;nii'.iirnl ci'.iiiil de jk i'<lr<^ 
Iciii's (ui\ l'icrs cl (If i!i;iii(|iicrà |i iii's ciniliats. 
(Vtic <()ii('iii'i'('ncc ;iiii';iil iiir!iillil)l»'iiiciil (ail 
(Micliéi'ir le prix (1(; la in'iiii-d'aiuvro. Mais 
il 110 faudrait })as dcMluire do co fait des 
conclusions générales. Les Unions sont un 
instrument à deux tranchants, qui semble 
d'abord d'un maniement facile, et (|ui ne 
tarde pas à blesser ceux qui s'en servent mal à 
propos. Toutes les fois qu'elles ont tenté de 
faire ouvertement violence aux lois qui règlent 
l'équilibre du marché, elles ont échoué d'une 
manière éclatante. Elles n'ont jamais pu pro- 
duire une hausse factice des salaires lorsque 
le marché était en baisse ; mais elles pèsent 
aujourd'hui dans la balance d'un poids qu'on 
ne saurait négliger. Lorsque les circonstan- 
ces sont favorables, elles peuvent hâter la 
hausse et la pousser jusqu'à un point qu'elle 
n'aurait pas atteint sans leur intervention, 
et, lors<iue, par suite du mauvais état des 
affaires, le prix de la main-d'œuvre s'abaisse, 
elles peuvent en retarder et en modérer 
l'avilissement. Une preuve irréfutable de 



L'INDUSTRIE DES BATIMENTS. 107 

cette action a été donnée k la Commission : 
c'est qne dans la même profession, dans la 
même ville, et à qualité égale d'ouvriers, il 
arrive assez souvent que les salaires des 
unionistes sont fort supérieurs à ceux (pi'ob- 
tiennent les non-unionistes. 

Ce n'est pas par un esprit de stérile cri- 
tique, mais pour montrer les dangers que 
maîtres et ouvriers ont à éviter, que nous 
avons recherclié ce qu'il y avait de fondé 
dans les reproches qu'ils s'adressent récipro- 
quement. Nous n'aurons plus à y revenir en 
détail; car hem^cusement nous rencontre- 
rons moins fréquemment, dans les industries 
que nous allons avoir à examiner, les abus, 
les erreurs et les violences que nous avons 
du signaler en parlant de celle des construc-- 
tions. 



cijapiti;k v 

LA FAltUH.A'i lOiN DU Ffcft 



Tout le monde sait que l'industrie des fers 
est une des principales sources de la pros- 
périté et de la puissance de l'Angleterre. La 
variété des qualités du métal, ra])ondance de 
la houille dans son voisinage, la facilité des 
communications : tout, en un mot, y favorise 
cette grande industrie. 

Ceux qui ont voyagé de nuit entre Birmin- 
gham et Liverpool, se souviennent sans doute 
d'avoir traversé un vaste district qui semble 
une réalisation complète de l'un des cercles 
de l'enfer de Dante. Tout y est feu et fumée ; 
partout s'élèvent des hauts fourneaux cou- 
ronnés d'un iumache de flammes que le vent 



LA FABRICATION DU FEU. 109 

toi'd et secoue, comme s'il s'efforçait en vain 
de les arracher de leur base. A la lueur rou- 
gealrc qu'elles répandent, on aperçoit les 
grands bras des machines à épuisement, qui 
s'agitent comme des damnés, et de longs 
convois de minerai lentement traînés par des 
locomotives essoufflées, sur des voies de fer 
qui se croisent en tous sens. Privé de toute 
verdure, le sol lui-même ne se compose que 
de scories entassées, qui, par leur forme ré- 
gulière, ressemblent aux écailles gigantesques 
de quehpic espèce d'huître antédiluvienne. 
Ici ces écaiUes trenq)ent dans une mare aux 
eaux noircies; là, à peine sorties de la four- 
naise, elles sont encore rouges comme de la 
lave en fusion. C'est le Pays noii\ le Black 
Counlry, qui a Wolverhampton pour capi- 
tale, et occupe la plus grande partie du comté 
de Stafford et les districts adjacents. Une 
})opulation noml)reuse et industrieuse exploite 
les riches miiU'S de fer de cette coiiUv'-e. f^a 
propriété de ces mines est l'une des plus 
lucratives de l'Angleterre ; car les fers du 
Stafïordshire vont dans le monde entier et n'y 

7 



llO l.i:s ASS()( lAlloNS OUVnifcRES EN ANGl.Ell.HliL. 
(Olili.iissriil d'aiilrcs (uiiciiriTiils i\\\r 1rs fers 
belges, Elles sont [.niif l.i [.lup.irl dniis les 

mains (le sociétés en cunmiaiidile-, ([iiclijues- 
unes eepcntlniil .ipiiarlienneut h des grands 
seigneurs, entir aulres à Lord Diidley. On 
divise généralcinml celle eonli'éc en .NOrlli 
et en Soulh-Slallordsliire. 

■ Les autres districts métallurgiques de la 
Grande-Bretagne sont : dans le centre de 
l'Angleterre, celui du Yorkshire méridional, 
dont Leeds est la capitale : dans le nord, ceux 
de Cleveland, du CumLerland, de Gates- 
liead et des bords de la Tyne; en Ecosse, 
ceux du Lanarkshirc ; enfin, dans le pays de 
Galles, ceux qui s'étendent sur la rive nord 
du canal de Bristol. 

C'est dans le voisinage de ces mines que 
le fer est travaillé. Souvent leurs proprié- 
taires possèdent en même temps une houil- 
lère, des fourneaux, une forge et une carrière 
de calcaire (1), réunissant ainsi dans la même 

(1) On sait que, dans les hauts fourneaux, une certaine pro- 
portion lie calcaire est ajoutée au mélange de charbon et de 
minerai, afin de purifier la ionle. 



LA lADItlCATION DU FEP,, 111 

ndmiiiisiration tous les éléments premiers 
(le la fabrication. En outre, dans toutes les 
grandes villes 4e ces districts, à Liverpool, 
à Manchester, k Birmingham, à Wolver- 
hampton, à Leeds, à Newcastle et à Glasgow, 
s'élèvent de vastes forges où les fontes pro- 
duites aux environs, ou venues d'autres dis- 
tricts, sont amenées à l'état de fers doux, par- 
fois d'acier, et travaillées ensuite sous toutes 
les formes que peut prendre le métal. Dans 
ces magnifiques établissements, dans ces 
grands et beaux monuments de notre civilisa- 
tion moderne, de cette civilisation, prosaïque 
si l'on veut, mais laborieuse, intelligente, pa- 
tiente et puissante, des milliers d'ouvriers 
li'a vaillent à transformer le métal rayonnant 
de chaleur et de lundère. Les différents ])ro- 
cédés qui composent cette opération divisent 
les ouvriers en autant de professions. La fonte 
a besoin d'être purifiée des matières étran- 
gères, et particulièrement des sihces et du 
chai'bon ([u'elle a entraînés avec elle en 
sortant <hi liant fourneau. On la refond dans 
\\\\ four à puddler . A l'aide d'uue longue tige 



i]?. LIS A^S0( IMIONf; OlVlUkllF.S KN AN(il.I,TKI'.l!K. 

(le Fer. un (Hixi'icr :i'.:'\\>- le Hh'I.iI en ril>>i()ll, 
|K)iii' ;icli\('i' l;i coiiiltiisl mil du cIi.u'Ikui cl |;i 
S(''|»;ii';ili<»u des silicalrs : peu à pru. \r Icr 
s";ill;iclu' à la liiic, s'iiLTi^lonicrc cl se cofij^iilc, 
roriiianl au milieu i\i-~> imuui'cN's rK|Ui''fiL'C'S 
une l)(.ulc [làlcu'-c i|u (III relire aloi'S pour la 
placer sous le iiiai'lcau à vajx'ur. Cu inartcaii, 
à coups re(loul)l('s. c.\pi'ini(3 les scories coutc- 
imes encore dans les p(jrcs dilatés du lUiMal. 
l^^iifiii, qu'oïl veuille faire des plaques de tôle, 
des rails d(! (licmiiis de fer. ou de simples 
lames de Ici- doux, ou laniiue la masse 
cliaulfée lUi roupie cuti'i' <l(>s rouleaux de plus 
en plus rapprochés. i)e là la division des 
artisans en trois classes : les puddleurs, les 
marteleurs et les lamineurs, recrutées parmi 
les apprentis qui travaillent à côté d'eux et 
dont le concours leur est nécessaire. 11 l'aul y 
ajouter une (piatrième classe, celle des jour- 
naliers ou manœuvres, chargés des travaux 
qui ne demandent que de la force musculaire. 
Pénétrant pour la première fois dans cette 
ruche où tant d'homnies robustes et intel- 
ligents asservissent Tun par l'autre le fer et 



LA TA CRI CATION DV TEW. H3 

le feu, et travaillent avec tant d'enseml>le. 
l'étranger n'est frappé que des triomphes 
de la science et de l'industrie. S'il cherche 
ensuite à discerner quelles passions, quels 
intérêts, quelles espérances animent tous ces 
hommes réunis dans une œuvre commune, 
il ne rencontrera qu'obscurités. Les maîtres 
lui diront peu de chose, les ouvriers encore 
moins. C'est le grand mérite de la Gonnnis- 
sion de les avoir fait parler devant le monde 
entier, et de h^s avoir confrontés sous les 
yeux du })uhlic. Son cinquième volume est 
consacré à ce sujet. 

Dès les premières pages, on peut distinguer 
les caractèj'es particuliers de cette industrie, 
et l'on voit ([u'on a aiïairc à une classe d'ou- 
vriers chez lesquels l'intelligence et l'es- 
prit d'entreprise ont été développés par de 
hauts salaires et par le travail à la tache. 
Parmi eux, la première place appartient aux 
]>uddleurs, ])arce ipie leur rôle à la foi-ge leur 
permet d'y faire la loi : [)ré(>araiit le nuMal 
qui passe ensuite entre les mains des mar- 
teleurs, des lamineui's el di's jouiiialiers. il 



il/l LES, ASSOCIATIONS OrVKlf'.lSES FN ANCLFJhRRE. 

leur siiim (le .-(' iiH'lIn' en ^rr\(' (loiii- [irixci- 
tous les ;iiiliTs (tiivi'if'i^ (!'' travail. Aussi, 
devaiil la Cuiiiiiu.ssioii, esl-cc [)riiici|)alL'iii('nt 
L'utrc les rcîpi'rscntants des [Hiddleiirs et ({iwd- 
qiies grands maîtres de ioi';^es qiK; s'engage 
la discussion: discussion plus large et plus ap- 
profondie que toutes celles que nous avons sui- 
vies jusiju'ici. On y voit deux puissances en 
présence : p 1 ii s 1 es ouvriers ont conscience de la 
force de leur association, plus ils se montrent 
modérés, et l'on ne j»eut alléguer contre eux 
aucun de ces actes coupables parfois trop jus- 
tement reprochés aux membres d'autres pro- 
fessions. En discutant la question des salaires, 
ils prouvent qu'ils connaissent toutes les gran- 
des questions relatives à leur industrie, et 
qu'ils observent attentivement toutes les cir- 
constances qui pourraient l'influencer. Cette 
industrie qui alimente le monde entier, étant 
par cela même essentiellement variable, et la 
main-d'œuvre, qui est sa principale dépense, 
étant payée proportionnellement aux prix de 
vente de ses produits, il s'ensuit que les salaires 
varient constamment, et <[ue les ouvriers sont 



^ . LA FABRICATION DU FER. . , li5 

aussi iiit('ressés que les propriétaires à se 
rendre coni}>l(' de tontes les fluctuations du 
marché (1). Plus de discussions sur les mé- 
rites divers de la tàclie et de la journée. Cette 
dernière méthode de travail, réclamée avec 
tant d'insistance dans d'autres professions, est 
ici réservée aux manœuvres et considérée par 



(1) La Commission a cherché à déterminer la part qui doit 
être allribuée aux salaires dans l'ensemble dos dépenses de la 
fabrication du fer. Les maîtres de forges ne l'ont pas aidée 
efficacement, craignant sans doute de livrer les éléments d'un 
calcul qui aurait facilement révélé leur situation financière. 
Ceux qu'elle a iii[errogé^:- ont estimé cette pari aux /i/.V"* ou 
même ;uix 9/10''^ des dépenses, pour les enlre[irises où lu liouil- 
li'rr, la mine de fer, la carrière de chaux, les feiu'ueaux el la 
forge sont dans les mêmes mains ; aux 2/3, pour celles où l'on 
achète les gueuses. Mais, dans ces chillVes, ils ont compris les 
salaires fixes des employés, aussi bien (pie les salaires mobiles 
des ouvriers. D'ailleurs, ils ont fait justement observer qu(> 
cette proportion varie selon la production. En elfet, il y a des 
(ir'[)eMse.s fixes et constantes : la royauté ou lucaliou pi'rpé- 
tuelk' d(! la mine, les traitements des employés, rinléi'ètdu 
capital engagé dans l'enlreprise. Les bénéfices d'une part, les 
salaires de l'autre, sont donc seuls directement affectés par la 
production, qui règle la sonnne dépensée annuellement pour la 
main-d'ieuvn! ; et le mélange d'éléments fixes et d'éléments 
vaiiabli's, dans lui priv vaii ilili' lui lui'nie, uut.Iifie ccuil 'm- 
menl la pail pnipoi tii.iuuelle de cliacun. 



110 LES ASSOriATIONS OIVIllf-.RES F.N ANfil.KTKIlUE. 

les ni-tisaus coihiih' un [)!•()( ('■(!•'' (li'gradîiiit 

jHlIll' ( IIX. 

Les [tihldlciirs, iiiai'tclciiis cl lainiiiciirs 
sont j)ay(''s laiil |i(iiii' ( lia(|ii(' lonnr de Iri' 
jmddlr, mailflf'" ou laiiiiin'. Le taux «le ce; 
salaire à la tonne est n'-uli' lui-nirine snr \c 
}H'ix (le vente du fer, au inoyrn diinc (''clKdl»' 
mobile, établie en 1847 par un niaitrc d<' 
forges, M. Thorneycroft, et bientôt après 
adoptée dans presque toute l'Angleterre. 
D'fiprès ce système, les puddleurs prélèvent 
5 pour iOO, et les autres artisans 10 pour 100 
sur tout accroissement de ce prix de vente, 
et, lorsque le marché tombe, leurs salaires 
sont réduits dans la même proportion. Si, 
par exemple, la valeur de la tonne augmente 
d'une livre sterling, ou 20 shillings, le 
puddleur recevra l shilling de plus pour 
chaque tonne de fer puddlé, le marteleur 
2 shillings pour la même tonne martelée, 
et le lamineur 2 shillings également pour 
la même tonne, lorsqu'elle aura passé au 
laminoir. Dans le StaiTordshire, les maîtres 
du district s'assemblent tous les trimestres, 



LA FABRICATION DU FER. 117 

et fixent le prix du fer sur une liste impri- 
mée, qui sert de taux officiel pour le règle- 
îiieiit des salaires, quoique les variations du 
marché ne permettiuit pas toujours de vendre 
aux prix qu'elle détermine. La plupart des 
forges peuvent même rarement les atteindre, 
et l'on ne cite comme les dépassant parfois que 
certains fers connus pour leur excellence, 
et dont la iuar(pie est particulièrement re- 
cliercliée. Dans le nord de l'Angleterre, où 
l'échelle mohile est admise aussi, chaque 
maître est à peu près libre de fixer ses prix, 
et par conséquent le taux des salaires; dans 
le pays de Galles, au contraire, ceux-ci ne 
suivent que de fort loin les fluctuations du 
marché (1). 

(1) Celle parlicularilé n'a rien d'élonnanl dans une contrée 
si difTcrcnle de rAiigleleire sa voisine, différente par la langue, 
les traditions, le caractère, les nneiirs, la religion et les idées 
politiques. Sa population , ci'Itc par l'urigiiie, presque répu- 
blicaine, active et laborieuse, mais liiibulenle et inconstante, 
diffère encore par un autre trait de la race anglo-saxonne]: 
elle comprend autrement l'esprit d'association. Tandis (pie 
l'association religieuse s'est développée au milieu d'elle par son 
opposition à l'Eglise oflicielle (pie rA;iL;le|eric lui iiiipose; 
taudis que, prescpie tous i.lisseiitvrs, 'û< souli'iiuiMit largement 

7. 



i\H I,[;S AbSOCIAilONS 01 Vl'.ll.Hl.S KN AN<.l.i;i i.l'.r.r,. 

I^c syslriiio (le IV'clicllc iiioliiK,', ([iioi([ue 
liiiiilaiil los (liss(!iiliiii(Mils d(jjil les salaires 
i)('ii\('iil (Mi'e l'ohjct, IJO les suj)j)i'iinc pas cii- 
lièreinciil. \\\\ cHcl, sa hase inriiic [x.'iil rtre 
niodiliée, cl l'a ('•((' plusieurs lois. M. Tlioi- 
neycroft avait (Mal »li «pic les puddlfurs rece- 
vraient cxacleineiil o pour 100, ou uu ving- 
tième du prix de la vente; mais, plus tard, 
ceux-ci o])linrenl (puj, sans clianger ce rapport 
pour le calcul de l'accroissement ou de la dimi- 
nution de leurs salaires, on leur payerait, en 
sus de ce vingtième du prix de la vente, la 
somme fixe de 6^ (62 centimes), puis de 1 shil- 
ling (1 fr. 25 c.) par tonne puddlée. Ainsi, 
cette tonne vendue 8 livres sterl. (200 fr.) qui, 
au déhut, leur aurait rapporté 8 shillings 
(10 fr.), dut leur èlre comptée à 8'"' G', puis 
à 9^'' (10 fr. 63 c. et 11 fr. 25 c). Si son prix 
tomhait à 7 livres sterl. (175 fr.), leurs salaii'es, 

leur culte national, qui, comme celui d'Irlande, ne vit que do 
contributions volontaires, les nombreux mineurs gallois , quoi- 
que recourant fréqueminent aux grèves, n'ont jamais vu les 
Unions s'acclimater parmi eux. La seule Unirm citée devant la 
Commission fut dissoute, peu après sa formation, parla fuite du 
trésorier emportant la caisse; commune. 



;-.-,. LA FAnmCATION DU FtR. M9 

abaissés de même d'un vingtième, descen- 
daient à 7^'* 0'^ et 8^'' (8 fr. 37 c. et 10 fr.); et 
s'il s'él(?vait à 9 livres sterl. (22^ fr.), c'étaient 
9"' 0', et 1 '' (1 1 fr. 87 c. et 1 2 fr. 50 c.) qu'ils 
recevaient. 11 se présente parfois aussi des 
difficultés d'interprétation. Ainsi, deux blocs 
de fer d'une tonne chacun, et sendjlables en 
tous points, sont sortis des mains de deux 
puddleurs: l'un, après avoir été martelé, se 
vendra 8 livres ; l'autre, après l'opération 
du martelage, subira encore celle du lami- 
nage, et sa valeur se trouvera portée par là 
à 8 livres et demie : sur lequel de ces deux 
prix devra-t-on calculer le salaire des deux 
puddleurs, qui doit évidemment être égal? Le 
taux de ce salaire ne suit pas toujours immé- 
diatement les variations du marché, comme 
cela devrait être d'a[)rès le principe de 
l'échelle mobile. Enlin,les perfectionnements 
récents de certaines machines sont vernis 
Iroubler l'équihbre de cett<' échelle. On con- 
naît ces énoi'mes marteaux à vapeur, dont 
l'cQui-L dé[)asse parfois vingt-ciiK] loiiiics (ît 
ébranle à cluui^ue coup lout le trrrain envi- 



iid I.KS ASSOCIATIONS 01 Vp.lf.P.F.^ F.N ANf.l.r.TF.nr.F.. 

l'oiiii.'iiil. (''ImMï-^ ;'i Slii'irM'Id cIk'/ Sir .Inlm 
llruwii, jnix Merstnj Iron Works, clii-z 
AI. Knij»!» ;"i l'.ssni, cl dînis i|iicl(iiics-iiii< s 
(le nos i;i'aii(l.'S usines dr l''ran(i'. |,a Cal)!-!- 
catioii <l<'s |»la<|ncs de l.lindauc a aussi lait 
coiistruii'c (les laminoiis d une pui^^anc»; 
exiraordinaii'c. iiracoù vais, riiadiiurs. (|ui n-' 
dcinaiidcnl pas le concours d un plii> uiand 
nombre d'ouvriers, ceux cju'oii emploie jxmi- 
veut, dans un même tem[)S, marteler ou la- 
miner une quantité de fer bien plus considé- 
rable qu'autrefois, tandis qu'aucun progrès 
n'a été fait dans l'industrie des puddleurs, 
qui continuent à agiter le métal liquide, tou- 
jours exposés aux ardeurs de la fournaise, 
sans pouvoir, dans leur journée, puddler plus 
de quintaux qu'il y a vingt ans. De là une 
grande inégalité, si l'on continue à payer tous 
les ouvriei'S au même taux. Ainsi, il y a 
quelques années, grâce à un nouveau mar- 
teau introduit dans les Merseij Iron Works, 
deux ouvriers, qui ne travaillaient pas plus 
que leurs camarades, se trouvèrent gagner, 
l'un 400 livres sterl. (10 000 fr.), et l'autre 



• ••' ■ LA FABRICATION DU FtH. • 121 

4501ivr. slerl. (11 250 fr.) par an (I). De là 
aussi un grand embarras pour les maîtres, 
qui, s'ils sanctionnent cette inégalité, voient 
tous les autres ouvriers réclamer au moins 
un certain accroissement de leur paye, et 
qui, s'ils veulent réduire le tarif des salaires 
pour ceux qui manient ces macliines, rencon- 
trent chez eux une résistance obstinée. 

Les luttes entre les maîtres et les ouvriers 
ont souvent aussi une autre origine, et parfois 
ces derniers ont pu alléguer, pour justifier 
leurs plaintes, des griel's sérieux. 

Telle fut pendant longtemps une institution 
funeste connue sous le nom de Truck-shop, 
boutique établie par le propriétaire dans son 
usine, et où il débitait à crédit à ses ouvriers, 
comestibles, viandes, épiceries, li([ueurs,etc., 
leur faisant payer ces denrées des prix exor- 
bitants, employant jusqu'aux menaces pour 
les pousser à la consommation, et retenant 
sur leurs salaires ce qu'il leur avait ainsi 
extorqué. Les plus intelligents parmi les ou- 

(1) Le salaire ordinaire tlo ces ouvriers ilépasse rarement 
1250 ou 1500 IV. iKuan. 



122 M;S associations OrVIîlf-.I'.KS I:N ANC.I.ITKf'.nF 

vrici's i'('sislri('ii! ('ii('i'^i<|iiciii('iil à cctti' exi- 
gence', cl se jiiirciil SdUVL'iit en j^rèvc jxnii' 
(tl>lit;(M' les iii.iîlns ;"i v iTiioiircr : ils (''iiiu- 
rt'iil ciiliii rojiiiiioii jiiiljliijiic, et le !*;iilc- 
iiiciil. IVaj>i(('' (les altiis iiionslriKMix auxiiiu'ls 
clic (loiiiiail lii'ii. I iiitndil aliNoliiiiiciit. Toute- 
rois, aiijoiii'dlmi cjicorc. 1rs dini-iciN sont 
(le jcinps cji lciii[»s ol)li,L;(''^ (le l'ésiister à des 
iimovalions tendant à rétablir le Truck-shop 
sous une forme déguisée. 

Par suite du travail à la tâche, si un pro- 
duit est défectueux, les salaires de ceux des 
mains desquels il sort sont retenus. Cette 
règle, nécessaire en principe, peut donner 
lieu h des abus dont les ouvriers se plaignent 
amèrement. Ainsi, lorsqu'on galvanise la 
tôle, cette opéi^ation fait paraître, dans la 
qualité du fer, certains défauts impossibles à 
découvrir auparavant ; si la plaque est con- 
damnée et qu'on refuse leur salaire aux lami- 
neurs, ceux-ci se trouvent lésés par la faute 
unique du puddleur qui a préparé le métal. 
Parfois les ouvriers accusent les maîtres de 
retenii" la totalité de leurs salaires, lorsqu'ils 



LA FABRICATION DU FKR. 123 

peuvent faire encore quel(:|\ic argent des 
produits imparfaits. 

11 y a aussi des cas que réchellc mobile ne 
prévoit pas toujours : ainsi telle fonte, très- 
difficile à puddler, se vendra, en barres de fer, 
moins cher que telle autre plus facile à tra- 
vailler, ou dont le rendement est plus considé- 
rable. Les ouvriers qui préparent la première, 
demandent un tarif plus favorable que celui 
qui est accordé aux puddleurs ordinaires. 

Il arrive d'autres fois que des amendes sont 
imposées aux puddleurs, lorsque les produits 
qu'ils livrent sont jugés défectueux. La loi 
anglaise interdit cette pratique ; mais nombre 
d'ouvriers ont affirmé devant la Commission 
qu'elle n'en subsiste pas nioius, et que les 
intendants retiennent sur leurs salaires lo 
montant de ces amendes arbitraires, si bien 
que parfois il ne leur reste presque rien 
entre les mains : réclamer, disent-ils, serait 
tout simplement demander son renvoi. De 
pareils faits doivent être rares; mais il n'en 
faut ])as beaucoup j)onr réveiller chez lOu- 
vricr des défiances mal assoupies. Enfin, 



il't I.r.S ASSOCIATIONS OUVRIÈKFS EN ANCI.KTKI'.lSli. 

(■oiiiiiic (l.iiis loiilfs 1rs iiidiislrics, l'i-MstciiCe 
liiriiir (Its l liions L'sl la cause jn'einicrr de 
l)i('iMl('S liitlcs. Ccrfaiiis in.'nirrs alVccIrut df 
les ignorer cl n'Iiiseiil th; l'cccvtjir li.'urs rc- 
pivsciitaiits. D'autres vont jdiis loin eiH'ore,ct 
cxcliieiil ri,i;iiiirt'U>('iiHiil d(; leurs Forf^es tous 
les unionistes. A t|ii(d(|ues-uiis iiiènie ou a re- 
pi'oclii'' d avoir, s;tiis ()ue les (tuvriei's Iciii' eu 
eussent donné 1 exemple, dressé de tes Listes 
noires dont nous avons vu plus haut le funeste 
rôle. De là naturellement des grèves nom- 
breuses. Mais, si, des deux parts, on peut citer 
certaines persécutions contre les ouvriers qui 
ont j'e l'usé de s'associer aux grèves, et contre 
les chefs qui les ont dirigées, les témoignages 
recueillis par la Commission, la discussion pu- 
blique entamée devant elle, ont prouvé que 
ces griefs réciproques étaient exagérés. Et, 
en revanche, on est heureux de ne renconti*er 
ici aucune de ces règles protectionnistes que 
nous avons vu, dans d'autres industries, cer- 
taines Unions s'efforcer de faire prévaloir. 

Aucun temps de service n'est imposé aux 
apprentis, ni aucune limite à leur nombre. 



LA FABRICATION DL' FER. 125 

Bien plus, là où il y a des non-iiiiionistes, les 
membres des Unions ne se refusent pas à 
travailler avec eux, et les uns et les autres 
l'ont presque toujours cause commune en- 
semble, l'jifin, de l'aveu même des maîtres, 
les Unions ont, dans plusieurs cas, exercé sur 
les ouvriers une lieureuse influence : elles ne 
tolèrent pas le ratlemng, et elles ont extirpé 
l'usage frauduleux de dérober des pièces de 
fer et de les jeter dans le four pour en aug- 
menter le rendement. 

Les Unions que nous trouvons aujourd'hui 
parmi les ouvriers des forges sont toutes d'ori- 
gine récente. Une société fondée en 1 845 s'était 
<lissoute en 1 847, n'ayant pu résister aux maî- 
tres, qui obligèrent leurs ouvriers à l'aban- 
donner. Aucune Union n'existait en 1857, 
lorsqu'un premier accroissement de G' ((32 
centim(>s) Ud ajouté au tarif <les salaires des 
piiddlciu's. . 

U Associalion nationale des ouvriers du 
fer, comprenant piiiu^i paiement des pud- 
dleui's, fut fondé<' en 18G2, et son siège 
établi dans le Niu'd, à Ciatesbead. Celle, des 



120 lis ASSOCIATIONS OL'VlïlKlîKS I.N ANGLi-JF.nr.P,. 

Oiiviiri's Cil fer de la Graiide-Jirclafjuc. i\\H 
n clidisi jtoiir rapilalc la ville de lliifi'l''y- 
lllll, se loiiiia ]'aiiii(''(! suivaulc, an iiiili<ii 
iriiii('!4i'rv<'(|niil elle assura l(î succès. Tous les 
[tudJIcurs (le r \n^lf'lcri'c ciili'ri'f'iit dans les 
rangs de lune ou de l'autre, ceux de cluK^ue 
district se parta.^eant généralement entre les 
.]( iix. Ainsi, la |>remière comptait 450 mem- 
bres dans le North-StaiTordshire, et la seconde 
350. Enfin, en juin 1804, les deux Unions 
s'elForcèrent de se fondre en une seule : elles 
n'y réussirent pas, mais se promirent un appui 
mutuel. La prospérité d(? lindustrie leur 
donnait alors une grande force : les puddleurs 
étaient payés à raison de 10'' 6'' (1 3 fr. 1 2 c.) 
la tonne, taux de salaire plus considérable 
que tout ce (pi'ils ont obtenu avant ou après. 
La plupart des lamineurs étaient aussi mem- 
bres de quelque Union : la plus puissante 
parmi eux, établie également à Gateshead, 
comptait cinq ou six mille membres, et chaque 
lamineur devant, lorsqu'elle se mettrait en 
grève, priver dix hommes de travail, on 
comprend quelle inlluonce elle exer<j^'ait sur 



LA FABRICATION DU FEU. 127 

riiuliisd'ic. ImiPih on pouvait estimer 1(.>s Unio- 
nistes <le toutes professions aux trois quarts 
du noiiil)re total des ouvriers des forges. 

Mais, tandis qu'ils se fortifiaieut par l'as- 
sociation, les propriétaires avaient, de leur 
côté, recours aux mêmes moyens pour résister 
à cette nouvelle puissance. Il existait, depuis 
cinquante ans, dans le StalTordsbire une asso- 
ciation de maîtres, qui avait, entre autres 
objets, celui de régler les salaires et den 
assurer Vuniformilé. Dans le nord de l'An- 
gleterre nous trouvons deux sociétés formées 
parmi les propriétaires, l'une des hauts 
fourneaux, et l'autre des forges. Cette der- 
nière, dite Y Association des fabricants de fer 
du nord de t Angleterre, est une véritable 
Trade-Union, avec tons les caractères qu 
distinguent ces sociétés parmi les ouvriers 
Ainsi, chaque propriétaire assure conti'e la 
grève tout ou pjirtie de ses fours à puddler, 
en s'engag(;ant par écrit à payei', sur la ré- 
quisition du secrétaire, une somme déter- 
minée parle nond)r(' de ces fours et le rende- 
ment (ju'il leur assigne. Si ses ouviiei's le 



128 ir.S ASSOI.lAIKtNS 01 VI.II.I'.F.S KN ANT.I.KTKIiIlK. 

(|iiiilriiL I ;i'-'H( i.ilioli lui |i;iy(', scluii l'assu- 
rai •.(•(', 1 livi'cs sicil. ( I IMI ii'.j on ;» li\ les sl( il. 
(?;.> il'.), rlia(|ii(' sriiiaiiic. par Cniir. d elle pn'-- 
Irvc (•rll(.' s(Mnnit' siii' les t'uiids souscrits par 
les autres iiiciiilti'cs. ( les Coiids, mis à la dis- 
position de la soci(H('', s L'1('\ aicnl , le 1" dr- 
(•L'iiil)r(' 1S()(>, à pi'ùs (le 48 000 livres slerl. 
(1 200 000 IV.). 

nuol(pi(' moins fortcnKiit orfjjanisées, les 
Unions de maîtres du Siaifordsliire sont ani- 
m(''es du même espi'il. Aucun des membres 
ne peut [)ayer ses ouvriers au-dessus du tarif 
qu'elles ont fixé dans l'échelle mol^ile, et 
l>ientot, resserrant les liens de leur coalition, 
ils vaincront les ouvriers par rempdoi même 
des moyens qui ont été tant de fois repro- 
chés à ces derniers. Aussi leur voyons-nous 
prendre l'offensive, et, dans le district de 
Leeds, prononcer un lock oui au printemps 
de 1864, pour imposer aux ouvriers la re- 
nonciation aux Unions récemment introduites 
parmi eux. C'est pour leur résister que les 
deux sociétés de Gateshead et de Brierley 
Ilill se confédérèi'ent; mais ce fut en vain 



LA rAlillir.A'ilON Dr FLH. i^? 

<]ii'('llcs dépeiisùrciit 17 000 livj'es slerliii.Lr 
(425 000 fr.) ctproloiigùrciit la luUc peiidaiit 
six mois. Elles furent vaincues par l'arrivée 
(le travailleurs belges ([ni vinrent prendre 
la place de ceux (j[ui étaient en grève. 

La grande prospérit(' ({ui. en 1803, avait 
permis aux Unions d'oJ)tenir des salaires si 
élevés, n'avait eu (pi'une courte durée. Dès 
le milieu de l'année suivante, les proprié- 
taires du StaiTordshire se virent dans la n('- 
cessité d'abaisser le pi'ix de leurs l'ers. .Mais, 
comptant sur une reprise prochaine des 
affaires, ils jugèrent plus prudent de ne pas 
réduire dans la même proportion la paye de 
leurs ouvriers : ceux-ci cnu'ent alors que le 
taux des salaires ne s(n^ait plus changé tant 
(jue le prix du l'er demeurerait le même, et, 
lors(pie la réduclion si imprudemment dilïé- 
rée l'ut enfin devenue indispensable, elle l'ut 
considérée comme une cruelle injustice par 
ceux ({ui n'auraient pu s'en plaindre (picl- 
ques mois arq:)aravant. T^es maîtres avaient 
prévu cette résistance : aussi s'étaient-ils con- 
certés, en décembre 1 80 1 , avec les industriel 



i:iO l.i;s ASSOCIAI IONS (M'VIMKftKS tN ANCIKI 1.IU;K, 

(In rcstf <\r I \ii;^lc|('i'iT, |H)iir I'îi'iit |i;iitniil 
siiiiiill;i!i(''iii<'iil colle i'<''(liicrniii, d se Sdiilciiir 
l'(''ci|ti'()(|ii('in('i)l cil c.'is (le Ix Sdiii. Ils ;iiiii(iii- 
cèroiil <|in'. le I i j.iiiNici- 180'), li.'S salaires 
(les ])ii(l(ll(Mii's scraifiil ](''(liiils (Vnn î^liillin^ 
(1 Ir. 21) c), et ceux des autres ouvriers de 
10 pour 100. A celle nouvelle, ^n-aiid <''inoi 
|»nrnu tous eeiix (|ui se Irijuvaienl ainsi al- 
teiiils, jiiais particulièrement parmi les pud- 
dleurs. Leurs deux Unions envoient des re- 
présentants à une conférence tenue à Sheffield; 
mais, quoiqu'ils ne puissent s'entendre sur 
une ligne de conduite à suivre en commun, 
ils déclarent avant de se séparer, que la lutte 
est impossible et qu'il faut traiter aux meil- 
leures conditions, en évitant à tout prix une 
grève inutile. Une réunion spéciale des délé- 
gués de toutes les brandies de la société de 
Brierley Hill confirme cette déclaration, et 
autorise seulement les puddleurs du Nortli- 
StafTordsbire, qui prétendaient que la vie 
était plus chère dans leur district que dans 
les autres, à proposer aux maîtres que la 
réduction soit fixée à 6'' (62 centimes). On 



croyait que cette transaction serait acceptée, 
et, malgré l'avis des ouvriers du reste du 
comté, on promit l'appui de la société aux 
puddleurs, en cas de refus. L.-i prévision du 
refus s'étant réalisée, ils se mirent en grève 
au jour fixé pour la réduction : tous leui's 
camarades de forges qui appartenaient à 
l'Union de Gatesliead en firent ;uitant; mais 
lenr société les abandonna promptement, ne 
voulant pas sanctionner par des secours leur 
désobéissance à ses ordres. Ne vivant que 
de rares dons volontaires, ils rompirent bien- 
tôt ouvertement avec elle, et se liguèrent 
avec les puddleurs affiliés à la société de 
Rrierley Hill,qui les soutinrent, autant qu'ils 
le piu'ent, avec les faibles ressources dont ils 
disposaient. En vain les cliefs des deux so- 
ciétés représentèrent-ils à ces 800 puddleurs 
les conséquences de leur obstination ; en vain 
Lord Licbfield, lord-lieiitcnanl du comté, se 
[)roposa-t-il comme arbitre : ils ne vonlurent 
rien écouter. 

L'Union de Brierley [lill leur donnait ce- 
pendant encore ({uelques secours; les mai- 



t:{2 I.ES ASSOCIATIONS OlVlUfcnKS KN ANCLETHIiriE. 

(rcs <lii Sitiitli-Slall()r(Uliii'i' iw-rdlinM nt d'y 
incllrc. un Icriiic, cl d .•liilcr leurs V()isiii> fin 
iioi'd du cdiidi' à r.iirt' accepter la l't'dnclioii 
aux nuvi'ici'S rccalcilraiits : ils ici-iiièrc'iil 
louU'S leurs foi'jjçrs le luai-s. cl d(''rlarcrcul 
qu'ils ue lèveraieul 1 iidcrdil que le jour où 
CCS ouvriers se seraient souiuis aux coutli- 
lions qu du leur ['ro|K)sail. Ij's jirojirii'-laii'cs 
du ceiiire cl du nord l'ureut iu\iU's à donner 
le nicnie appui aux usines frappées pai' la 
grève, qu'on accusait l'Union de Gatesliead 
d'encourager secrètenienl. Iléunis à \oi'k, 
ils prononcèrent à leur tour un loclc oui le 
17 mars. Par suite de cette mesure, tous les 
fours à puddler de l'Angleterre s'éteignirent 
à la fois : pendant quinze jours, cette grande 
industrie fut comme anéantie, et elle ne s'en 
est jamais relevée complètement. Mais une 
pareille situation ne pouvait se prolonger 
La société de Gateshead, toujours opposée et 
étrangère à la grève, n'eut aucune répu- 
gnance à donner à \ Union des fabricants 
du nord de ïAncjlelerre la promesse quou 
lui demandait, et aussitôt ceux-ci rouvri- 



LA rADUIC.VTlON DU lEil. 133 

l'ont leurs établissements. La soeiété de 
Hrierley Hill, jugeant la résistance inutile, 
avait, depuis le lock ont, cessé de secourir ces 
puddleursdii m ird du StafFordshire(|iii avaient 
donné le signal de la lutte, et leur avait, 
(pioique vainement, recommandé de céder. 
La voyant agir ainsi, les propriétaires du 
sud du comté, liés vis-à-vis de leurs confrères 
du nord, leur demandèrent la permission de 
reprendre à leur tour le travail, sans attendre 
la fin de la grève. L'o[)inioii {)ublique com- 
mençait, en effet, à se plaindre de ce lock ont 
(jui, non-seulement menaçait de ruiner l'in- 
dustrie des fers, mais plongeait aussi dans la 
misère une population nombreuse et lal)o- 
rieuse, (|ui ne s'était pas mêlée de la ipierelb", 
et même la désapprouvait. Les maîtres de 
forges iK! voiilurenl [)iis prolonger cette situa- 
tion, el, réunis à Wolverhampton, ils j)ro- 
noncèrent, le U avril, la fin du lock oui. 

Les ouvriers du Norlli-Stalt'ordsliire per- 
sistèrent néanmoins : ils (ii'eut ap[»<'l à des 
souscri[)lions publicpies, et lurent en(<tui'a- 
gés par les [)romesses de M. TuLU r et de la 



i:j/i i,i:s AssOr.iAiioNs (H vnii;i;i:s i:n AN(.Li.ri.i;i;K. 

s()('ii''l('' (It; LitiKlrcs, <luiit il rsi |(j secrc- 
l;iir<'. Mais I nr^ciil ne vint j.as, et, ivilnil< 
à la (Iri'nirrc iiiisriv-, ils l'iirciil (Miiiii oMi^r-s 
«le cédci'. Les pelles en salaires, causées 
])ar celle j^rève, peiiveiil être estimées à 
120 11(10 livres slerrniîj;(:{ 000 IMKhle francs): 
par le lock oui ([u'ils j)r()noncèrent, les maî- 
tres de forges empêchèrent lems ouvriers «le 
gagner 150 000 livres stcrl. (3 TaO 000 fr.) 
dans le Soulli-Stalfordshire, et iiO fM)0 livres 
sterl. (1 250 000 fr.) dans le nord de l'Angle- 
terre. Cette lutte désasti'euse priva donc les 
ouvriers de 8 000 000 de francs de salaires, 
sans compter ce qu'elle coûta aux caisses de 
leurs associations. Les pertes des maîtres ne 
furent pas moindres : aussi les uns et les autres 
s'en ressentent-ils encore. 

L'importance de cette grève rejette dans 
l'ombre toutes celles qui lui ont succédé : 
nous nous bornerons donc à en mentionner 
rapidement quelques-unes. 

La première éclate parmi les lamineurs 
du Nortb-StalTordsIiire, à propos des condi- 
tions auxquelles ils i'nrent repris à, la ren- 



LA rABRICATION DU FER. 435 

tréc do leurs camarades dans les fours à 
puddler : ils obtinrent le taux de salaires 
qu'ils demandaient (1). En mai 1 860, ce sont 
au contraire les puddleurs de l'usine des 
Mcrsey Iron Works (Liverpool) qui se 
trouvent privés d'ouvrage par une grève des 
journaliers. Les propriétaires en profitent 
pour exiger d'eux, à la reprise des travaux, 
qu'ils renoncent à l'Union. Sur leur refus, le 
directeur, M. Clay, entreprend de se passer 
d'eux: il se met lui-même à l'œuvre, ensei- 
gnant le puddlage à des hommes ramassés de 
tous côtés, et il fait si bien, qu'il rallume dix- 
huit fours et oblige les unionistes à capituler. 
Leurs chefs sont rigoureusement exclus; les 
autres sont obligés de se faire rayer des 
listes de leur société, et, privés de son appui, 
ils ne peuvent plus désormais tenir tête aux 
maîtres. Ainsi, plusieurs d'entre eux s'étant 

(1) Ils n'avaient pas pris part à la grève des pudcUcurs et 
appartenaient à une Union inilrpcndante, purement consacrée 
aux grèves, et qui offre une p;nlicularilé remarquable : elle a 
deux tarifs de souscriplioii, (|ui, en cas de chômage, assurent 
à ses membres des secours plus ou moins considérables 



nn I.I'.S ASSOCIAÏIONH ()l'M'.lf:iîKS KN .\M;!,I.lH.r.K. 

;ilis('iil(''s iiii |niii' (|r I ii^iiic saii^ ;i\'is iii'/'a- 
l.iMc, et ayaiil <''l('' acijuitli'-s par les li'iltiiiiaiix 
(lr\aiil Icsijiicls le (liri'cii iir les axait iniiir- 
siii\is, celui-ci rci'iiia iiiiiiif''(|iati'iiiciif I ii-iiic. 
• '1 ne i'c|»ril (|iic les oiiviici-^ ipii s'cn,u;i- 
t^'-rciil à le piV'M'iiii' iiiK! sciiiaiiie avant «ic 
le <|iiiU('i'. iîiiliii, jiai'ini IfUitcs les pivvcs du 
nord de l'Angleterre, la plus a^vn\o fut celle 
qui commençalc 14 juillet 1(S()(), et, [lendaiit 
eiii(| mois, pi'iva dOiivi'a,L;(' pins de douze 
mille ouvriers. SoulFrauees inutiles, car, l'in- 
dustrie dépérissant de plus eu plus, il leiii- 
fallut acee})ter la diminution de salaires 
qu'ils avaient d'al)ord reponssée. 

L'industrie des fontes de fer, intimement 
liée à celle des fers forgés, qu'elle alimente, 
a aussi ses Unions; mais elle n'a jamais été 
troublée par de grandes grèves comme celles 
que nous venons de décrire. On peut en partie 
faire honneur de cet heureux résultat à la 
principale de ces associations : la Sociélé 
des fondeurs de fer, aussi sage qu'elle est 
ancienne et puissante. Formée il y a cin- 
quante-neuf ans, elle fut secrète naturelle- 



LA FABRICATION DV FER. 437 

mojit jusqu'en 1824 : ses membres clioisis- 
saieiit alors une nuit oljscure pour se réunir 
sur nne de ces landes tourbeuses, appelées 
7noors, qui couvrent les collines du centre 
de l'Angleterre. C'est là (pi'on recueillait 
les souscriptions pour le fonds commun ; 
c'est là qu'on préparait la grève qui devait 
éclater, sans aucune apparence d'entente entre 
les ouvriers, c'est là qu'on leur distrilmait 
des secours lorsqu'ils avaient (juitté l'ou- 
vrage; et, avant que le jour vînt éclairer 
ces innocentes conspirations , avant que le 
cri matinal du grouse, seul habitant de ces 
vastes déserts, vînt attirer le chasseur sur 
son domaine, les archives de la société 
étaient soign(Misement enterrées, et chacun 
reprenait le chemin de la ville voisine. Cette 
Société s'étend aujourd'hui sur toute l'An- 
gleterre, l'Irlande et le [)ays de Calles; cWo 
compte plus de onze mille nieinhres, et 
en '1(S05 ses recettes se sont élevées à 
30 207 livres steil. (007 425 fr.). Mais l'ex- 
])érl."nce l'a rendue [)i'n<l(Mi((\ et sa force ne 
lui l'ail pas oublier li!s condilions nécessaires 

8. 



ir58 lï.'\ ASSOCIATIONS (UVIliflIlKS i:N ANCl.KTPr.nF,. 

au siiccrs (le SCS ciidcpi'isi.'S : ainsi, son 
secrt'l.iiic (ir-rlaïc liii-nirinc ([u'il m- faut 
jamais proloni^f'i' nue jiir\(' au drla de six 
semaines, cl i[\U', si, au Ixiul de ce h mps, 
les ouvriers ne l'ont [)as cinixirLé, leur inté- 
rêt bien enteiulu leul* commande de céder. 
'• Connn(; jkmis lavons dit, la discussion en- 
tamée dmaul la Commission entre les deux 
parties porte sur les intérêts les plus élevés 
de la grande industrie qui les fait vivre toutes 
deux, et lejuste taux des salaires est la ques- 
tion d(''battue de part et d'autre avec le plus 
d'ardeur. On se reproche réciproquement 
d'avoir voulu, soit en les élevant, soit en les 
abaissant indûment, s'approprier exclusive- 
ment tous les bénéfices, fruits d'une entre- 
prise commune. Les maîtres accusent les 
Unions d'avoir amené la décadence de leur 
industrie en exigeant un accroissement de 
salaires excessif et inopportun. Les ouvriers, 
en revanche, reprochent aux maîtres de dissi- 
muler sous ces plaintes les grands profits qu'ils 
leur supposent encore aujourd'hui. De leurs 
plaidoyers mêmes il ressort, croyons-nous, 



/; ,,; /. LA l'AliUlCATiON Dl FER. 139 

(|iio cos imputations contraires sont égaicnient 
peu fondées. Le dépérissement de l'industrie 
des fers est certain; mais on ne saurait eu 
rendre les Unions responsables. 

Ses véritables causes sont, d'une part, 
l'excès de capital engagé dans cette industrie, 
amenant un développement immodéré de la 
production, et, de l'autre, ])ar une funesto 
coïncidence, une diminution subite et extra- 
ordinaire de la consommation. Ainsi, chose 
remarquable, tandis que l'Angleterre voit 
l'exportation de ses fers augmenter considé- 
rablement durant les années 1 864 et 1 865 (de 
j.rùs de 1 IJOO 000 livj'os sterl. ou 37 000 000 
de francs en 1865), la consommation inté- 
rieure diminue, en même tcnq)S, dans une 
proportion bien supérieiun). Celte diniinuii(»n 
elle-même ne saurait être attribuée aux 
hauts prix des salaires; car, dans ce cas, 
l'exportation aurait dû en être affectée la 
première (1); on s'accorde d'ailleurs à l'at- 

(I) I/impoi'tation lies fers belges en Aiii^ldcnr ayant l'tô 
allégni'-c coninie lu'cuve di' rinfluonce l'uncstc dc^ lianis sa- 
laires sur la prus|)érilé do riudusliio anglaise, il lUul réduiio 



l'iO ir.S ASSOCIATIONS OllVRIÈRi:?; FN ANr.LKTF.nUE. 

Iiihilci' a 1,1 ccssalioii «les (•(iiislnit lin;!; des 
cliciiiiiis (le l'ci- cl «les na\iri's tU^ l'ci-, rt à la 
faraude crisr liiiaiicK'i't' (|ui a ('liraiili' Ir ri'i'-dit 
cl iiil('ri'(tiii|»ii Idiitcs les r!iiiT|)risc- à Iuiiliiic 

CCllL'JllIcc. 

L'action (les \ iiKuis >\\v le taux (l*^ Milaii'cs 
se borne à ce «pic nous dirions dans le clia- 
].ifr(> précédent : elles en l'e^leid les oscilla- 
tions, elles peuvent en retarder ral.ai^x'nienl, 
en liiUer nn peu l'élévation-, mais elles ne 
peuvent pas plus changer l'ordre de ces oscil- 
lations cpi'on ne peut, sur un champ de bataille, 



cet argumont à sa juste valeur. Les importations de fers belges 
en Angleterre ont été, en valeur : 

En 18G3, de 1 9/iG livres sterl. ou 48 650 fr. 

En 18C4, de 75 8i8 — ou 1 896 200 

En 1865, de 99 950 — ou 2 498 750, 



tandis que, dans celte même année 1865, les exportations de 
fers anglais étaient représentées par le chiffre énorme de 
17 950 000 livres sterl. : soit environ pour 2 millions et demi 
lie francs de fers importés en Angleterre contre Ù50 mil- 
lions d'exportés. Ce chiffre donne en même temps une idée de 
l'importance de l'industrie dont nous nous occupons. 



LA rAnr.icATiiiN nu flr. nii 

arrêter avec la main ces boulets morts qui tour- 
nent sur place, brisant tout ce qui les touche. 
S'il en était autrement, connnent se ferait-il 
que les dix mille ouvriers du pays de Cialles, 
qin n(; possèdent aucune Union, aient des 
salaires foi't peu inférieni's à ceux do \onvs 
camarades anglais ? Personne ne nie sans 
doute l'influence (pi 'ont sur le marché, et sur 
la prospérité d'um.' industrie comme celle des 
i'ei-s, les variations dans létaux des salaires; 
mais ces variations elles-mêmes sont enfei'- 
mées dans d'iHroites limites. En effet, pres- 
(pietous les maîtres reconnaissent ([u'il va un 
minimum au-dessous duquel il est impossible 
de les laisser tomber; et l'un des plus consi- 
dérables d'entre (mix, M. Smith, agent de Lord 
Dndley, déclare qu'il ne consentira jamais à 
les abaisser au-dessous de 7*'' 6'' (0 fi'. '^7 c.) 
et qu'il préférei'ait même fixer (m^ minimum 
au tiuix actiK'l de (S^'' (>'' (10 IV. (i^e.). «Mieux 
» vaut, dit-il avec i-aisoii, Iravaillcr à [>erle (pu; 
» de payer les pnddl(Mirs ini prix iid'ériciir ; 
» car ce serait chasser Ions les bonsouvi'iei'sde 
i) celle i>r(»ressinii, devenue li'op ini^r.'dc poni' 



ili2 IJ-S ASSOCIATIONS OUVItifll-.KS KN ANGLETtURK. 

)} eux (I). o Ils sciilciil (1 iiillciii's t|ii(' «les 
iiilc'-rcls (| iiii oïdi'c sii])(''ri('iir Iriii- ((iiniii.iii- 
(Iciit d'cvilci' av.iiil (ont un riiiiusl»! avilis.s(.'- 
iiKîiitdii j)rix(l(' 1.1 ni.iiii-d'o'iiN i'('.Tniitiii'(jiivc, 
(Ml ('d'cl, <|U(' la k'iiiic, l.i Ixiiiiic coiidnilc cl 
la iiiudr-ralif.)!! des oiivi'icrs soid en rapport 
direct avec la ndi'iluilinii qu'ils oblicniiL'iit 
jioiii' leur (l'avail. « Je cniis)). dit lui lannlcur 
eu fonte, « que les artisans liicn }tay(''S de 
» l'AngieteiTe ont seuls maintenu notre posi- 
» tien au milieu des crises révolutionnaires 
w qui ont troublé le continent. Il faut se rap- 
):« peler qu'au moment où les Chartistes ont 
» si profondément agité le pays, leur cri 
» était : Pourvu que nous puissions abaisser 
« la classe des artisans au niveau de celle 
» des journaliers, nous sommes sûrs d'obtenir 
» la Charte. » 

On peut, d'un autre côté, affirmer que la 

(1) Les maîtres do forges travaillent souvent à perte, et ils 
estiment que, tant que cette perle est au-dessous de 10 shil- 
lings par tonne, elle est moindre que celle qu'ils éprouveraient 
en fermant leur usine. La plupart réduisent alors, comme ils 
le font aujourd'hui, leur fabrication au niininium, ne travail- 
lanJ que trois jours par semaine. 



• ^ U FABr.ir.ATION Di; FKR. 1A3 

Jiioyeniîc des salaires, même aux époques les 
])lus prospères, ne dépasse jamais un raaxi- 
imim peu élevé ; et, quelle que soit l'assurance 
(■outre les mauvaises années prél(>véc sur la 
j)ortion que s'attribuent les propriétaires dans 
les bénéfices de l'industrie, la part des ouvriers 
dans cette assiu'ance est relativement modérée. 
J^es exemples qu'on a cités de salaires consi- 
dérables sont des exceptions qui s'expliquent 
par des circonstances parlir-iilirres. Ainsi, 
nous avons déjà parié de ces lamineurs qni 
gagnaient 1 et 1 2 000 francs par an, et mon- 
tré que cet accroissement subit ("lail ^\ù à des 
perfectionnements introduits dans certaines 
machines. Lorsqu'un progrès de ce genre est 
sul)iten]ent accompli dans une industrie, l'a- 
baissement de la valeur des ])roduits ne vient 
pas tonjoni's .'issui'ci' loni d .ilnud au jtid)lic 
sa [);(rl du iH'iK'lice : les profils sont aloi-s, soit 
|>(»ni' 1rs maîtres, s'ils n(> dépensent pas [>lns 
qu'aidi'('rois<Mi salaires, suil |iour les ouvriers, 
si, eonmie dans le laminage, ils eonlinuent 
à |>r('levei' [tour nue luoindre (|uaulil(' de leur 
pi'opre Iravail inie pail propoi lionnelle, aussi 



ii.'i m:> associations orvmf.iu.s i:n ani.i i.ii i;i;!;. 

l;1';iii(|(' (|u ;iii|>;ii';iv;iiil, sur le prix de la iiiai'- 
(■liaiidisc. Mais lV'<|nilil)i'r ne lar<l(' |ia> à se 
luHal)!!!', cl le pilMir (1 iiiicnh''. les [)l'()(llK't(Mirs 
<l(; l'aiilrç, Jiiiisst'iil liuijoiirs par si; partaj^cr 
Il's IjL'iicliccs d(; 1 iiivciilioii. Les maîtres vA les 
ouvriers répartissent de iKiiivcau <'iili'(' eux la 
purtinii (pii leur rcviciil. scluu 1 ('Mat des oliVes 
et des demandes, et jamais l(;s IravailliMirs 
n'ont pu être exposés au reproclie d'absorber 
longtemps tous ces bénéfices à leur profit. 

D'autres exemples, analogues à celui des 
lamineurs, prouvent seulement que, même 
dans ce rude métier, l'intelligence de l'ou- 
vrier a une bien plus grande valeur que sa 
force musculaire. Ainsi, dans les Mersey Iron 
Works, les premiers marteleurs ont des ap- 
prentis dont le travail leur est payé 3 livres 
sterl. ou 3 livres sterl. 10''' (7o l'r. ou 87 l'r. 
50 c), et auxquels ils ne donnent qu'une 
livre sterl. (25 fr.) par semaine; eux-mêmes, 
payés à la journée, touchent pour leur 
propi'e ouvrage durant la semaine 1 1 livres 
sterl. 10^'' et 12 livres sterl. lO^'' (287 fr. 50 c. 
ou 312 fr. 50 c), et se l'ont ainsi annuelle- 



La FAISIUCATION DU FEU. lia 

iDPiil (le 700 à 000 livres slerl. (17 500 
à 22 500 11'.). Mais aussi une grande respon- 
sahililé pèse-t-clle sur eux : un seul coup du 
marteau à vapeur mal apj)li(pié peut faire 
perdre toute sa valeur à la pièce qu'on tra- 
vaille, par exemple à l'un de ces énormes 
arbres de couche, nécessaires aux grands 
iiavii'es de guerre, et (pii se payent de 2500 
à 5500 livr(>3 sterl. (62 500 fr. à 87 500 fr.) 
chacun. 11 arrive ainsi que la réputation de 
rétablissement dépend souvent du tact et du 
coup d'œil d vin seul ouvrier, qui peut légi- 
limement demander un haut prix pour ses 
services. Mais ce sont là, nous l'avons dit, de 
rares exceptions. La moyenne des salaires 
d'un bon puddleur ne dépasse guère la somme 
de 52 livres sterl. (1500 fr.), et n'atteint 
qu'avec peine le chilFre de 00 livres sterl. 
(1500 fr.) dans les circonstances les plus fa- 
vorables. On voit donc que les deux liniilcs 
extrêmes du prix de la main-d'œuvre eu ter- 
meut ces variations dans nu cercle fort élroil, 
et eu l'cstreigneul [>ar consé(|uent beaiicuuj) 
l'inlluence. 

9 



l'iG I.KS ASSOCIATIONS OlVUlfjlES EN ANTilKIMinE. 

|,;i cniiclirrciicc (le lollS 1rs |)<'ll|i|i'^ |il'n- 

«liiclriii's, sans CL'SS(; iiivn(|ii(''(' (laii< crllc dis- 
cussion, lit' |M'riiirllail jias à la ( Idiiiiiii^^inii 
(l'envisaL!,<'i' la (|ii('slioii(l('S salaii'cs à un j»oint 
(le viK^ L'xcliisiveiiicnl aiif^lais. Maîtres et ou- 
vriers s'empressèriînl (railleurs de la trans- 
])orter siiruii terrain benucnui» uin^ large, où 
l(,'S connuissaires u'euit'ul <|ua les suivre. 

Lu situation des Unions aux Etats-Unis, 
le seul i)fiys qui juscju'à [)r(3sent ait emprunti; 
cette institution à l'Angleterre, devait particu- 
lièrement appeler leur attention. Les dt^posi- 
tions de M. llewitt, ce maître de forges anitj- 
ricain que nous avons déjà cité plus liant, 
et (jui s'est distingué par sa sollicitude [xuir 
ses ouvriers, offrent sur ce sujet de précieux 
renseignements. Consacrées uniquement aux 
affîiires (^lu métier, les Unions américaines 
sont dépourvues de tout fonds de secours 
mutuels (1). Cependant elles sont rarement 

(1) La loi anglaise qui annule les contrats et engagements 
contrainis à la liberté du conuncrCe est en vigueur en Amé- 
rique ; mais il ne paraît jias qu'elle ait jamais été appliquée 
aux Unions, qui y jouissent de la plupart des droit- et privilèges 



LA b'AliUlCATION 1)1 I-KR. Ut 

(»])ligoes d'iitlci'V'oiiir pour maintenir le liant 
})t'ix (les salaires, et l'on ne cite qu'une seule 
j^rève clans l'industrie des fers , celle des 
pnddleurs en Pennsylvanie : encore, ajoute 
M. Hewitt, n'y avait-il parmi eux presque pas 
d'Américains ; c'étaient pour la plupart des 
Irlandais élevés dans la tradition de ce genre 
de luttes. Pendant la guerre contre le Sud, 
l'urgence des travaux commandés par le 
gouvernement fédéral était telle, que les ou- 
vriers obtinrent tout ce qu'ils demandèrent. 
Mais ce n'est pas à ces circonstances passagères 
(ju'il faut attribuer le baut prix des salaires 
américains. Le p(Mi de valeur de la terre est 
liu contre-poids infaillible qui prévient Tavi- 
lissement du salaire. l^Ji effet, tout ouvrier 
pouvant acbeter des terres à l'Etat à luj prix 
|ii'(;s(pie nominal et juoyennant une simple an- 
jiuité, le forgeron (jiiitle l'usine le jour où il 
s'aperçoit que sa paye n'est pas supérieure 
à (;e qu'il gagnerait en cultivant un cliainp 
ainsi ;ic(juis. Ilieii ]ie l'ctciianl rAniéi'icain ni 

qu rllrs irclii ii( iii Aii|_;lc|i'i'ic. Aiii>i, la Idi (Ir THlal (lu 

No\v-\(iil'; li's icidiiiiail (diiimi' personnes morales, el les 
aiildiic à i)u>^;-('al('r en Itur pioiTC noiu 



i'iV, LLS ASSdCIATIONS OlVlliM'.KS KN ANi.l.i:i KliliK. 

ciiipi'rs (1(; r.oii cluclicr, ni dans sa [.rnlosinii, 
la ])( rs|){M'liv(.' di; (Icvrnii- |ii'uj»ri('"laii'(is dans 
le Far— W(!sl ln'ilh; cniistaninifiit aux yciix 
de tous les oiivi'icis salarii'-s, (;t c(; ii'csl (jn'cii 
Idui' ollraiil dis avaiila;^cs c<)ii.sid(''ivil)lL'S <iu'oii 
piiui les j^arder à l'atelier. Il en résulte ([ue, 
dans riiuliistrie des fers, la iiiain-d'ceuvre 
se paye trois et (jualrr; fois plus elicîr (pi'eu 
Angleterre, proportion qui n'est indli-jnent 
justifiée par le prix de la vie. De là, d'une 
part, la ])rotccti(jii nécessaire à la métallurgie 
américaine, malgré les magnifiques avantages 
dont la nature l'a dotée, et, d'autre part, le 
rôle de l'Amérique dans la balance de notre 
monde civilisé. Plus les relations à travers 
l'Atlantique deviendront faciles, plus les pré- 
jugés et les traditions <pii emj)éclient 10 u- 
vrier européen de quitter les lieux où il vit 
difficilement s'effaceront, plus les nobles liens 
qui l'attachent à la patrie seront relâchés par 
la double action d'amères déceptions autour 
de lui et de la fascination croissante qu'exerce 
à juste titre la grande république : plus il 
faudra, poiu' le retenir, lui assurer des con- 
ditions équivalentes à celles qu'il y trouverait, 



LA FABRICATION DU FER. 140 

et r('(|nilil)rr des salaires se rétablira ainsi 
i!aiuri;li('iiieiii (l(3s deux cotés de l'Atlaiitiqvie. 
Si aujourd'liiii l'Amérique est obligée de 
recourir à la protection, c'est que les fers 
viennent d'Angleterre plus aisément que les 
ouvriers, et que, par conséquent, ceux-ci 
r(^slaiit chez eux à travailler avec de moindres 
salaires que les ouvriers américains, les fers 
qui sortent de leurs mains peuvent se vendre 
moins cher que les produits des forges penn- 
sylvaniennes ; mais l'émigration tend cbaque 
jour d.ivantage à ramener partout à un même 
niveau le prix de la ni.'iin-d'œuvre (1), de 
ct'ile-là du moins qui exige à la fois inlelli- 
gence, expérience et adresse, et dont la va- 
leur s'accroît d'autant plus que les progrès 
<le la civilisation remplacent par le travail 
îiutomate des macbines le labeur grossier qui 
ne demande tpi nne certaine force musculaire 
L'Angleterre^ se trouve jtlacée sous ce rap- 
port , comme elle l'est g('M)graplii(|n('ni(Mil , 
riiti'c r.\ni(''i'i(|n(' d'nii (•(')!('•, et l.i l'Vancc. la 

(1) Au-^i un i^rand iiniiiliiT il Tuions ;iii;^l:ii-;is onl-'llt's un 
loiid- sjircial ilrsliiu'' à ciicoiuayi r ri'iiiiLjialii'H. 



lôO l.ls ASSOCIATIONS OUVniKItKS EN ANCLKTKHHK. 

i!flL;i(|ii(', 1 Allciiia^iic de IjiuIit. PosiliMii 
siji^iirK'i'ciiK'iil t';i\ (.r;il»l(' jiuiir rllf m ce 
iiioiiKMil : <'ll(' rsl |)i'u|(\t^(M' coiilrc la iTtloii- 
Uil)l(' coïKMUTuiicii (1(! rAni(''ri({U(' \)nv les hauts 
.salaires qui prévalent dans en pays, (;t roriirc 
relie (lu eoiirnicnl (■!ir()|)(''e!i, où le prix de la 
inain-d'd'UN l'e <■! de la \ie. (tù les hesoiiis de 
l'oiivriei' sou! nioindi'i's <|ue (die/ elle, par les 
diffieulh-s (|ue la siliiatiou des divers gis(.'- 
inenis o})pnse à l'exploitation lucrative des 
richesses métallurgupies qu'il contient (1). 

Ce mouvement d'élévation graduelle des 
salaires se fait d'ailleurs sentir partout à la 
fois. En France, l'introduction de puddleurs 
anglais, largement payés, a permis bientôt à 
nos puddleurs, devenus aussi habiles qu'eux, 
au dire même des étrangers comme M. He- 

(1) Le pays le mieux doté en ce genre, lu r.elgiqne, ne fait 
concurrence qu'à une seule classe de fers anglais, ceux du 
Staffordsliire. Et quant à la France, tout le monde sait les 
difficultés de transport contre lesquelles est réduite à lutter notre 
industrie métallurgique. On est heureux de voir riiommage 
que lui rend M. Hewitt, déclarant à la Commission que ces 
difficultés empêchent seules l'usine du Creuzot de donner à 
meilleur marché des produits au moins aussi beaux que ceux 
de rAngliierre. 



LA FADRICATION DU l'EU. 151 

wilf, d'obtenir pour loiir travail les mêmes 
prix que s'ils étaient à Liverpool ou dans le 
Statfordsliire. D'autre part, dans certains dis- 
tricts de l'Angleterre, où la r('inunération du 
travail purement manuel était très-faible, les 
maîtres vont sans doute l'élever à un taux 
plus juste, et renonceront spontanément aux 
avantages que ce système leur assurait sur 
le marché. En effet, ils ne les obtenaient que 
grâce à l'emploi des femmes pour les ou- 
vrages les i>lus rudes et les plus grossiers : 
aux grandes forges de Merthyr Tydfil, par 
exemple, ce sont des femmes qui empilent les 
grosses barres de fer, après qu'elles ont été 
martelées; et elles ne reçoivent qu'un shil- 
ling (1 fr. 25 c.) par jour pour ce labeur, 
qu'un homme vigouriHix et bien portant ne 
consentirait pas à faire pour moins de 2'"' 3'^ 
(2 fr. 81 c). Le sentinuMit pid)lic condainiuî 
cet usage funeste à tant d'égards, injuste [xuir 
les femmes, dont le travail excessif est si mal 
rétribué, et aussi pour les hommes, dont cette 
concurrence abaisse indûment les salaires. 



rn.\nTiîF. vr 



L'KXI'LOITATION U\ \.\ ilUIII.I.E 



L'iiiduslrio (le la linnillc ost iialiircHciiiciit 
associée à celle du fer, et la population 
(pi'elle f.iit vivi'e n'est })as moins intéressante 
que celle dont nous venons de parler. 

On a dit avec vérité, qu'un morceau de 
houille était un rayon de soleil mis en bou- 
leille : or, un rayon de soleil, c'est cette force 
changeante, indestructible et féconde, (pii 
s'appelle lumière, chaleur, action chimique, 
électricité et mouvement. Mais on ne sait 
guère ce qu'il en coûte de travaux et de dan- 
gers à toute une population, pour s'emparer 
des précieux débris d'une antique végétation 



L'EXPLOITATION DE LA IIOIILLE, 153 

onfoilis dans la erouto terrestre, et qui, sous 
forme de combiistiMe et de gaz d'éclairage, 
nous rendent les principes vivifiants répandus 
sur notre globe bien avant l'apparition de 
riiomnie. Des puits d'une grande |)rofondeur 
sont la seule communication entre le monde 
extérieur et un dédale de galeries basses 
et étroites où s'agite sans relâche le peuple 
laborieux dévoué à ce travail. Malgré un sys- 
tème perfectionné de ventilation, une atmo- 
sphère étouffante remplit ces ruches sou- 
terraines, et le terrible feu grisou, distillé 
par des fissures imperceptibles, menace sans 
cesse de punir d'une manière effroyable un 
seul instant de négligence. Parfois ce démon 
malfaisant déjoue les plus sages précautions, 
et s'échappe d'une cavité subitement ouverte, 
dans laquelle il était enfermé de[)uis des cen- 
taines de siècles. Parfois c'est un éboulement 
qui vient écraser les ouvriers, lorscpi'à une 
couche de charbon dure comme la roche en 
succède inopinément uih^ autre friable comme 
du bois pourri. Ouel([ues chilfres donneront 
m\o idée de rimporlancc de la prolcssiou des 

9. 



1.'.^ IF.S ASSOCIATIONS OlVIW(;illiS EN ANGUKTKimE. 

miiK'iii's <•! (If SCS (liiii^crs. Sur 17 i iiiillloiis 
(le IdiiiK'S (l(; Intiiillc (|i''liilt''cs en IS(i7 il.iiis 
le iiMindt' riilicc, loi luiljidiis r<iiil r\r pjir 
r \ll,^lc|('l'r<'. Ile cIliiIxiII ;i r[r <-\llMil de 
il I '.)."» milles, <l;iiis l(S(|iM'll«'s soiil ('iiii>l<iy(''S 
282 00(1 (Hi\ri('i's. Dans relit' uièiiie .•'init''0 
i<S()7, le iiMiiil)i'e (les morts causées par des 
accidents s'est élev«3 à 1 190 (on I8()0 il avait 
('•h'' (le 1484), |»armi les([iielles 280 ont été 
<liK!s an feu grisou. Il a donc i)éri en nn an, 
dans ce dangereux travail, un ouvrier sur 
280, et chaque fois que 88000 tonnes de 
houille sont livrées au commerce, il faut, pour 
savoir ce qu'elles coûtent, ajouter au piix 
d'extraction la mort violeule d'un homme. 

Cette vie rude et périlleuse, pleine de 
hasards et de privations, fait des hommes 
énergiques, et, en lisant leurs dépositions 
devant la Commission royale, on ne peut 
manquer de ressentir pour la plupart d'entre 
eux une sympathique admiration. Nous avons 
d'ordinaire évité de parler des personnes pour 
nous attacher aux caractères généraux du 
sujet que nous avions abordé ; mais nous 



L'EXPLOITATION DE LA IIOUIUE. 155 

n'aurions donué (ju'unc idée incomplète du 
rôle des Unions, de leur influence et de leur 
avenir, si nous ne faisions pas connaître quel- 
ques-uns des hommes qui, chargés de les re- 
présenter, honorent la cause qu'ils ont eu à 
défendre. 

L'un d'eux, M. M'' Donald, a raconté sa 
vie avec une noble simplicité. Né en Ecosse 
il y a une quarantaine d'années, il entrait 
dans une mine de fer à l'âge d<; luiit ans. Il 
fallait se lever à denx heures du matin, l'hi- 
ver comme l'été, pour ne rentrer qu'à sept 
lieuresdu soir au cottage paternel. Pendant 
seize ou dix-sept heures, l'enfant poussait des 
chariots dans des galeries, hautes parfois seu- 
lement de dix-huit pouces, mal ventilées, et 
où l'acide carbonique s'amassait souvent en 
telle «jnantité, que trois ou quatre lampes 
])lacées cote à cot(^ ne donnaient |»as assez 
de lumière jioiir permettre de charger le 
minerai. yViissi, des vingt conq)agnons de 
M. !\l' Donald , aucun n'a-t-il survécu à cette 
triste; eiifauce. Dans la seconde mine où il a 
travaillé, se trouvaient une trentaine do 



ir,r, I.F.S ASSOCIATIONS OrVFtir.I'.F.S FN ANCLF.l fURK. 

^.'M'cniis cl IIII liuii iioiiiI.iT (le jcilllcs lillcs. 
Tous ccilX-l;'! ;ilissi, rxcr|»|»'' s<»li IVrrr cl lui, 
Soiil iiKd'Is, ju'is(''sp;ii' ICxrrs (In iaKciir. (''Icinls 
j\ 1.1 llcur d" \'n<j;i\ |»;ir ium! ;itiii()Sj)lici'c ciii- 
|K:sU''e, (•(Uiiiiu' les luisci'aljles l.'mijx's (jui 
rcriisMiciil (le ])i'ril(.'i' dans leurs luaiiis. (Ic- 
])cn(l.'uil, à pcMiio arrivé à l'a^^u d'Iioniiuc eu 
(l(''|>il (le CCS icrrihlos épreuves, le jcum» 
M" Donald se consacre au plus rude tra\ail 
du mineur pour obtenir un salaire plus cdu- 
sidérable, et améliorer plus rapidement sa 
position. Il prend à l'entreprise le percement 
des galeries à travers les rochers, là où il 
faut travailler dans l'eau jusiju'aux genoux, 
et sous une pluie qui dégoutte incessamment 
des parois. « Pour échapper, dit-il, à lim- 
» pression de cette douche perpétuelle, je 
.) commençais par me rouler tout entier dans 
» l'eau avant de me mettre au travail. » Mal- 
gré cette vie fatigante, il suit les cours du soir, 
alors récemment fondés pour les ouvriers. 
Puis, aussitôt qu'il a amassé un petit pécule, 
à vingt et un ans, il partage sa vie : j)endant 
l'été, il continue à travailler de ses mains; 



L'EXPLOITATION DE LA IIOL'ILI-E. 457 

pi'ii(l;mt riiivcr, il va à riiiiivorsité de Glas- 
gow ; il étudie le grec, le latin, la rhétorique 
et les mathématiques: cela lui coûte environ 
60 livres sterl. (1500 fr.) pour ses six mois do 
vie d'étudiant. Enfin, après avoir été /brewî«w, 
il devient secrétaire d'une Union, et quitte 
pour ces fonctions la pioche et le pic. Au- 
jourd'hui, il a été appelé parla confiance de 
tous ses camarades à la présidence de VÂsso- 
cialion nationale des mineurs, vaste société 
qui embrasse toutes les Unions de houilleurs 
des trois royaumes. 

D'autres ouvriers, qui ont débuté comme 
lui, aussi énergiques et aussi persévérants 
(jue lui, ont suivi une autre voie, et ont fini 
par devenir maîtres à leur tour. Il y a vingt- 
sept ou vingt-huit ans, jiai'mi ces enfants, de 
huit à dix ans, condamnés au terrible travail 
de la mine, s'en trouvait un appelé George 
J'jlliot. Un peu [)lustard, il prenait part connue 
mineur aux gra'.ides grèves pnr lesquelles 
les ouvriers oblim-ent une réduction consi- 
dérable des henrcs de travail, et il en ]>,irl(; 
encore aujoui'd lini comme dune précieuse 



1.VS i,i:.s AfisociATioNS oiM5if;r.i;s v.y ANr.i.F.TKnnR. 
viclnirc «le |;i ji|s|i('(. cl de 1 liiiiii;inil.''. | )(''S 
l'Age (le viii";! ;iiis, {^ràco à sa vive iiitcllij^cncc, 
il coimiK.'iiçail à s'élever uu-dessiis de la cuii- 
(litûoii (le siin]>l(' Fiiiiiciir. Passant siiccessive- 
MR'iii par (uns les dr^n-s de la liirrarclii*.' des 
eiiij)l()yés(l(>s lioiiillùres, devenant insperlenr. 
puis a;^rnl, il se trouve être aujourd'hui un 
des [)riiicij(anx propriétaires de mines dans 
plusieurs ])arties de l'Angleterre à la fois. Tant 
dans celles (]u"il possède que dans celles qu'il 
exploite pour ses amis, il occupe dix mille 
ouvriers, et il extrait annuellement 2 millions 
de tonnes de charbon, c'est-à-dire un quatre- 
vingt-huitième de la production du monde en- 
tier. Fidèle au souvenir de son origine, il a 
tonjours su conserver les meilleurs rapports 
avec ses ouvriers, et il termine sa déposition 
par les paroles suivantes : « En somme, les 
)) houilleurs sont une population admirable. 
)) Il n'y a pas au monde un corps plus beau 
» et avec lequel il soit plus facile de s'en- 
» tendre, pourvu qu'on sache s'y prendre. » 
Toute l'extraction de la houille se paye à la 
tâche. A l'extrémité des galeries, les ouvriers, 



L'EXPLOITATION DF. LA HOUILLE. 159 

généralement couches sur le dos, tant l'espace 
est bas, attaquent à conps de pioche la veine 
de charbon, puis ils ramassent les blocs déta- 
chés et les chargent dans des caisses munies 
de roues qui forment des sortes de chariots. 
Ces caisses, poussées sur une voie de fer, sont 
hissées à la surface par la machine à vapeur, 
et leur chargement, après avoir été pesé, est 
porté au compte de cliaque ouvrier, qui est 
payé à tant la tonne de houille extraite. Dans 
quelques mines, à Staveley par exemple, un 
certain nombre d'ouvriers pilonnent une ga- 
lerie à l'entreprise, et s'associent pour l'ex- 
ploiter, courant la chance de perdre ou de 
gagner, selon la qualité de la veine. Ailleurs, 
cette qualité rendant le travail plus ou moins 
facile, les ouvriers de telle galerie sont payés 
h la tonne plus que ceux de telle autre. Enfin, 
dans le Durham et le Northumberland , les 
mineurs sont engagés pour une année à un 
taux fixe, et le i)ro}>riétaire leur garantit un 
minimum de 30 à 33 shillings par quinzaine 
(0.^)0 à 1045 fr. par an), (|u'il leur domu' ou 
non du travail. Attaqué hmlot par les maîtres, 



100 I.KS ASSOCIATIONS OU'VIUÈnKS KN AN(. 11.11 r.l'.n. 

I.iiitùl |);ir irs Ijiiiniis, ce systf'iiic, ImiI .iiirii'ii, 
siilisistc cijcnrc dans I)(';iii(oii[» de iniiics, et 
csl (Ml sciiiiiic .•n'iiiil;i;4('ii.\ ;iii.\ deux p.'ii'lics : 
elles y Iroiivriil une ,'issm'imce, l'iiiie coiiti-e 
J'élévalion sul)ile(less.'i!;iir('S, funeste aux e(in- 
trals à longue érliéaiicc, l'aiilre contre lescho- 
niuges forcés, (|ni la ])longeiit dans la misère. 

En suivant le développement des Unions 
dans cette industrie, nous montrerons en 
même temps les divers objets qu'elles se sont 
proposé d'atteindre, et tout ce «piClles ont 
accompli pour l'amélioration de l'existence 
des mineurs. 

C'est en Ecosse qu'elles se sont d'abord for- 
mées. Nous en avons dit assez pour qu'on se 
figure la misérable condition dans laquelle 
elles trouvèrent les ouvriers des houillères; 
et l'on pouvait cependant la considérer déjà 
comme un grand progrès sur ce qu'elle était 
quelque temps auparavant. Jusqu'en 1779, 
ce fut eu effet un véritable servage. Obligés 
par la loi de travailler dans les puits tant 
qu'il plaisait au propriétaire de les y garder, 
les mineurs étaient de fait vendus avec le 



L'EXPLOITATION DE L.V HOUILLE. ICI 

fonds d'oxploitalion : s'ils allaient sVngag'or 
ailleurs, lenr mailre pouvait toujours les Caire 
l'éprendre, et ils étaient fouettés eonime vo- 
leiu's pour lui avoir dérobé leur propre tra— 
vîiil. Modifiée en 1779, cette loi ne fut défini- 
tivement rapportée que par les actes de 1 797 
et de 1799 ; mais les abus dont les ou- 
vriers étaient les victimes ne disparurent pas 
tous de ce coup : les lois contre les coalitions 
étaient en pleine vigueur, des Truck-shops 
funîut établis partout, et, pour obliger leurs ou- 
A riers à y venir acheter à crédit, les maîtres ne 
les payaient qu'à des termes fort él(»ignés (1). 

(1) Depuis riiilcrdiction des TiU(-k-shr)p<i, ce payemenl à long 
lemie a donné lieu à un autre genre d'abus, dont encore au- 
jftnrd'liui les ouvriers se plaignent amèrement : c'est un sys- 
Irme de prôls usuraires. Quand, par exem[)l(', un travailleur 
g;igne 3 livres slcrl. (75 fr.) dans sa quinzain», il peut, (pmi- 
(|iril ne soit payé que le quinzième jour, se considérer, dès la 
lin (le la pi'emière semaine, connue le légitime propriétaire 
d'une livr(! et den)ie. Mais, si alors, sur cette sonnne (pii lui 
appMiticnl, il veut toucher une livie sterl., on lui fera signer, 
dans ( riliiiiics usines, un reçu d'une livre slcrl. et un sliilling. 
Ce sliilliug représeulera l'iidérèt de l'avance dti la livre cpTil a 
fléjà bien dùiucut gagnée : ce (pii revient à lui preudi'e ."i pour 
100 par semaine, c'est-à-diic à lui prêter, en adniell.uil (|im' 
ce soit un prêt, au taux de 'iOO pdur 100 pai- an. 



Iii2 l,F,S ASHM.IAllONs Ot VKlM'.ls EN ANCLKTKI'.RE. 

|);iiis les ^.ilri'ics soiilcn'.rnK's s't'iitîissjiieiit 

les Icllinics cl les ciir.iiils: ces (ItM'IlK'i's (''l.iicill 
j)i'i\(''s (1(^ luiilr iiisiriiclioli; le lr;i\;iil s»; 
|>n»|i)ii;^v;iil |i;iiTnis plus de scizf heures sur 
\ iii^l-(ju<-ilr('; niiiii .uiciiiif ,!^;ii;i!irK' n'cxist.'iit 
pour rassainissciueut (;l la st-ciulh' des iniMciS. 
Aussi l(îs sociétés secrètes, Inrmées dès avant 
r<''iiiaii( i|»atioii, se consolidèrent -elles : elles 
fiiiii'ciil iiKMuc |)ai' ]»ra\(jr la lni. \, [nioii des 
mineurs du Lanarkshire étii'd |»iil>rK|iiriiir!ii 
tolérée dej)uis 1817, et son exeinplfi ne l'iit 
pas sans influence sur l'acte de justice (jui 
abolit le délit de coalition en 182i. Dès (|u'iî 
fut accompli, ces associations se mirent à atta- 
quer les coutumes, antiques débris du servaf^e, 
qu'elles considéraient justement comme lii- 
uestes à la situation de l'ouvrier, et elles clier- 
clièrent à intéresser l'opinion public {ue à leur 
cause. On ne pourrait, sans exagération, attri- 
buer à la seule influence des sociétéstout ce que 
l'Angleterre a fait pour extirper ces abus et 
améliorer la condition des mineurs ; mais il est 
certain que par leur persévérance à défendre 
leurs légitimes intérélSj soit devant le public 



F;r.\ri,0ITAT10N de la IIOIILLE. 1G3 

en général, soit devant les commissions parle- 
mentaires, elles ont hîit('; la législation dont les 
effets bienfaisants se font enfin sentir. Telles ont 
eu à vaincre la force de la tradition, l'aversion, 
fort sage ordinairement, du peu[»le anglais 
pour toute réglementation légale, et enfin 
l'opposition d'un trop grand nombre d(} maî- 
tres. Tandis qu'elles i)Oursuivent cette œuvre, 
tantôt par des pétitions au Parlement, tantôt 
par des grèves, elles soutiennent aussi d'autres 
luttes, parfois longues et acharnées, soit pour 
élever les salaires, soit pour en combattre 
l'abaissement, soit pour défendre lenr propre 
existence. Mais on ne peut les accuser d'avoir 
introduit ou l'épandu parmi les ouvri<3rs 
l'habitude des grèves, car nous verrons les 
})bis violentes et les plus persistantes éclater 
là où les Unions n'ont jamais existé ; et, en 
revanche, elles no sont restées étrangères à 
aucune des améliorations sociales que noire 
siècle a eu l'honneur d'assurer à la classe des 
mineiu's anglais. 

Leurs premitu's clloi-ts inreiil connuuiés de 
succès. Elles ol>tiiu'eiit iiiic eiKjuèle du l\u'ie- 



Hi'i M.S ASSOCIATIONS (tl V1•.1M•.I.^ V.S ANCI.KI IhliF.. 

niciil >iir les 7Vv/r/.-.sAo^^s-. (]ni .iliniilil ;i iiim- loi. 
|il'M|i(tS(''c ;ill.\ ( '.(iliiliilllics |t;ir L(i|'<l \^lilrV 
(anjiMiril liiii Lord Sliaricsliiiryj, rt votre en 
l(S;M,|»ai' la<|iii'||(' <-('lt<' ]ii'arKjii(' iisiii'aii'c fiii 
ahsuliiniL'nL iiilcnlit»'. 

C'est dans cette niruir aiiii(''c 1S31 (|ii(; les 
miiiciirs aii;^lais iisciil |)oiii' la jai'Hiiri-c fois 
du di'od (\r se eoalisor; mais ce n'est ([u une 
lif^ne temporaire, et les Unions ikî paiaisseid 
pas avoir existé parmi eux comme })armi les 
Ecossais. Ils vcnl(Mit olnenir la réduction des 
longues journées de; travail (1). Lu ouvrier 
nommé Tomy llepburn, homme doué d'une 
rare intelligence et de tons les dons (jui dési- 
gnent un chef à la multitude, se met à leur 
tête. Trente mille ouvriers sont en grève dans 

(1) Quoii|Ufi le travail soit payé à la tâche, la discipline 
indispensable dans une mine exige que le nombre d'heures de 
travail y soit fixé. Dans celles où l'on ne travaille pas conti- 
nuellement, le service des transports dans les galeries et des 
luacliines d'extraction doit fonctionner un certain nombre 
d'heures, et si le mineur quitte son travail auparavant, c'est 
une perte nette pour le propriétaire. Dans celles où l'on tra- 
vaille sans interruption, il faut que chaque ouvrier sache à 
quelle heure il devra aller remplacer celui qu'il relaye dans 
l'cxploitalion d'une galerie. 



LEXl'LuliATloN bh LA UlJtlLLE. IGÔ 

le Dui'lianietlcNortliiimbcrlaiid : après beau- 
coup do souffrances, ils finissent par l'empor- 
ter, et la journée de travail est réduite à douze 
heures. Cette réduction fut un égal bi( nfait 
pon.r les ouvriers ([ui lavaient demandée et 
pour les maîtres qui s'y étaient opposés : le tra- 
vail devint plus assidu et le rendement des 
jiiiues augmenta. Cependant, encouragés par 
leur succès, les ouvriers ne s'en tinrent pas 
là : ils réclamèrent un accroissement considé- 
rable de leurs salaires. \hi vain licpliurn les 
en dissuade-t-il, ils se mettent en grève ; mais 
les prévisions de leur chef se réalisent bientôt, 
et ils sont obligés de céder. 

Peu de temps après, nous trouvons les 
Unions du nord de l'Angleterre déjà orga- 
nisées, et réclamant, de concert avec celles 
d'Ecosse, l'intervention de la loi contre la 
mauvaise ventilation des mines et contre 
l'emploi des femmes et (hîs eulanls. j-ji I H'.] i , 
un comité du l'arlement siège à ce sujel, 
mais s(! luti'ne à des recommandations, (pii 
liii'eiil, à ce (pi'il paraît, peu écoutées. l'ji- 
lln, en I8i2, les Chambres, frap[>ées des 



lor, i.i.s ASSOCIATIONS nivi;ir:ni;s kn AN<;i.i:ii.i;r,K. 

rillirslcs rniis<''(|ii('ii((S d'un ;il)iis |(inj(iiii> 
ci'oissai'L \(ilriil iiiir Itii (|iii inlcrilit ;iI»n(i1ii- 
iiiciil le li';iv;iil suiilrn'aiii ,iii\ rriimio et 
<m,\ ('iir.'iiils ;iii-(i('SS(His de dniizc <tij.s(l). 

.ll|S([|| cil IfSll, SKIlt' lllir ;JM'\(' jK'U illl)in|-- 

tiiule dans le Dcrhysliirc. licii ne Nicnl iiih.'i'- 
l'omprc le travail des lioiiillrics. A cfllc r[)0- 
(|ii(', les iiiiiiciU'S des coiiilés de DiiHiain et do 
N()ttiji{^lium refusent de se servii". [loiii- descen- 
dre dans les puits, de nouveaux ('àl)les de fil 
de fer (|ui ne leur inspirent pas la même con- 
fiance (jue leurs vieilles cordes de chanvre. 
Une fois la grève commencée, ils renoncent 
à cet objet, mais la continuent pour obtenir 
le maintien du système des contrats an- 
nuels, aux(j[uels, après quatre mois de chô- 
mage, les maîtres finissent par les obliger 
à renoncer. 

Les Unions de ce district ne résistèrent 
nas à cette crise ; mais cinq ans après elles 

()) Avanl celle loi, les feniuics employées dans les liouil- 
lôres d'Écossc étaient obligées de monter depuis le fond de la 
mine jusqu'à la suiface, par des échelles droites et glissantes, 
avec cent kilograiivncs de charbon chargés sur les épaules. 



L'EXl'I.OlTAriON DE LA HULILLE. 107 

se réorganisent et recommencent la Uiite 
en 1849. Instruits par l'expérience, les ou- 
vriers ne s'en prennent qu'à une seule mine 
à la fois, et, pour l'obliger à céder, tous ceux 
qu'elle emploie, au lieu de se mettre en grève, 
réduisent graduellement leur travail de ma- 
nière à ne gagner que 3 shillings (3 fr. 75 c.), 
puis 2 shillings (2 fr. 50 c), et enfin 1 shilling 
(1 fr. 25 c.) seulement par jour. Par ce sys- 
tème, dit de reslricùon, le rendement de la 
mine tombe à presque rien, tandis que tous les 
frais généraux d'exploitation demeurent les 
mêmes ; et les mineurs, subventionnés par 
leurs camarades, s'opposent, par ce travail 
purement nominal, à ce que d'autres i)uissent 
les remplacer. La houillère de IMarley Ilill fut 
fr;q)pée de celte sorte d'interdit : les direc* 
leurs, ne voulant pas demeurer plus long- 
temps dans cette situation, congédièrent 
rigoui'eusement tous leurs ouvriers, les ex- 
pulsèrent des nuiisons qu'ils leur louaient 
aux environs, et tirent venir des mineurs 
d'Ecosse pour travailler à leur place. Ces 
mesures réussirent, et, après avoir tenté 



HiS M.S ASSOr.lAIIONS OlJVlllfcl'.KS KN ANCLKTKI'.llE. 

iiiiirilriiK !il (le S y o|»jutsci-, jrs aiicinis (»ii- 
\ri(is(lc l.i lioiiillri'c riii'.'iil (laiiN la iK'-ccs.siti- 
(l(! (Iciiiaiidi'r à y nîiiU'cr, l-ii rciionçaiii a I a( - 
Ci'ois.sciiiciit du sal.iii'c «juiis avaient rcclaiin''. 

A parlir «le ce iiiuiuL'iii, les i^rèvcs dcvicii- 
liclll (le |>lllS (Ml jilus lïVijlK'IllcS, IlirliK; la 
où les l,iii(tiis on! (MiL'ore [»i'U de jioiiNoir. 
Ainsi, dans [r. disli-ict do Leuds, où ccllcs-ri 
ik; cunii>l('nl nue deux mille iiiciiiln'cs sur 
sei)t mille ouvriers, la lulle éclale en 1 <S,'j3, 
toujours pour la même cause, entre M. M. l*ope 
ii Pearson et leurs ouvriers. Les premiers 
sont soutenus par leurs voisins, les seconds 
persistent, et l'emportent au bout de cinq 
mois. 

Durant l'année 18o5, nous comptons douze 
grèves dans le Durham. Elles sont anssi 
fréquentes en Ecosse, et l'une d'entre elles, 
dans le Lanarksliire, conmiencée en l8uG, 
ne dure pas moins de treize mois : elle se 
termine à l'avantage des maîtres. C'est de 
nouveau dans le district de Leeds que se re- 
portent les hostilités en avril 1858. Tous les 
ouvriers se sont coalisés et ont formé une 



L'KXPf.OlTATlON DE LA HOUILLE. 109 

Union (i) pour soutenir leurs camarades de 
la grande houillère de M. Briggs; celui-ci 
est à son tour appuyé par ses confrères, ([ui 
prononcent an lock oui. Au bout de deux 
mois, lorsque les ouvriers ont perdu un mil- 
lion par leur chômage, on finit par où l'un 
aurait du commencer, on transige : les maî- 
tres voulaient réduire les salaires de 1 5 pour 
100, les mineurs voulaient les conserver au 
taux où ils étaient; on convient de les dimi- 
nuer de 7 et demi pour 100. 

ils ne tardèrent pas à s'élever de nouveau ; 
mais cela n'empêcha pas la lutte de recom- 
mencer bientôt sur un autre sujet. Il s'agis- 
sait cette l'ois de résister à ce que les ouvriers 
appellent la confiscation, usage contrci le(piel 
ils ne cessent de protester, et ([ui, plus (jue 
tout autre peut-être, envenime leurs rapports 
avec les propriétaires. Toutes les Ibis (prune 
caisse de houille, arrivant à la surface, se 
trouve ne pas avoir le poids voulu, ou ([u'clle 
contient une certaine «pianlité de Wvvc (ui de 

(I) Celle L'iiiori pi il le nom A\ii$odati}H des iniuvurs du 
Yorlisliire mcridiviud. 

10 



170 LES ASSOCIATIONS OUVIIIKUKS KN ANGI-ETElillE. 

iticii'i' Jiirli't' ,-iii (li.irlHt!!. (iii «'Il Ncrst' 1<' 
coiilciiii ;iii iiia^asiii sans I iiisri'iiT ;iii (•(iiii|)|(' 
<lii iiiiiH'iii' <|ui Ta rxlrail, ni lui l'icii |ta\cr 
|i()iii' Sdii li'a\ail. Lrs ()ii\ l'ici's ariii'iin'iil (|ii il 
sul'jil (i'iiii seul liioi'ccaii de chai'ljuii toiii- 
l)aiit dans lo parcours des galeries pour faire 
])rononcer celte coufiscation, et (juc souvcul 
jiiriiic elle a (H('' a[)pliquée, par suite d cr- 
iv'iii's plus ou moins volontaires, à des caisses 
(]ui a\aieiit le poids voulu, si bien que, par 
ce procédé, certaines iiouillères arrivent à faire 
extraire gratis plus d'un douzième du charbon 
qu'elles produisent. C'était pour obtenir l'abo- 
lition de ce système, nécessaire peut-être dans 
certains cas, mais dont ils ressentaient vive- 
ment les abus, qu'ils s'étaient mis en grève. 
Tous les maîtres du district se coalisèrent pour 
le défendre., et répondirent par un nouveau 
lock ont : dix-huit houillères furent fermées 
à la fois, laissant plus de dix mille ouvriers 
sans ouvrage. Mais cette mesure rigoureuse 
Ji'empecha pas les mineurs d'obtenir à la fin 
satisfaction pour tous leurs principaux griefs. 
Cependant le système des Unions se fortifie 



L'EXPLOITATION DE LA IIOIILI.E. 171 

et se développe poriiii les lioiiillours : c'est 
l'époque à lacpiello il s'étal^iissuit aussi, 
comme nous l'avons vu, dans l'industrie du 
fer. En 1802, une partie considérable des 
mineurs employés à l'exploitation des riches 
gisements qui s'étendent entre Liverpool et 
Manchester, particulièrement près des villes 
de Wigan et de S.-ÏJelens, formèrent l'asso- 
ciation des mineurs du Lancashire méri- 
dional, à l'inslar de celle qui s'était fondée 
à Leeds quatre ans auparavant. L'année 
suivante, cette dernière ville vit s'assembler 
dans son enceinte des délégués de presque 
toutes les sociétés de mineurs anglais; les 
Unions écossaises, déjà réunies, y furent re- 
présentées par M. M' Donald: et une grande 
société, dont celui-ci fut élu pi'ésident. se 
forma sous le nom (VAssocialion nationale 
des mineurs. La propagande unioniste en 
l'ccul une grande impulsion. Dans l(> ^^ll•k- 
shirc, (U;venu son centre, la nouvelle société 
Intuva les esprits particulièrement disposés 
à la lutte, et elle? ne fui (|ue l'occasion <\\\\\{' 
( xj)losion (Vlutslililé ciilrc les iiiaîlres cl les 



172 LKS ASSOCIATIONS OIA l'.li.IlKS |;N ANt.l.l.lKHr.K. 

fuivricrs. prrp.-irro p.'ii- iiiif> Iodljiic sf'rif f1o 
pricf's i'(''cipn)(|ii(,'s. 

Des ;ii;('liis de l'I liioii, ji;ii'co!ii-;iiit les di — 
(ricls où t'Wr ii';i\;iil pas (.'iirorc (radlu'-- 
l'cnts, adressaient aux ouvriers dos liarnngucs 
passionn('(;s, où ils iici^naicnl d<'s conlj^urs les 
l)liis vives tous les torts, vrais ou faux, des 
maîtres fileiir égard, et leur jîrési^utaient l'ad- 
mission dans l'Union eomme un r(;mùd(! inlail- 
lihle à tons leurs maux. Deux d'entre eux, 
MM. Brownot Pickles, qui ont l'un et l'autre 
comparu devant la Commission, se distin- 
guaient par la vivacité de leurs paroles. Tout 
en ce moment-là était matière à querelles. 
Tantôt les maîtres voulaient obliger les ou- 
vriers à trier dans la mine même la houille 
récemment extraite, et à charger dans des 
caisses les gros morceaux aussi bien que le 
menu charbon formé par leurs éclats. Tantôt 
ils confisquaient les caisses de charbon, pour 
peu qu'il manquât quelque chose à leur 
poids. Ce dernier grief était devenu si grave, 
que le Parlement avait fait nue loi établissant 
comme contrôleur du pesage nu ouvrier de la 



L'EXPLOITATION DE lA UOLiLI.i:. 173 

miiio nommé par ses camarades et payé cor.- 
joiiitemcrit par eux et les propriétaires. Plu- 
sieurs maîtres l'avaient éludée en renvoyant 
de leur service l'ouvrier désigné pour ces 
fonctions, aussitôt après son élection, et en lui 
interdisant alors les approches de la mine, sous 
prétexte qu'il n'appartenait plus à l'établisse- 
ment. Traité de la sorte, un de ces contrô- 
leurs, M. Normansell, aujourd'luii président 
de l'Union du South- Yorksliire, maintint son 
droit. 11 se fit chasser dix-huit jours de suite 
de l'c^ntrée de la mine où il venait occuper son 
poste, en appela aux tribunaux, passa de juri- 
diction en juridiction, (!t, amenant ses anciens 
maîtres jusque devfmt la Cour du Banc de la 
Reine, les obhgea à le réintégrer dans ses 
fonctions (1). 

Les maîtres, de leur côté, se préparaient à 
la lutte et s'étaient coalisés, formant entre (^ux 
une véritable Union, sous la présidence de l'un 

(1) Nous citorons onfiii, ronimo (lornii'i',-; sujets do pininlos 
lit' la pari des duvriiTs, le l'iiivoi d.- la pliiparl des clicfs des 
l'iiioiis, cl la ((inlrilialiiiii iiiiiuiMM' à (mis l'-^ luinciuN [lour \\'\\- 
tirlirii d'un turdi'ciii, (jimU lie clioivissaici I pas. 

10. 



i7'i ir.s ASSOCIATIONS oivr,ii:i;i;s i;n an(.i.i:ti;i;I!E, 

ilViix, M. I>ri^|;.s. (le lui |>r(''cis(''iii<'iil clicz lui 
(|ii(' ((iiiiMieiicùrciit les lio.stilit<;s mi lH(i3 : ses 
oiiM'irrs rofiisrrciit (raoco[)l(M' hi syslùiiK' du 
triage (In c]iai'l)oii. Drcid»'' m l>iis<jr leur résis- 
lancc ot les llnirms, (ju'il accuse Je roiiicntLT 
les grèves, il l'ail veiiii'des comtés voisins des 
iiiiiieurs pour remplacer ceux (pii l'on! <|uilt('. 
Ces derniers accueillent les nouveaux venus 
avec une sourde hostilité, (jui ne demeure 
pas longtemps contenue, malgré les louables 
efforts de quelques-uns de leurs chefs. Elle 
éclata à propos de l'expulsion en masse des 
anciens locataires des maisons dé])endant de 
la mine. Dans la nuit du 24 au 25 septembre, 
les ouvriers étrangers qui y avaient été in- 
stallés furent attaqués, et il s'ensuivit une 
émeute sérieuse, que la police eut beaucoup 
de peine à réprimer. IMais cet acte de violence 
était le dernier effort des plus passionnés 
parmi les ouvriers en grève : ils furent con- 
traints de s'avouer vaincus, de renoncer à leurs 
demandes, et de consentir à travailler à côté 
des ouvriers non-unionistes. Ils se promettaient 
bien de prendre leur revanche à la première 



L'EXPLOITATION DE LA UOllLLE. 175 

occasion : nous verrons plus loin de quelle 
manière MM. Briggs les en empêchèrent et 
les désarmèrent comme par enchantement. 

Les Unions grandissaient cependant par 
persuasion et par intimidation dans les houil- 
lères du Durliam, et s'efforçaient d'obtenir le 
redressement des griefs des mineurs ; les maî- 
tres ne voulaient pas tolérer leur intei'vention. 
De là des dissensions à tout propos, tantôt au 
sujet de la confiscation, tantôt à cause des 
salaires. Les ouvriers emploient le système de 
la reslriclion; les maîtres répondent par un 
loch oui. A la mine de Brancepeth, une qua- 
rantaine de familles d'ouvriers unionistes sont 
expulsées des cottages que les propriétaires 
leur louaient aux environs d(^s puits. Ces mai- 
sons étant demeurées inhabitées, les mineurs 
virent dans ce procédé inie persécution gra- 
tuite, et l'arrivée d'ouvriers étrangers mit le 
comble à leur irritation. La police, quoique 
renforcée par des spécial conslables, ikî ]>ut 
préviMiir l'explosion de rixes nombreuses, et 
le s(''jour du district liuil par chivenir intolé- 
l'able aux nouveaux venus. Salisl'aits d'avoii" 



17(i I.rs ASSOi lATIONS OlVHIf.l.KS KN ANMI/I Ki;i!F.. 

('•(•;ii'l<' CCS cuiiciiri'ciils, |i's ;iiiciciis diivrici's 
rc|»i'li'ciil leur li'.iv.iil ui'diii.iii'c, s.'iiis insister 
sur leurs |»rcnucrcs (Icuuindcs ; ils iraiiraiciil 
]>ii (l'aillciii's |>i(i|(iii,L''cr la liilic. <ar ih avai( ni 
(l(''j»ciis('' Jciirs loiids, et |i('i'(lii, en salaires. 
:î2 0001ivresstcrl. (SOOItOO fr.). 

Avec l'aiinro 1804, la lutte prend un anire 
caractùr(5 dans le South-^ orkshirc, où elle 
venait (l'être si vive. Cette fois, l'Union n*y<;st 
pour ri(;n : c'est nialgr<' son avis fpie les 
mineurs d'Oaks et de Thorncliire se mettent 
en i^i'ôve; elle refuse de les soutenir, et ils la 
quittent poiu^ y persister. Les maîtres ne pro- 
fitent pas de son refus pour restreindre la lulle : 
ils se coalisent de nouveau et ferment toutes les 
houillères des environs. Ce n'est que lorsqiu^ 
trois mille ouvriers, dont un tiers à peine 
étaient unionistes, sont ainsi congédiés, que 
L'Association se décide à résister pour obtenir 
la révocation d'une pareille mesure. Elle y 
réussit : au bout de dix-neuf semaines, les 
propriétaii'es de la mine d'Oaks sont aban- 
domiés par leurs coassociés ; et l'année sui- 
vante elle recueillit les fruits de cette résis- 



i;exi'LOitation df: i.a houille. 177 

lance opportune. En effet, ayant alors réclamé 
nn accroissement de salaires de 10 pour 100, 
justifié par la prospérité du commerce liouil- 
ler, elle vit plusieurs maîtres, non-seulement 
le lui accorder, mais se liguer avec elle pour 
obliger les autres à faire la même concession. 
Les maîtres qui résistèrent furent frappés de 
rcslriclion, leurs ouvriers réduisirent leur 
travail à 3 shillings (3 fr. 75 c.) par jour, et 
la mine de Tliornclifri^ ayant congédié les 
siens, ses compétiteurs soutinrent par leurs 
souscriptions les ressources affaiblies de 
l'Union, si bien que celle-ci, après avoir dé- 
pensé 5000 livres sterl. (1 25000 fr.), finit par 
l'emporter, et obtint l'élévation des salaires, le 
payement hebdomadaire, et la reconnaissance 
officielle de l'Union par le petit nombre de 
propriétaires qui avaient jusqu'alors refusé 
de traiter avec ses représentants. 

Ailleurs elle n'est pas aussi heureuse, et c'est 
en vain ([iiVllc s'efforce de s'étal)lii' d.'.ns les 
cinq houillères voisines de Chesterfield (Derby- 
shire). Le dircrteur de la luitK' de Stavelcy, 
A!. ?>larkham, a i'(''S(»lii de s y opposer. A jH'iii(> 



178 Li;S ASSOCIATIONS OUVHIKUKS tN ANr;i,rjKKliB. 

les ()ii\ l'irrs (lu disli'icl, un iiMi!i|.r<' d"- r^('|)l à 
liiiil mille, se S(>iit-ils i'(''iinis [xiiir (h'-liln'-ri'i' <le 
1.1 fnrinaLloii d iiii»' SDcii'li'. «jn'il dumic congé 
à tous ('dix (jui nul organisé le jncctiiig, et il 
menace du inriiic smiI lous ceux qui assiste- 
ront aiiN i(''iuii(»ns où 1(!S délégués de l'IJuloii 
se feront (^nt(;ndre. La plupart de ses trois 
mille (iiivriers le rjiiilteid alors siiontam-ment. 
et, au bout d'un mois et demi, les travaux sont 
presque abandonnés. Mais il ne se tient pas 
pour battu, et attaque l'Union avec ses propres 
armes. Opposant les meetings aux meetings, 
les discours aux discours, il réussit à orga- 
niser parmi les ouvriers un parti anti-unioniste, 
qui se recrute d'autant plus facilement parmi 
les moins résolus, que, la grève s'étendant 
à tout le district, ceux qui y ont pris part 
ne reçoivent aucun secours et sont réduits à 
la dernière misère. L'occasion s'offre enfin 
de porter un coup décisif : les nouveaux 
adversaires de l'Union reçoivent en présent 
de la viande et de la bière ; ils organisent un 
grand repas et y convient leurs camarades. 
Cette scène est décrite en quelques mots par 



L'EXPLOITATIUN DE LA HOUILLE. 179 

1 an d'cjitrc eux (1). «Trois ou (piatro ceuts 
» homincs, dit-il, restés fidèles à l'UnioD, 
» s'en allaient par le pays, l'estomac vide. 
» Ouandils virent le bœuf, ils se sentirent dis- 
« posés à l'avaler, s'il se pouvait, tout entier : 
)) ils arrivèrent tous, en eurent leur part, 
» et retoiu^nôrent au travail le lendemain 
» matin. — Et, lui demaude-t-on, le dîner 
» a-t-il été pour (piel([ue chose dans la 
» dissolution de l'Union? — 11 a eu le 
» meilleur effet », répond-il naïvement. Il 
disait vrai; car l'Union fut abandonnée pour 
le moment, et M. Markliam finit par repren- 
dre l'exploitation delà mine avec quinze cents 
ouvriers. 

D'autres moyens sont employés en 1867, 
dans la partie méridionale de ce comté, où 
la grève a commencé de la même mainère. 
La propagande des agents unionistes a amené 

(1) M. llcnsliaw (Oiiol. 1:>S0I, vnl. \l), (|iii racorilc liii- 
uu'iuv. avoir (Hé choisi avec, quelipics camaraïU's pur h's agciils 
(11! la coiiipai^fiiie iiniir s(î iJirst'nlcr devant la comiiiission, 
coiuiiK; lyiic lie la iVaclioii des iiiiiicuis lu;sliir à rLiiiuii. 
Lcui's ilt'iio>ili'jus clouiii'iil la iiicsiiir de leur sajjacilé. 



loO LES AS5()i;IAT10NS OlVKlKliK^ EN AN< I.KI i:i;l!f:. 

iiiM' coalilioii (l(i liiiiîln.'S, (jiii ont cuiigcMliù l(jiis 
les ouvriers .'iriilirs à la socjélé. Cette (l<''ci- 
siou a l'ait naître iiiif; prolonde agitation : les 
mines se sont dépeuplées, et les rares travail- 
leiii's (pii s'y aventurent encore sont assaillis 
pai' li'iu's (iiiiiarades, qui les appellent ff su- 
ceurs de saiij.!,' )j, et (pii. armés de bâtons, for- 
ment autour d'eux des attroupements mena- 
çants. Aucune transaction n'était possible, dans 
une lutte où il s'agissait de l'existence même 
des Unions : artssi s'envenimail-elle de jour 
en jour, et la police ne put-elle pas toujours 
prévenir de graves désordres. L'exploitation 
de la houille était absolument interrompue : 
ceux qui avaient fait grève avaient persuadé 
à des ouvriers appelés pour les remplacer de 
s'en retourner chez eux, en leur payant large- 
ment leur voyage. Les propriétaires des houil- 
lères de Gresley Wood et de Swadlincote, 
})oui' se procurer d'autres mineurs, louèrent 
des trains spéciaux, qui, évitant les stations 
surveillées par les unionistes, débarquèrent 
les nouveaux venus au milieu de la campa- 
gne, daJis des lieux isolés, d'où on les ajuenait 



L EXPLOITAI ION L'E l.A llOllI.LE. 18i 

secrètemeiil jii.s(|ii"à la iiiim,'. Ce moyen réus- 
sit, et les anciens ouvriers reprirent leur tra- 
vail en abandonnant l'Union. 

C'est au commencement de 18G8 (pie sié- 
g(3ait kl Commission, et déjà celte année avait 
été marquée [)ar jtlusieurs grèves : l'une en 
janvier, c\iv/a Ijtnl N^^rnon (celte fois les mi- 
neurs avaicnl ac('('[M('', an ImhiI d'iin mois, une 
réduction d(3 salaires); l'autre dans le comté 
de Lancastre, où ils avaient résisté à la même 
mesure, ce qui avait amené des désordrcîs 
plus graves que tous ceux que nous avons vus 
jusqu'à présent. Le district qui s'étend entre 
les petites villes d(3 Wigan et de S. llelens 
est aussi riche (pu; bien exploité : une seule 
mine, celle de la « Wigan Iran andCoal C" », 
emploie 9000 ouvi'iers et produit annuelle- 
ment 1750000 tonnes d<; cliarl)()n. Le prix 
de la bouille ayant baissé, les maitres consi- 
d(''raieid la réduclio!! de 1 fî pour 100 snr les 
s;daires coiunie lellement nécessaire, ipiils 
anraienl mienx iiimé fermer leurs mines (|ue 
d'y renoncer. Crtle fois encon,' les cliels de 

11 



182 Li:S ASSOCIATIONS OlVIlIKIltS EN A>OL!:i LKUK. 

I I ilifui (Ij ilniiiirriiil uni' piTiivc dr i«jiir 
( l;ii['\(»\;iiic(' en cDii'^ciJI.iiil ;ui\ (iuviif!'> <1 ac- 
(•<'[>lri' cj.'llc i'(-(lii(liuii : l'iiii d'eux, M. IMc- 
kanl, (|ui c('|)cii(lajil ne pouvait l(Mir rin; siis- 
{iccl, car il s'(Hait lijiijoms l'ait rciiian|iioi' par 
la vivac'ili; de sou lauga^o, cliLTclia on vain 
à Jciir |>i'niivcr l('ssuil(3S i'uiiesles de la résis- 
laiice. ( >u ii(^ li'couta [>;is, et les sociétés locales 
de Wi^^aii et de S. lleleus, rebelles à l'aiilo- 
rité centrale, ne voulurent pas même entendre 
[»arler d'une transaction. Les ouvriers plus 
sensés <jui n'avaient pas voulu se mettre eu 
grève furent molestés de toutes manières, 
surtout lorsqu'on vit se joindre à eux des tra- 
vailleurs étrangers au district. En dépit de 
tous les eflbrts des chefs de l'Associatinn du 
South Lancashire, les mineurs en grève, au 
nombre de quinze cents, parmi lesquels unio- 
nistes et non-unionistes s'étaient confondus, 
s'emparent des établissements de la Wiijan 
Company, et les occupent pendant plusieurs 
jours. Ils en auraient détruit toutes les ma- 

(1) Connr.e nous l'avons Jil plus liaut, elle était i)[M\e 
depuis 1862. 



L'EXPLOITATION DE LA HOLILLE. 183 

chines sans l'intervention, si rare en Angle- 
terre, de la troupe de ligne. Un détache- 
ment de quarante soldats et de soixante po- 
licenien fut une nuit attaqué à coups de 
pierres près de la mine d'Edge Green , et 
eut beaucoup de peine à disperser les énieu- 
tiors. Ces troubles contimiaient au moment 
où nous trouvons la Commission en séance, 
recevant les plaintes des deux partis encore 
échauffés par l'ardeur de cette lutte déplo- 
ra])le. Les maîtres accusent uon-seulemeiit 
l'hostilité des ouvriers, mais la longanimité, 
ils disent la faiblesse, des magistrats char- 
gés d(! maintenir l'ordre, et la connivence 
des ch(3fs des Unions. Ceux-ci, au contraire, 
altirment avoir tout tenté, jus(pi'à compro- 
mettre leur influence, pour faire prévaloir 
la modération, et a])aiser des passions quH.s 
reproclient aux maîtres d'avoir provoquées 
et irritées par leur conduite antérieure, (juoi 
([u'il en soit, il ressort clairiMiiojit de cette 
discussiou (|u'oii iio |H'ut imputer aux Unions 
iuicun des loris dont les ou\i'icrs se rendiicnt 
coupal)l('s eu celle circonstance. 



lîi'l l.l:^ As-^ni lAllONS fMVI'.IKisKs KN AVf.l.l I IHIlR. 

M-ili^i'i- loiilcs ci'S liillfs, 1 ;i((r(ti<<.-iiii-iit 
(les sal-'ilrcs (li's niiiMiii'^ (li|tui< (|ii.ii';iiil(' ans 
Il rsl |»as r<^:\\ an i'( nclif'-i'i^-ciiH'iil de tniil ce. 
i|ui csl ii(''ccs.<aii'c à la \ ic. < I. par r(ni'-i''i|iiiiit, 
il sr InniNc ([irni l'i-alilt'- Inir ^aiii rsl rclali- 
vcmciit iiHiiiidrc anjunrd Imi (iiraiiInTui^. (In 
ne saurait <l<tiic r('|>n>c|ii'i' aux ( h'imun d a\<»ii' 
(.■li('lTli('' à ('IrM'i' le |)ii.\ (le la niaiii-(l (riivic, 
si, ('(tniinc 1 ariirinciit leurs «lôfcnsinirs, ces 
(•llnrls jr^nl [tas ét('' sli'-i'ilcs et si elles rnit réel- 
leiiicnt coiilriltiié à assiii'cr à l'onxrirr une 
lueillcnre réiimnératioii de son travail. 

Elles ont été organisées parmi les honilleni'S 
sur le même modèle qnc celles que nous 
avons déjà étudiées. V Association nalionale, 
formée à Lecds en 1 863, compte 35 000 mem- 
bi'cs : c'est une simple confédération des 
Unions établies dans les différents districts, 
et qui tontes ont leurs budgets et leurs sta- 
tuts particuliers. Aussi ne lèvc-t-elle chaque 
mois qu'un penny par membre, laissant à ces 
sociétés locales la gestion indépendante de 
leurs affaires. Elle se propose seulement de 
donner à leurs efforts une direction générale, 



!;i'\ri.O.TATlf)N DE LA HOUILLE. 183 

lors({u'il s'agit (ruljteiiir des lois plus favo- 
raljli's au miiioiir, de protéger l(;s droits et de 
soutenir les réclamations de cliacjue ineinljre, 
et enfin de faire réduire la jcjurnéi; de travail, 
qui devrait, d'après elle, être limité(î à liuit 
li(!iires. Dans les grèves, elle n'exerce qu'une 
action indirecte : ce sont les Unions locales 
qui les décident et en font les frais. Son rolf^ 
n'en est pas moins très-considérable, et, pour 
le prouver, M. M'" Donald raconte à la (Com- 
mission que, depuis sept ans qu'il est pré- 
sident, d'ahord de la Sociélè écossaise, |»uis 
d(î cette Association nationale, il a i»ris paît 
à 1600 réunions, parcouru 230 000 milles 
(près de 100 000 lieues), et écrit dix-se])l 
milh; lettres. Les Unions de district sont [)ar- 
fois elles-mêmes d(is corjvs très-puissants. Ainsi 
l'Association du Yorkshire méridional, fondée 
en 1858, s(; subdivise en quarante-buit bran- 
ches et compic 7(MMI membres, qui payent une 
enli'(''(' de 10 shillings (12 fr. 50 c.) et une 
(piole-part liebdomadcùre de \) p. à 1 shilling 
(93c. àl l'r. 25c.). (-elle du Lancashire, I'oi'ukh.' 
en 18(>2, se compose aussi de 7000 iiienibres; 



18G i,Ks Ass{)( lAiioNs (il \r.ii.iu> i;n ani.i.i.u.i;i;f.. 

clic |i"'\(' s!ii' ('UN une coiiiiiliiirptii sciiihlaMi' 
(le <.l |.(li(V ^'X\ (Clll.j, <•! (lolinr 11 (Ml 10 sliil- 
liiiji.s (1 1 IV, ;^"» c.oii 1 1^ !r. "in c.^ j);ir s(iiii;iiiic 
tUix (nivi'ici's cil i^i'cvc; cllf leur assiii-c <,'M 
ouh'pf)oii (i li\ ivs sici liiiî^ (1 ^.'i Ir. on 1 ■>() l'r.) 
jioiir leurs riiii(''i;iillcs (!]. 

De Iciii' cùh'', les pr(i|»ii(''l.iii'cs oui clici'cln'' 
à cuiiihaUrc c(^ll(! puissance nouvelle, soit 
en se coalisant entre eux, soit en fondant des 
nssociations ouvrières patronnées et dirigées 
par eux. Nous avons vu ces coalitions à l'œu- 
vre dans toutes les grèves importantes qu'ils 
ont eu à soutenir, assurant l'apjjui commun 
aux maîtres attaqués, frappant parfois d in- 
terdit les associations de leurs adversaires, 
fermant l'entrée des mines à tous ceux qui s'y 
étaient affdiés, et les empécliant par leur in- 
fluence de trouver un ouvrage quelconque, 
l^lles ont même adopté le système des blaclc 
lisls, ou listes d'exclusion, et la Commission 
a eu entre les mains nue circulaire adressée 



(1) Les Unions (li>> niinours écossais rôsrrvonl leur< fonds 
exrliisivempul itruir l(^s grèves. 



L'EXPLOITATION DE LA IlOllLLE. 187 

par le secrélniro de l'iino do ce?; associations à 
tons les maîtres qui en faisaient partie, ponr 
leur recommander de n'emidoyer sons anenn 
prétexte les ouvriers désignés comme unio- 
nistes. Les so('iét(''s de secours mutuels fon- 
dées par certains industriels pour balancer 
l'influence des Unions semblent fort bonnes et 
bien administrées; mais les ouvriers leur re- 
prochent avec raison de s'imposer d'une ma- 
nière plus despotique encore que les Unions, 
dont on accuse l'intolérance. En effet, dans 
certaines mines, ces sociétés sont souteinies, 
non par des cotisations volontaires, mais par 
une retenue faite d'autorité sut' tous It^s sa- 
laires, et les ouvriers (jui (julilciil la mine 
sj)ontanément, ou qui sont congédiés, perdent 
tout droit aux avantages que leurs souscrip- 
tions semblaient leur garantir. C'est d<tni' 
entre les mains du directeui' un moyen d'ag- 
gi'aver la [K'iiic du l'ciivoi, en y ajoutant iudi- 
rectenicnt une amende péenniaii'e, (jiii [»eiil 
être (•<>!isid('i';il»le (1). 

(1) Il faul cili r;iibsi l;i Sorii'li'', a-^soz iii-;inni(];iii(i« d'ail!. Mirs, 
iliic 'h( Ir'iiiiil liliif, (jiii n'osl pas liniil.'.' à l'iiKlii-li ic iiii- 



ISS i.r.s ASSOCIATIONS oi.vr.ii:i;i,s kn ANCi.EirrniE. 

Nous ;i\oiis du, |»iiiii' Mii'.i;' i'Iii-luir.' des 
^i'r\cs, laisser im mninrnt ,|'' ((Wr 1rs cllttrls 

<|IH' 1rs I liiulis lie sr lasS.'lK 'lll |»as de l'ail'(.' 

jioiir (•Iticiiii' la |ii'(tlcclifiii (le la lui coiili'c IcjS 
ni tu s iiiciiliMiiiK's j.liis liaiil. I ne fois 1rs In-iii-cs 
(le travail diiiiiiiiif'rs. iiik! lois le lahrur suii- 
Icrraiii iiilci'dil aux rciiiincs ri aux «'Mlaiits, les 
associa lions de iiiiiiciirs succiipri'i'iit jtarticii- 
lièrcincnl des ^ai'aiitics de siM-ui-ili'- iiidispcii- 
saMcs dans nnc l'.onillrrc. 

L<; nrtinl»!'»' niriiie des victimes que les acci- 
dents y font encore, malgré toutes les précau- 
tions qu'on peut prendre pour protéger la 
vie des mineurs, prouve condjien ces pré- 
cautions sont nécessaires. Aussi maîtres et 
ouvriers s'en préoccupent-ils constamment. 
Ils cherchent surtout à prévenir l'explosion 
du feu grisou. L 'admirable invention de Sir 
Humphrey Davy, qui enveloppe les lampes 
des mineurs d'un grillage impénétrable au gaz 
inflammable, est un palliatif fort utile, mais 

nière : sorte de bureau de placement où viennent s'inscrire 
les ouvriers sans ouvrage et où s'adressent les niailres qui ont 
besoin de travailleurs. 



L'EXPLOITATION DE LA UOTILLE, 189 

auquel on ne doit pas se fier aveuglément, iji 
effet, on a vn des mineurs In'iser la ferme- 
ture scellée de leur lampe pour la rallumer, 
d'autres emporter des briquets dfins leui 
poclie ; on a vn des lamj)es mettre le feu au 
gaz soit en se brisant par terre, soit en chauf- 
fant au rouge leur enveloppe m(''talli([ue. 
Toutes les mesures de sécurité doivent donc 
être prises et maintenues aussi strictement 
que si la lampe Davy n'existait pas (1). 11 
faut une puissante ventilation pour emporter 
constamment le gaz délétère; il faut, plus en- 
core peut-être, une surveillance infatigable, 
pour empéclie.r les imprudences des ouvriers, 
et pour prévenir les accidents aussitôt que 
la présence du gaz se révèle. Les maîtres 
accusent les Unions de les entraver dans cette 
surveillance, où ils n'admettent aucun con- 
trôle, par l'esprit d'indépendance qu'elles 
développcnit. i^es iniiKiurs re})roehent, au 
contraire, aux. maîtres de négliger bien des 

(1) On sait quo cetliî lampo a ri»'- siii^uliricnienl perfcc- 
1innii('e, vo. (|iii n'iMiniêilK! pas (jik; les int'caulions ne soinit 
toujours ur-ccssaiics. 

11. 



r.)«i i.KS ASSOCIATIONS orvr.ii.r.i ^ i.\ AN(.i.KTii;i;K. 

|>r('(',Miilioiis (îsseiilicllcs, d p.irliriirK'i'.iiiciil 
<1»' si; r('|»os(M' troj» cNclusivciiiciil sur !,( I.iidjk' 

(1(^ sArctr, COIlljd'nlIH'ltMMl .'lilisi [illl^ triiiic 

pprcioiiso oxistiMici'. 

( 1< Mil me lions l'a Vdiis d'il, les riiioim avaicnl 
<i]>l('mi, <I(''S 1831, (|iriiii ((imili' pailriii.'ii- 
lairo s'ociMipilt (l(i cette <|iie>rioii. A IciirsuHi- 
eilalioii, die l'ut reprise, eu iS'iO. et, après 
une onquètc dirigée par Lord W'iiariiclille, 
une loi fut votée qui créait des inspecteurs 
officiels cliarpjés sp(''cialeiiiciit de contrôler 
les conditions sanitaires des mines, donnant 
par là implicitement raison aux plaintes des 
associations. Mais le nombre et les pouvoirs 
de ces inspecteurs étaient trop restreints pour 
que leur action put être efficace. Les Unions 
pétitionnèrent encore : un nouveau comité 
siégea en 18S2 et 1853, et une loi plus com- 
plète fut votée en i8o5. Les ouvriers n'y trou- 
vèrent cependant pas encore la satisfaction de 
leurs vœux : les inspecteurs ne pouvaient 
venir à tout instant examiner la mine, et se 
bornaient à des tournées trop rares, disait-on, 
pour être vraiment utiles. Persuadés d'ail- 



L'EXPLOITATION DF LA HOl'[M.E. 191 

leurs (juo riiisoïK'iance cl riuipi'é voyance du 
mineur, causes de tant d'accidents, venaient 
de son ignorance, les représentants des difïc'- 
rentes Unions proposaient un système dln- 
struction oldigatoire, et, apportant au Parle- 
ment une pétition couverte de plus de cin- 
quante mille sip^natures, ils demandaient 
qu'une contribution fut levée sur leurs pro- 
pres salaires pour appliquer ce système, ne 
mettant d'autre condition à ce sacrifice que 
d'être suffisamment représentés dans le con- 
seil de direction. Une loi conforme à cette 
proposition fut préparéo par un homme diktat 
sage et libéral, dont l'Angleterre ressent 
encore la perte, Sir G. Corncwall Lewis; mais 
elle rencontra une vive opposition : on y vit 
une législation d'exception, et b^s clauses les 
plus importantes en furent r('jet(''es par les 
(lommniKS, <|ui ne conscrvèrciil (jiic des [n-cs- 
criptions iiisi,!4ni[iaiil('s jiour facllilci' IV'diica- 
liou des miiieiu's. Aussi les Unions contiiiiiè- 
rent-elb's leurs solllcilalious. WAssocialicm 
nalionah' des minriirs. dryx en iiisl.niee .1.-- 
vaul le l\-u'lemeu( |muii' laii'e abolir la loi 



102 rrS ASSOCIATIONS OrVI'.ifillKS F.N ANCI.ETF.nP.F.. 

dilr <lii " M.iili'c cl (In Si'i'N ilciij- » M , duiif 
li's (I<'-I(''i4in''s (les L;ii(iiis df loiis les {m'-licrs 
(Iciiiainlaicnl le !'a|>|i('l, ol)liiil, ('ii iiumik' 
lumps i\\w celte loi (Hail ahroi^f'-e, 11111111 
comité de l<i Chaml)r(; dos comrauiies exami- 
ucrait (le ii()iiv<'aii la ([iieslioii de riiisp(3ctioii 
des mines et de l'éducation des miiiciirs. Ce 
comité a préseiit('' nn rapport très-favoi-alde 
aux propositions des ouvriers, et la session 
de 1869 sera certainement marquée par une 
nouvelle loi sur ce sujet. 

On reconnaîtra, après cet exposé, que, d'une 
part, les Unions ne sont pas responsables des 
principaux actes de violence dont les d(,'- 
mandes d'élévation des salaires ont été l'oc- 
casion, et que, d'autre part, elles ne se sont 
pas exclusivement préoccupées de cette élé- 
vation. Elles ont tenu à honneur de montrer, 
dès les premières années de leur existence, 
comment elles comprenaient leur rôle en 
dehors des grèves qu'elles ont eu à soute- 
nir, et leurs devoirs vis-à-vis de la classe 

(1) Voyez ci-ilessus, page 34. 



LT'Xl'I.OiTATlON DE I.A HOUILLE. !03 

niivrièru (jui Inii' avait ((tiili»'' le soin de ses 
intérêts. Si, dans leur carrière nécessairement 
si agitée, elles ont commis quelques erreurs, 
ne; les ont-elles pas bien rachetées par leurs 
persévérants efforts pour améliorer la situa- 
tion du mineur? 



(;ii\iMTi;i: mi 



ï. I,A CONSTUrCTION DES NAYIIŒ^^ DE ITil. 

L iin1iisti'ic des bateaux de fer a conquis 
aiijourdliui la premiriv plac dans les ('(ui- 
sU'Uctious navales de l'Ani^lcterre, et elle est 
venue naturellement se proposer aux études 
de la Commission, à la suite des usines où 
le iiK'tal est travaillé, et des mines (|ni Imir- 
nissent le charbon [>i)ur \o fondre. C'est sur 
les bords de la Tamise, de la Mersey et de 
la Clyde, dans les faubourgs de Londres, à 
Millwall et dansTIb^les Cliiens, à Liverpool 
(.'t h Birkenliead, à Glasgow et à Greenock, 
que se trouvent les principaux chantiers du 
Royaume-Uni. Des carcasses, bâties en fer 
forgé, et parfois maintenant en acier, et re- 



î.A CONSTr.LCTiO.N DKS .N.\MIU:s DK ILli, I'J'j 

coiivcrtos de feuilles de tôle, remplacent avaii- 
ta^enscment pour l'AngleteiTe, riche en fers, 
])aiivre en forets, les vieilles corpies de bois. 
C'est des chantiers dn « Tharnes Iron Ship- 
building C" » que sont sortis, d'.iltnid le 
Greal-Easlern, puis quehpies-nns des plus 
beaux vaisseaux cuirassés de la flotte anglaise ; 
c'est là que s'approvisionnent la plupart des 
marines secondaires de l'Fjurope : la perfec- 
lion des lignes, l;i, soli(li(('' de coiish'iierKHi <lis- 
tinguent les produits de l'ilc des (Ihiens, Les 
frères Laird, sur la Mersey, on! sinluiil la 
spécialité des navires de guerre à tourelles, 
et n(* connaissent pas de riv.aux dans ce gem^e 
en Angleterre. Des rives àc, la Clyde vieniuMit 
les bâtiments à la marche rapide, les célèbres 
pa([uebots de la (lomjtagnie Cunard, j)ar 
excMuple, el leurs dignes rivaux de notre 
(-oinjt.'ignie (r;His;i(I.uirH|ne ; c'esl du luiid de 
la rivière écossaise (|ue |»;ii'l;ii('iil ces n.i vires, 
où joui (''lait sacrilii'' à la vilesse, ((Uiiius sous 
le noiu de lilockade-runuers, qui. d*''i(uiaid 
le's (,'r<>isières fédérales, oui. peud.uil la der- 
nière guerre d'Ainéricpie, lait uu comuiiTco 



lOG I.F.S ASSor.lATIONS OUVRlfir.KS EN ANCLFl I.r.P.r. 

si liici'.ilir ;ivrc les l''(,ils csclax af^islcs. Ln 
f;uii\ t'iiiciiiciil aiiL^lais. <|iii)i(|ii'il (Imhiic de 
jdiis cil j)liis SCS commaïKlf's à I iiiilii-lric pri- 
Vi'c, (!iiij»I(>ic ciicoi'c, lui all^^i, 1111 Liraïul 
iKHiihrc (ruiiM'ici's dans ses arsenaux de 
Porlsiiioiilli, d(; |)c\()ii|)ort et do Cliatliam. 

Le travail à la journée est f^/'iii'ralcnicnt 
ado|it('' <laiis e(Mte industrie, excepté dans 
presque tous les cliaiiliers de la Tamise, où ce 
système est conihiné avec celui de la tache. 
Voici comment : tantôt un sfuptvright, ouvrier 
supérieur, prend tel travail à l'entreprise, et 
paye ensuite à la journée les ouvriers qu'il 
emploie. Tantôt ce sont quelques ouvriers qui 
s'associent pour faire cet ouvrage à un prix 
stipulé dans le contrat qu'ils signent avec 
le constructeur ; tant qu'ils travaillent, un 
à-compte leur est donné chaque semaine sur 
ce prix, à un taux fixe de tant par jour, et, la 
besogne finie, ils partagent le reste. Tantôt 
enfin, le contrat n'est signé que par un petit 
nombre d'ouvriers, qui, comme le shipivnghl, 
payent les autres à la journée, se réservant 
pour eux seuls de partager les bénéfices de 



j 



LA CONSiKlCTION DES NAVIRES DE FER. 197 

l'entreiirise ou d'en supporter les pertes. Dans 
l'un et l'autre cas, les ouvriers se tarifent au- 
jourd'Jiui eux-mêmes pour les à-compte de sa- 
laires, accordant à l'un 5 shillings (6 fr. 2;jc.), 
à l'autre .^i '' ()'' (0 fr. 87 c), à un troisième 
sliiilin^s (7 fr. 1)0} par jour, selon leurs 
mérites respectifs. 

A côté des ouvriers qui construisent les 
coques des navires, se trouvent ceux qui les 
achèvent, chari)entiers, menuisiers, pein- 
tres, etc. Quoiqu'ils fassent généralement 
cause commune avec les travailleurs de la 
première catégorie, ils ont leurs Unions spé- 
ciales, analogues à celles de l'industrie des 
bâtiments, ou soîjt affdiés aux gi'aiidcs so- 
ciétés dont nous avons déjà j»arlé : nous 
n'avons pas à y revenir. 

Les chantiers de la Mersey n'ont connu i[ue 
des grèves insignifiantes; les constructions 
navales de la Tamise et (h; la (llyde nous 
offrent donc seules un sujet d^'-liide. Divi- 
sées par une ai'deiile livalilé, l'iiiduslrie des 
faubourgs de Ijoudres et celle de (Ireeiioelv 
ont une e\isteil<'e et iiiie liisjdii'e lelleiiieid 



10S i.F'S ASSOCIATIONS 01 viîii^:ni:s kn ANOi.ETRnnr. 

<li limlfs, (|ii il coiiviciil, ( i'ovoiis-iHuis. d»' 
li's S(''|i.in'r ici. 

JjCîS L'nioiis SMiil f'uil ;iii(l('mics dans la |.i'r- 
iiiiriv: VUnion prévotjdulc des shipu'ri'jltls de 
Londres (bdc di- I8ii. A cl'IIc ('poqnc, U-{ 
liavii'cs de f'ci' ('laidd à jicii ])!vs in^-niimis: 
iiiuis, à iiicsurc qu'ils sii[)jilaidri'(nl cciix de 
bois, les ouvriers (jni li'a\ai!lai('id aux l),\ti- 
incnts de l'ancien système passèrt'id jk'u à ji'-u 
an service de la nouvelle iiidiisti'ie. L'im'-- 
gale répartition des bénéfices (rniie <nliv- 
prise entre ceux qui ont signé le contrat et 
les autres ouvriers loués par eux à la jourii(''e 
avait depuis longtemps donm'' lieu à de nom- 
breuses querelles, et l'Union, en se formant, 
combattit ce système. Elle se proposa de faire 
prévaloir celui d'après lequel tous les ouvriers, 
une fois la tache achevée, partagent également 
ce qu'il peut y avoir de bénéfices. VÀ\o y 
réussit généralement, et, dès 1825, obtint 
aussi, après une grève pénible, que le prix 
des contrats, fixé par un tarif, serait caleidé 
sur un taux de shillings (7 fr. 50 c.) poiu' 
la journée d(^ travail. Mais, une fois ces ciu:- 



LA CON^TULCTION UliS NAVIRES I)K FER. 199 

(liiions assurées, elle eut si peu de luttes à 
soutenir contre les maîtres (l),.que, voyant 
ses t'oiids s'accumuler, elle a pu en consacrer 
une i^j'a!nl(! partie à constituer des secours 
mutuel3 en faveur de ses membres. Cette 
société compte aujourd'hui 1400 membres, 
et a 1 2 400 livres sterl. (3 1 000 fr.) en caisse. 
L'année 1851 fut marquée par une grève 
terrible dans une autre branche de construc- 
tions navales. Les menuisiers demandèrent 
aux maîtres l'adoption de certains règlements 
de travail. Ceux-ci refusèrent et se coalisèrent 
])Our résister : ils le piu'ent d'autant plus faci- 
lement, que les Unions ne possédaient pas 
alors la môme puissance qu'aujourd'hui, et ne 
jouèrent dans toute cette aii'aire qu'un rôle 
secondaire. La gi'ève cependant s'étendit rapi- 
deniciil il bmt le royaume. Les ouvriers sup- 
portèrent pendant longtemps, avec autant 
d'énci'^ie <|ii<' «le nimlération, les [>luscruelles 

(1) On no peut si^iialci' qu'uno seule grève toute locale, 
(l.nis Its clruiliei's de MM. Vouii'^% en ISfjfj. I-es ouvriers n'cl:i- 
iiiiiii'iil uiir UDUVclie (li-^ll•iljilli(lM (les licure< de (ravail. 
M.M. Yoiuif^ résislèrful, et ils l'eiu|)orlèrenl, nu Imul de c|nalie 
mois, après avoir dépensé ,'5000 livres sterling,'. 



200 ij.<; ASSOCIATIONS orviiii'.r.r.s f.n anglethure. 
soiifrr.'iiici'S. lii iiH'iiilii'r ilii iViih'iiniil. ur.iml 

(•tUlsd'IlcIriii' cl (|i|j ;i\ail r[r 1 lill des lii.iil l'es 
coalisas, M. Saiiiiida, |iarl(' df crtlr liitnc en 
n's Ici'iiics à la ( juiiiiii^->iiiii : << IN li-s oii- 
» Vrici's) d('|tl(t\i'l't'i!l lill tri coiil-aL;!' cl liiuli- 
» trrr<Mil iiiicjclic |>ariciicc(laiis li-^ |iri\'arKHis, 
» (|ii(' le sciitiiin'iil (lu siK.'ccs iiit'iiic (le nuire 
» L'iitrrpi'ist; est le |>liis |)(''nililt' <]ii"i»ii puisse 
» éprouver. » Vm cH'ci, au lioiil Ac li'dis ou 
quatre mois, ce succès avait été complet, (.-t 
les ouvriers, à bout de ressources, étaient ré- 
duits à retirer leurs demaudes. 

Les Unions sont presque aussi anciennes 
sur les bords de la (dyde que sur ceux de la 
Tamise. La Société des shipwrigfih, dont le 
centre est à Greenock, date de 1828. Dans les 
autres branches de l'industrie, des associations 
analogues se sont formées postérieurement. 
Elles prirent rapidement un essor extraordi- 
naire : dès 1 836, elles ont conquis leur droit de 
cité, et traitent d'égal à égal avec les grands 
consiructeurs de Greenock. En effet, nous 
voyons, le 23 novembre 1836, les maîtres et 
les menuisi(?rs signer un véritable traité, par 



LA CON.SiniCTION DtS NAVlUES DE FEU. 201 

l<'(jii(,'l ceux-ci s'engagent à ne pas limiter le 
nombre des ouvriers employés dans les chan- 
tiers, et à ne pas exiger leur affiliation à la 
société, pourvu <pie les nouveaux venus aient 
rempli les conditions ordinaires de l'appren- 
tissage. 

En 1830, la plupart des maîtres se liguent 
pour résister à VUn'wn des shipwrighls. «pii 
n'avait pas fait avec eux un semlilalde traité, 
(!t voulait, au contraire, les obliger à n'em- 
ployer i[\u\ des ouvriers inscrits sur ses rôles. 
Les maîtres l'emportent pour le moment : mais 
plus tard, en 18o7, l'intervention de cette 
société dans tous leurs rapports avec leurs ou- 
vriers est formellement reconnue par eux. 
C'est à elle qu'ils s'adressent pour se procurer 
des travailleurs ; c'est à elle qu'ils se plaignent 
lorsqu'ils n'arrivent pas assez vite. Souvent, 
en eflct, elle iiiel à leiii' en loniMiir une len- 
teur calculée, esp(''i'aiil l'aire mouler les sa- 
lair(!S par la rareb'' de la main- 1 (eiivre; les 
maîlreslui re|>r(''seiile!il aloi's (jue ce pi-oei'ili' 
n'aura d'autre elli;t ({ue d(; diminuer le (ia\ail 
di' leurs cliaidiers. D'anli'es l'ois les l nio;is 



•202 l.i;s ASSOCIA IKiN.-? ni VUlt.nhS KN ANCI.K'I Kl.l'.l-;. 
Oxif^rlil le |(||\(»i (i llli miim'k 1' ijnj ;i |■(Tll^")é 

(rniliTi' (l.iiis la s(ici('|('', et J (iMiciiiiri!! jd'cs- 

<|ll(' luIljollI'S. 

(VI ("liil (le choses (liii'e jiis([ir('i! INOO. 
l/iiii|>i'ii<!cn(Li (les Unions amène alors une 
crise (|iii leur est fatale. A celte (''poqui-. liii- 
(liisli'ie ('-(ail dans nn(; de ces silnalions d('[>ln- 
rablcs on les niaiU-es, loin d avoii- à redoiiler 
nue {^T(jve, en arrivent parfois à la désirer, et 
profitent avec empressement d'nne (l(.'m;nide 
inopportune de lenrs ouvriers pour cesser des 
travaux qu'ils ne continueraient qu'avec perte. 
C'est ce qui arjûva; les ouvriers réclamèrent 
une réduction des heures de travail sans di- 
minulioji correspondante de leurs salaires. 
Dans une conférence avec les représentants 
des diverses Unions, les maîtres leur proposent 
de travailler trois heures de moins par se- 
maine (57 au lieu de 60), pourvu (pi'ils con- 
sentent à déduire du prix de la journée l'équi- 
valent de cette diminution. On ne peut s'en- 
tendre, et quelques ouvriers se mettent en 
grève. Aussitôt tous les constructeurs, sauf 
trois, se coalisent, forment en quel([ucs jours 



LA CONSTRUCTION DES NAMliLb DE ILU. 203 

une puissante Union, sons le n(jni iV Asso- 
ciation des conslruclcurs de la Clyde, et fer- 
ment tous leurs chantiers, annonçant qu'ils ne 
les ouvriront que lorsque les deniaudrs auront 
été retirées. Ce loch oui priva d'ouvrage [)en- 
dant plusieurs mois dix-huit mille ouvriers, 
et leur imposa de grandes soulFrances. Ils 
finirent par se soumettre, et depuis lors, mal- 
gré des grèves partielles, ils n'ont pu tenir 
tête à V Association des constructeurs. Celle-ci 
est plus fortement constitui'e que tout ce <pie 
nous avons encore vu dans ce genre, et les 
règlements y sont aussi sévères que dans 
les Unions d'ouvriers. Elle compte trente-cinq 
souscripteurs; chacun s'est engagé par des 
billets à vue à payer à la caisse, aussitôt qu'il 
en sera requis, 4 livres sterling ou 1 00 fr. , [)ar 
chaque ouvrier em[)loyé dans ses chantiers. 
Ces engagemeiils lui assiii'cul une l't'sci'vc de 
100000 livres sterling, ou 2 millions et deuii. 
Un associé ne [»eut ciilcvcir à un autre ses 
apprentis sans son consentemeul. l'^ufin, par 
une grave aliénation de son indépendance, il 
ne peut, en tenq)S de grève, l'aire travailler 



2Q^ Li:s ASSOCIATIONS oivi;ii;i;i;s i;n anci.ktkhre. 

(IjIIIS SCS cll.'llll U'I'S (|l|r -itll> le IkiH |)l,ii-i|- dr 1,1 
limj()l"il('' (les (IclIX licl'S (les Iliciiiltrcs (le II 

S()('i(''l('', (;t, sur I (ii'<ln' (|ii elle lui duiinr. il est 
<»l)li^(') (le roii^V'iTK'i' Ion! on pailicdcs hijninujs 

(|U il L'Ill|)l()i(3. 

Parfois les cniiiirs son! fiiilcs, non |i;ir <\ii<, 
shipwrvjhts s|K'ci;Mi.\ on d-nicicns (»n\iici's en 
]»ois, mnis pm' i\r> lioininc^ i''lr\(''-> d;ni^ l iii- 
(Inslrir dn icr, «st j>ai'liculiùi'ijjn('iil des l'ahii- 
cauts de chaudières de bateaux à va|irnr: 
CCS pièces, eu efTel, jointes par des rivets, se 
cousiruiseut aljsolumeut de la uième manière 
(ju'uu uavire de fer. Ces ouvriers forment une 
classe à part, et il existe parmi eux une puis- 
sante Union, fondée en 1 83 i, et qui ne compte 
pas moins de 7000 membres ; subdivisée on 
branches nombreuses, son centre est à Liver- 
pool. Malgré ses ressources, les grèves fré- 
quentes qu'elle a eu à soutenir ont été rare- 
ment heureuses. En 1862, ses membres, crai- 
gnant la concurrence des shipicnghls, refusè- 
rent de travailler avec eux, de peur de les 
initier à l'art des constructions de fer. Ils se 
mirent en grève, d'abord à IV.rsenal royal de 



LA CONSir.LCriON DES MAVllir.S 1)K l-F.r.. 205 

C.îialhaiii, et, Jnciitot aprùs, dans les chaiitiLTs 
'11) M. Wigrani sur la Tamise, mais finirent 
].ar céder, après une assez lonii^ue résistance. 
Un certain nondu'e d'entre enx, d(;nx mille 
environ, se trouvèrent anssi involontairement 
compromis dans les (juerelles qui curent lien 
à Greenock en 1806, et privés d'ouvrag(3 par 
Li clôture des chantiers de laClyde. Quoiqne 
lenr Union eût été opposée aux demandes (|ni 
ju'ovocpn'n'ent cette mesure, elle ent à en sdnl- 
lï'ir; car elle ne pouvait refnser de secourir 
des membres qui se trouvai(;iit privés d'ou- 
vrage par une dissension à Ja(!Helle ils étaient 
étrangers, et leur entretien coûta 2000 livres 
sterling (HO 000 fr.). Il n'en fut pas de mémo 
à Liverpooi, on le comité local, ayant d(''cidé 
uiic grève malgré l'avis de l'autorité cen- 
trale, ne recnt <1(! celloci amiiii appui. 

Par ses statuts primitils, cette société ol- 
frait à ses m('nd)r(îs toutcîs sortes (Tavanlages 
,^;oiis l'orme de secoiu's mutuels; et, (pioiipn^ 
les grèves ne figurent d;uis ses budgets (jue 
]>()ur nue somme rrlativcnuMit \)vu inijtoi'- 
tanli;, la coutril,>ulion annuelle de 2. livres 



'2(JG LIS ASSUI.U'IlO.Nh) OLVlllflIlKS EN A-NOLElKlMlK. 

stcil. S '' (00 l'raii(;s), (|ni r-iliiiM'iitc;, (!sl «'-vi- 
«Iciiiiiii'iil iiisnl'lis.iiilc jioii)' Mil)\( iiii' à ses di'*- 
pciisus (1). Aussi, sur lii soimiir ili' .'j.'JiMMI 
livres stcrl. (1 DT.'JOOO fr.) (luCllt; ;i luiirlit-c 
cil six ans, iicliiircslc-l-il ([iio lOnOlivrcsslcrl. 
(2;)0001ï'.) [xtiir loiid; iV-sctnc : si ulli; ('-tail 
liée d'imo iiiaiiièn; al)>ii|ii(' jiar ses statuts, 
elle sérail à la veille d'une l>;iii(|nei'nnl(' in<'- 
vilahle. Mais, foiidée avanl loul ponr venir 
en aide à ceux de ses mend)res ([iii sont sajis 
ouvraf^e, elle a toujours subordonné à ses 
ressources le cliifTre des autres secours «{u'elle 
leur accorde, ou des souscriptions qu'elle im- 
pose. Ainsi, au nioiiieut de la crise indus- \ 
trielle, elle a porté les cotisations de 3'' G' ù 

(1) lillcs se ilccoiniJOscnl ainsi, ^lour une pcriodo de six 
années : 

Livres st. Ki.u., ?. 

Secours aux nmladcs 18 l.'iô = ^53 725 

Enterrements 4213 = 105 325 

Frais de médecins 5 052 = 12G 300 

Indemnité aux ouvriers à la 

recherche d'une place. . . . 15 698 = 392 450 

Retraite des vieillards 1110= 27 775 

Secours aux infirmes, à 5 shil- 

lings(6fr.25c.)parsemainc 1391 = 34 775 

Dépenses pour les grèves. ... 6 000 = 150 000 



[,A co>;sTrar,TioN dks navires de fer. 207 

4*'' (de A h'. .37 c. à .'] fr.) par mois, et réduit 
de r'' 8' (2 fr. 7 c.) h 1'' (1 fr. 25 c.) par jour 
l'allocation allribiiéc aux ouvriers sans tra- 
vail. 

Ce chiffre suffit à montrer combien l'indus- 
trie des coiistructions navales souffre anjoiu^- 
d'hui en Angleterre. C'est un point sur lecpiel 
maîtres et ouvriers sont d'accord. Depuis la fin 
de la guerre civile des Etats-Unis, en 1805, 
personne ne veut plus des fameux Blockade- 
runners, qui firent un moment la fortuntî de 
Greenock; et les chantiers de la Tamise, com- 
jyromis par les spéculations effrénées de la 
célèbre maison (jverend & Gurney, entraînés, 
comme tant d'autres entreprises, par la funoste 
confiance qu'inspirait ce grand nom, ont «Hé 
ruinés par la catastrophe au milieu de lacfuelle 
(die a sombré. M. Samuda, (pii s'est vu lui- 
même "dans la nécessité de réduire le nombre 
de ses ouvriers d(; 20(10 à 200, aflirnie ipie, 
de tous l(îs chantiers «jui existaient avant 
1S;)1, le sien est le seul qui n'ait ])as fait 
faillite, l^^ufin, chose reniar((uable à uoler eu 
passant, les construclem's anglais recuuuais- 



20H I,F.S ASSOCIATIONS Ol:VIUI.li^.^ KN AM.IKTI.I.I'.K 

Seul (jllc l;i l'V.IIlcc Ilicll.'icc >\r h'iir r|||i'Vc|' |t' 

iii;iit||('' ('■Ir.iiincr, cl i|iii' s;i coik iiri'i'int' aiip^- 
jiiciilc ciMMiT Inii's (lirii('iill(''S. 

Diiiis iiiic [ciM'ilIc ^ilii.iliuii, Ic< r/'ci'iiiiiiia- 
I ions (Il 'S flnix i.ai'lirs (levaient être cgahinienl 
r<»ii(l('M's : crllrs (les iiiaiti'cs. j'eproflia'it aux 
Unions (le r(''clani('i' im accroissiMucnt <i<' sa- 
laires, <|n ils ne pouvaient leur accorder sans se 
ruiner, ni leur refuser sans essuyer luie ^^rève 
désastreuse; celles des ouvriers, se [)laiî2;naiit 
avec autant de raison d'être nigins bien payj'-s 
aujourd'hui (pi'il y a trente ans. En efïet, dans 
les chantiers, le prix de la main-d'œuvre s'est 
encore moins accru que dans les houillères, 
et, grâce à la dépréciati(jn des espèces, l'ou- 
vrier ne peut, avec ce (pi 'on lui paye pour 
une semaine ordinaire, acheter la m»' aie 
quantité de viande, de pain, de charbon 
qu'autrefois. A Londres, il gagne plus ipi'à 
Greenock, mais tout lui coûte plus cher; et 
là même où l'élévation du salaire est en appa- 
rence la plus considérable, elle se trouve eu 
réalité plus que compensée par d'autres cii^- 
constances : ainsi un poseiu' dv rivets gagnait à 



LA CONSTRUCTION DES NAVIRES DE FER. 209 

Ivivorpool, il y a qii'uize ans, 24sliillings(30fr.) 
par semaine, il en gagne 28 (3;i fr.) mainte- 
jiant ; mais alors, dans le même temps, il n'en 
posait qu'environ 700, tandis qu'aujourd'hui il 
en pose un millier. Les ouvriers ne peuvent 
attendre l'amélioration de leur sort que d'une 
reprise industrielle, 

i--l ■'-• II. — LES MACHINES. • *'^' 

r - 

Nous ne pouvons terminer la série des in- 
dustries qui travaillent le fer sans dire un mot 
de cell(! des machines, en réunissant ici tous 
les renseignements recueillis sur ce sujet par 
la Commission et dispersés au milieu des dix 
v( dûmes de documents qu'elle a publiés. Instru- 
nuMit fécond de la prospérité de notre époque, 
l'industrie des machines, qui alimente toutes 
l(;s autres de ses produits, peut se diviser en 
quatre branches : la rabi'ic.iliftn <\('>^ bateaux 
à vap(nir, des ioeoniolives, des admirables 
iiiécanisiiics (|ni l'oiil la [Miissancc de nos iiia- 

iMil.K hiivs, et enlin de ces outils, eiicoi'e pins 

43. 



210 I.F.S ASSOCIATIONS 01 Vlilf:itl> KN ANCLETKI'.HE. 

|i;iiT;nls r| plus iiiri'vcil|cii\. sans |rs(jiir|s on 
ne [lonrrail cunsli'niiT les ;nili'('s. 

l'.ii'ini les |iiin«ij»an\' crnlrcs «le n-llc 
fii'andc iihlnslric, Maiiclicsfci' rst le scnl dont 
la ( .o.iiniission se snil (i((ii|)(''('. Un \' tii>M\<* 
les Allas Wor/iS, <|ni aclirxrnl aiuinr-llt'inrnl 
(le (|iiali'('-vin<4ls à ccnl Idcdniotivcs, et l'iiii- 
portaritc usine de Beyer & Peacock, consacrée 
aux inrijies travaux; r(Hal)lisserneiit tli- W liil- 
worth & C^ célèbre non-seulement |>ai' ses 
canons d'acier fondu, mais pins encore par 
la précision de ses instruments pour travailler 
le fer à froid; et enfin les forges de Bridgwa- 
ter, fondées par M. Nasmyth, l'un des plus 
ingénieux inventeurs de notre époque. 

Les ouvriers employés dans ces fabriques 
se divisent, comme les autres, en artisans, 
pour prendre le terme anglais qui désigne les 
hommes expérimentés dans leur profession, et 
en journaliers, qui sont censés ne pouvoir faire 
que les travaux de force. Les premiers, obligés 
à cinq ans d'apprentissage, tiennent beaucoup, 
comme ceux de l'industrie des bâtiments, au 
maintien de cet usage asservissant. Ils voient 



LES MACHINES, 211 

dans le monopole qu'il leur assure une ga- 
rantie contre raccroissement de leur nombre 
et l'abaissement de leurs salaires, et un 
droit acquis, une sorte de propriété, qu'ils 
ne veulent pas, disent-ils, partager avec des 
intrus. 

Certains ouvra f^es, comme la surveillance 
des machines dites automates, dont la pro- 
duction ne peut varier, sont payés à la jour- 
née. Ailleurs les ouvriers sont à la tache. 
Enfin, de même que dans les constructions 
navales, il arrive souvent qu'nn travail con- 
sidérable, comme le montage d'une locomo- 
tive, est pris à l'entreprise par un seul homme, 
fpii s'adjoint ensuite des travailleurs payés à 
la journée. Mais, dans ce cas, l'Union exige 
que ces dernicirs soient tous admis à partager 
les bénéfices proportionnellciiicnl à leurs sa- 
laires. Cependant cllr n'est pas en gém'Tal 
favorable an payemenl à la tâche; et nous 
retrouvons ici, de l;i j>;i?'l <]i'^ (uiNi'ici's. |(s 
mêmes objections à ce système que pjii'iiii les 
maçons et les menuisiers. Ils craigiiml (pi'il 
n'en résulte entre eux une concurrence lu- 



212 I.F.S ASSOCIATIONS OCVnif-.nF.S F.N ANni.ETF.Rr.P.. 

nostc.'iii l.iiix (les s.il.iii'cs. cl ils .illiriiit'iil i[iH' 
le liMN.iil ;iiiisi n'iriliiii'' nVsl j.iiiials aussi liiru 
lail (jiic (•(îliii (les (iii\ lici's |)ay(''S à la jiiiirin''('. 
(1 c^l un jxiiiit siii' l('i|iicl ils r<'\ iciiiiciit coii- 
slaiiiiuciil dans Irui's (It'-liaU a\ fc lus luaîtrcis. 
Avaiil l<S.")i, les iiif'caniriciis possinlaient 
(li'jà (1(!S lJiiir)iis assez lll»llll»l•<'ll-^l's: mais l'Ilcs 
<''t;iiciil (nul à l'ail iii(l('|»i'ii<laiilfs les nues (k'S 
autres, et, (|nol([ii'ellesciienl eu souvent à sou- 
tenir des grèves partielles, une entre autres 
assez considérable, à Manchester, en 1837, 
ces luttes avaient toujours eu un caractère' 
essentiellement local. En 1851, au contraire, 
toutes ces sociétés se fondent en une seule, qui 
réunit dans son sein presque tous les ouvriers 
de cette profession : c'est la Société des méca- 
niciens unis, dont nous avons déjà longue- 
ment parlé et expliqué l'organisation, la plu!= 
puissante peut-être de toutes les Unions an- 
glaises. Ses adversaires mêmes ont toujours 
rendu justice à sa modération : les luttes 
qu'elle a soutenues contre eux n'ont rir mar- 
quées par aucune violence, malgré l'impor- 
tance des questions qui en étaient l'objet et 



Li:s MACHINES. 213 

lo>: privations (jiic les ^l'èves imposèrent aux 
ouvriers. Ces grèves ont d'ailleurs été fort 
rares : la plus grave éclata en décembre 1851 , 
peu de mois seulement après la formation de 
la société. 

Le système de l'apprentissage en fut l'oc- 
casion ; l'introduction de nouvelles machines 
modifiant les conditions de la production et du 
travail, la cause véritable. De fréquentes grè- 
ves partielles avaient singulièrement stimulé 
le génie inventif de quelques-uns des grands 
industriels. Fatigués d'avoir toujours à lutter 
contre un corps d'artisans d'autant plus exi- 
geant que, grâce à ses connaissances spé- 
ciales, il se croyait indispensable, ils cherchè- 
rent des machines qui pussent faire le même 
travail (j[ue ces habiles ouvriers, et dont 
la surveillance s'apprit en quelques jours. 
Tout le monde connaîl aujourd'hui ces instru- 
iiKMits (pii percent dans le fer des Irons ronds, 
carrés, elliptiques, coni(pies, ([iii le rabotent, 
y taillent des courbes, le scient, le plient, et 
enliu le tournent en copiant av(^e une fidélité 
nK'i'vcillruse les modèles U's plus variés. Uu 



2\S M:S associations OUVnit:i;ES KN ANOLKTKI'.nR. 

('IlL'IllI Jd'lll rii coliilllii'c jilll <iciirs : lllir Iil.'l- 

iii\('ll(' |)()uss('(' cil ;i\,iiil 1)11 en .ii'i'iùrc' , 
(jnclqncs ^(iiiflcs d'Iinili' jrir-cs à projios, 
soiil joui ce (jnil laiil j);iiir (jiic riiiilialivc 
liiiiiiaiiic <l()iiiii' la vie à fcs (>ln''issaiils scrvi- 
lL'iirs.l\îrsoiiii(; |i('iil-rli'(' n'a plus nueM.iN'as- 
Miylh C()nli'il)U('' à celle t'Iniinaulc l'cvolulinu. 
Siniplo ouvrici' dalKir.l, il cnunucuca à s.- 
faire reiiiai'(|ucr par des inventions à la Ko- 
binson Crusoé, ainsi qu'il le dit lui-mcjue, 
et il montre encore avec orgueil, comme Tori- 
gine première de sa grande fortune,, un petit 
fourneau qu'il construisit autrefois pour cuire 
son dîner, et grâce auquel il économis.iit 
3 shillings (3 fr. 7o c.) sur les (juinze qu'il 
recevait pour le salaire de sa semaine. Au 
moyen de ses machines perfectionnées, il 
s'affranchit de l'obligation de n'employer que 
des mécaniciens de profession : il ne fit plus 
de contrat d'apprentissage, et mit ses magni- 
fiques automates entre les mains de qui- 
conque était assez intelligent i>our les diriger. 
11 s'attaquait par là à un préjugé très-fort 
et à des habitu<les profondément invétérées. 



LES MAClil.NES. 215 

Mais il est irapus.siblo de ne pas rccoiinaitrc 
qu'il coRiballait pour un princi[>c aussi juste 
et vrai ([ue fécond. Va\ eilet, l'extrême divi- 
sion du travail, (lui est souvent une consé- 
quence nécessaire du système de l'industrie 
moderne, serait funeste aux progrès intellec- 
tuels de notre é[)0(pie, si elle se cond)inait 
avec les vieilles traditions (pii confinaient nn 
homme, ou même une famille, pendant bien 
des générations, dans une seule spécialité. La 
machine, en dimiiuiant le travail de l'ou- 
vrier, en dispensant de plus en plus ses mains 
(1(* ce long a[)prentissag'e ifui leur donnait 
une adresse particulière pour td on tel genre 
d'ouvrage, l'alTrancliit des limites étroites où 
ces ([ualités corporell(3S, péniblement acquises, 
l'enfermaient forcément, et doit étendre de 
plus en plus le champ varié où il peut exercer 
sou intelligence. L'exemple des Etats-Unis 
prouve ([Ui', loin d'cnli'av'cn' li' d(''\elopp(j- 
m(;nt industriel d'un [teiqde, cette mobilité 
augmente ses aptitndes. Au lieu de macliines 
vivantes, elle fait <les hommes, cl [ii'c'jtare 
ces hommes à èlre des citoyens, lui abais- 



•2Hi i.Ks ASSOCIAI IONS (M vi;ii.i;i> i;n AM;i.i.ii.i;i;i. 

.s.'iiil (1rs li.ii'i'ici'i's iiiiitili's cl Mir,iiiii('("<. dli' 
oiiMf une j)liis v;i>lr cai'i'ir'iT à I inili;ili\ c rt 
à I ('iicri^ii' iiiilix 'kIik'Hc. I,;i vie de rillu^tic 
.\l>i aliaiii IjikoIii ( ii (■>! wiir [UfiiM' Ir.iji- 
|i;iiil(' : II' l)ù(licniii <li' riHiiiois iiCsl ai-i'iv('' 
au raiilciiil jiri'^iilcnrn'I , (pril .•! si iioMciiiçiil 
(McinK'. i|ii ;ij»i'i's ;i\(»ir cssay/- de l»icii <\r< n\r- 
liers et cxciré l('s proIVssioiis Irs plus diverses. 
Si son and)ili()ii s'étail Ix'iwk-c à s'élever dans 
une spécialit('', iln'aiiiMil pas quitté la liaclie 
]>onr d(;venir lour à Imii' halelier, avoeaf, 
uliieier de volontaires, niaitre de poste, légis- 
lateur, eliel' de [larli, et ciiiln magistrat su- 
prême d'un peuple libre, sup[déant par l:s 
études de l'âge mur, au milieu d'une vie snns 
cesse occupée, à l'éducation (pii lui avait man- 
({ué dans son enfance : et l'histoire aurait un 
nom de moins à inscrire sur la page, si peu 
remplie, où elle conserve ceux des bous et 
grands citoyens. 

?Jais ces machines qui affranchissent l'ou- 
vrier de la partie la plus rude de s<»n lalieur 
peuvent, par moments, lui faire un tort (pi'il 
ressent très-vivemeut. Le travail d? ses l)ras 



LES MACniNES. 217 



lui appartient; celui de la machine ne lui ap- 
partient pas : si donc le premier est en partie 
remplacé par le second, c'est souvent une 
perte sèche pour lui. Tant qu'il en sera ainsi, 
tant qu'il ne sera pas appelé d'une manière 
quelconque à prendre une part des bénéfices 
assurés par la machine, il sera natur(îllement 
tenté de s'opposer au dévelojq)ement de sa 
puissance et de son usage, et croira protéger 
de cette manière ses intérêts et son gagne- 
pain. Nous avons vu que les artisans des forges 
avaient au contraire singulièrement profité du 
perfectionnement des marteaux et des lami- 
noirs, parce qu'ils étaient payés à la tâche, et 
que les tarifs de leurs salaires et les prix du 
fer fabriqué n'avaient pas changé. Mais il 
n'en a pas été de même dans 1 hidustrie des 
constructeurs de machines, qui, en adoptant 
les instruments autonuites, renoncèrent au 
système du payement à la làcli(% maintenu 
jus(pi'alors pour tous l(3s tra\ aux exigeant de 
l'adresse manuell(! : les ouvriers, qui avaient 
eu auparavant l'imprudence de le combattre, 
ne pui'ciit cette fois en récl.iincr le bénéfice. 

13 



218 I.KS ASSOCIATIONS (M'M'.lf-.ltKS KN AMil KTKKHK. 

Les lioiiiiiKis (•liai';^(''s (le rii;iiii<'r CCS iiiarliiiics, 
([ni r.ii^aicnl cliaciinr ['dini-a-jc «le ciii(| mj 
SL\ ailisaiis, l'iicciil j)ayi''S à la i<>iiriit''i'. cl 
]\I. IN'asiiiylli r(''(luisil iiahircllcriiciit iM-aiicmiji 
le iiuiiil)i'(^ (le SCS oii\i-icrs. iliciili'il mciiic (l<; 
iiuiivcaiix jicri'cctioiiiHiiiriih lui | miiircii! 
(le coiiiicr à un seul Iiomiiik! la snrvcill.incc de 
deux, trois, quatre et iiièiue <in<( un -ix unlils 
mécaniques : il y trouva l'occasidu de dimi- 
nuer de nouveau son personnel, et mit autant 
de machines que faire ?e pouvait entre les 
mains d'un seul individu, en lui assurant seu- 
lement pour chacune un accroissement de s.i- 
laire d'un slïiHirij:^^ par semaine. « Ce n'était 
» certes pas, dit-il lui-même, un juste éipii- 
» valent du prutit que je tirais de lui. Four 
» une machine, je lui donnais 16 shillings 
o (20 fr.) par semaine et 21 shillings (20 fr. 
») 25 c.) pour six machines. Ces 5 shillings 
» (G fr'. 25 c.) supplémentaires me re[iréseii- 
» taientô livres sterhng (1 50 fr.) d'économie, 
w J'étais très-chiche en ne lui donnant que 
^) 2 {shillings (26 fr. 25 c.), mais j'aurais pu le 
» gâter en lui en donnant plus tout de suite 



LES iMACHliNES. 219 

» Un salaire extraordinaire donné à un honiine 
» aurait fait monter le taux de tous ceux de 
» l'établissement.... D'ailleurs l'homme était 
» satisfait. J'étais le maître, il était l'ouvrier, 
» et cet arrangement nous convenait à tous 
» deux. » Mais les parts de bénéfice qui jus- 
(ju'alors avaient été attribuées à la main- 
d'œuvre, se trouvaient par là singulièrement 
diminuées, et il était facile de prévoir que les 
ouvriers, privés d'ouvrage, sans compensali<»n 
aucune, par ce système, y feraient une op- 
position énergique. 

Dès 1851, plusieurs manufactures du dis- 
trict de Manchester avaient suivi rexcnq)le 
de M. Nasmyth. Mais les artisans exercés 
n'en conservaient pas moins uu certain nom- 
bre de travaux pour lesquels leur adresse 
était indispensaJde. La prospérité des allaircs 
h'ur permettait de se montrer exigeants; la 
Société des mécaniciens unis leur dm niait 
un(î force nouvelle qu'ils avaient hâte d es- 
sayer. Ils demandèrent à MM. Phitt, d'Old- 
liain, l'adoption du programme. suivaul : Aban- 
don du payement à la tâche pour les ouvrages 



220 I.KS ASSO.IVTIONN Cti:vlllKl;K'i F.N AN(,I.KI H'.nK. 

<lf' It'iir' [ii-dlfs^ioii, |);i\(iiirii! dmiMc (\c<. heu- 
res r\lr;i(ii'(liii;iii'('s ; iii.iiiirinciit «les iinii- 
vcllcs iiiacliiiics i'(''sci'V('' ('\(|iisivi'iii<'iil aux 
artis.'iiis cl aux a|i|in'iilis (irmiciit c/ifjj.'i^és j»,-ir 
coiifi'.il. <!('S l'ahcicaiils. (jni [Ktv^rdriit une 
(les j>liis ^i-aiidcs usines de l'Aiif^h.'terre, réin- 
sèrent et l'éclanièrL'iit l'apjmi des aiifi'es in- 
dustriels, Conx-ci proiioiieèi'cnt anssilùt un 
lor/i oui eoidre tous leurs mécaniciens, et dv- 
clarùrcnt qu'ils ne les reprendraient «pie Iurs- 
([ue ceux de MM. Platt auraient retin'' leurs 
demandes : ils exigeaient eu outre d'eux une 
renonciation formelle à l'Union. Trois mille 
mécaniciens se trouvèrent ainsi sans travail, 
et leur chômage entraîna celui d'un nombre 
de journaliers double ou triple. Les premiers 
furent soutenus par les fonds de leur société, 
qui comptait dans le reste de l'Angleterre plus 
de 9000 membres occupés, et les seconds 
furent charitablement aidés par de fréquents 
secours puisés dans la même caisse. Mais, au 
bout de trois mois, un million se trouva dé- 
pensé, et il fallut céder. Un certain nombre 
de mécaniciens émigrèrent plutôt que de re- 



LES MACHINES. 22 ( 

iioncer à l'Union, et allèrent fonder ntio snc- 
cursale à Sydney, en Australie. Les antres 
se soumirent, et, au nombre de 2000 envi- 
ron, quittèrent l'Union. Mais elle se releva 
bientôt : des cotisations extraordinaires réta- 
blirent l'équilibre de ses finances; le nombre 
de ses membres s'accrut rapidement ; les 
maîtres n'existèrent plus de leurs ouvriers la 
•renonciation qu'ils leur avaient d'abord im- 
posée; ceux-ci rentrèrent en masse dans son 
sein, et, peu d'années après son échec, elle 
était plus forte que jamais. Elle devint aussi 
plus circonspecte : les seules grèves qu'elle ait 
soutenues ont eu lieu en 18^5, en 1866, et 
en 1868. 

La première, dirigée contre les Allas Works, 
(|ui enq)loyaient trop d'enfants au gré de 
l'Union, fut courte, peu inqjorlante, et remar- 
(piable seulement ])<ir la publication réci- 
proque de black lisls. La manufacture com- 
mença par désign(3r aux autres établissements 
les noms des onviiers en f^rève auxipiels on 
devait partout rf-fiiser de l'onvrag'e. Ceux-ci 
i'é[>ondirent en piihliant de même les noms de 



222 LKS ASSOCIATIONS OtVKlKRES EN ANGI.Ll KI'.RE. 

Iriii's r,iiii;ir;i<l('s (|iii n .iN.iiciîl pas vtiiilii s as- 
socier ;'i eux «l.iiis la liillc, cl a\rr |i;s(|in'|.-; 
les iiiciiihi'cs (le la sdcn'-li- i|i'\ an-iit s iiilfcdiic 
«lu tl'.-i\ aillri'. 

Eli mars |S(1(), les l'ormM'uiis di- MM. Iicycr 
& Pcaciick .s(! iiiirciil cji ti;r«"'V(î |>oiir (j|)l( iiir 
le renvoi d'im lumvran foreman, .M. S. Ilail, 
contre leqm;! ils avainil «les préventions plus 
on moins jnstifiécs. Un certain nombre d'entr<î 
eux appartenaient à la Société des mécani- 
ciens unis, niais unionistes et non-unionistes 
Hf^'inMit de concert, sans que l'association 
intervînt en rien dans cette affaire. Les pro- 
})riétaires de l'usine firent venir d'autres ou- 
vriers, et, ne pouvant leur donner des lop^e- 
ments dans les environs, à cause de Ihostilité 
des ha])itauts du voisinage, ils les firent vivre 
dans rétablissement même, où les travaux 
interrompus reprirent aussitôt. Les anciens 
travailleurs, considérant alors la prolongation 
de la grève comme inutile, demandèrent à 
traiter : ceux d'entre eux dont les places 
étaient demeurées vacantes allaient rentrer 
poui' les occuper, en renonçant à leurs pré- 



LES MACHINES. 

tentions, lorsqu'il s(3 ii'onva que cet arran- 
gement n'assurait l'admission que de neuf 
iniionistos. Le secrétaire de la Société des mé- 
caniciens unis, arrivé sur ces entrefaites, 
[xTsiiada alors aux ouvriers de revenir sur 
leur décision et de persister d(Uis leurs de- 
mandes jusqu'à ce que tous fussent également 
admis. Les propriétaires leur répondirent 
par un lock oui; mais au bout de dix jours, 
ils se décidèrent à céder et à les recevoir en 
masse, en congédiant à la fois les nouveaux 
venus et le foreman qui avait (Hé l'occasion 
première de la querelle. 

En 1868, les mécaniciens de Blackburn, 
dans le Lancasliire, résistaient à une réduc- 
tior», et la lutt(» durait encore à l'époque où 
siégea la Connnission. Le récit d(;s grèves 
partielhîs qui ont eu lieu dans tclh- ou telle 
braîiclic! spéciale, entre 1861 et 18('»(S, u'a- 
jouterait rien à ce que les faits rapportés plus 
haut nous ont apjH'is sur la classe intelligente 
et l'ésoliKî des nié(;ani<i(;ns, sur leur situation 
acluelle, leurs idées (îI Icui's vues d'avenir. 



niAPiTiu: v!iî 



INI)i:S I IlILS DlYKl'.SIiS 



Le clianip ouvert d(3vant la Commission 
était immense; il lui fallut restreindre ses 
recherches, et, arrivée au point où nous en 
sommes, les borner à quelques industries qui 
se recommandaient à son étude par la forte 
organisation des associations formées parmi 
leurs ouvriers, plutôt que par l'importance des 
grèves dont elles ont eu à souffrir. En effet, 
comme on a déjà pu le voir, l'importance 
des grèves n'est nullement proportionnée à la 
puissance des Unions, et la Commission, n'ou- 
bliant pas que sa tâche était, non de recueillir 
l'histoire des premières, mais d'étudier les 
secondes, a sagement laissé de côté quelques- 



INDUSTRIES DIVERSES. 225 

unes des grèves ([iii ont le plus ému le public 
dans ces derniers temps, parce qu'elles le tou- 
cliaieiit de plus près. 

Telle fut celle des cochers de fiacre, il y a 
une dizaine d'années, dont Paris a eu récem- 
ment une répétition, et celle des conducteurs 
de locomotives du chemin de fer de Brighton, 
en 1805. Ces derniers voulurent obliger la 
Compagnie à renoncer à une échelle de sa- 
laires gradn«'s qui lui permettait de donner, 
à son gré, à un certain nombre d'entre eux, 
une sorte de prime de bonne conduite. Ils 
choisirent, pour se mettre en grève, le jour 
des courses d'Epsom, au moment où des mil- 
liers de voyageurs encombraient la station et 
se disputaient avec ardeur les moindres places. 
Les administrateurs, dûment avertis par eux 
<le ce projet, n'avaient pas cru à sa réalisation; 
mais, malgré leur surprise, ils ne se tinrent 
]>as pour battus : ils mirent sur les locomotives 
tous ceux qui pouvaient tant bien que mal les 
manier, montèrent à côté d'eux poiu' les di- 
riger, et firent si bien, que leur cmb.u'i'as ino- 
nieiitané disjtarut au milieu du désordre ipii 



13. 



22fi l-KS ASSOCIATIONS OlYlWf.Hr.S EN ANr.l.r.TKRP.F. 

es! l'ijinlrs .illilKiils Iradilidiiijt'ls, et, |»<ii!i' liicii 
(1rs ;^<'||S, le cli.iniH' |)rill(i|i;il (Iccclir Joiii'ih''»» 

limidlliiriisc. \j' l.iiir lui i nui ii tenu ( ly. 

I.;i (IrmiinissioFi .1 IriiniiK'' sos tr;i\;iiix rii 
C0lis;iri';iiil (|ii('l([iirs S('';iiic<'S aux l.iilliiirs de 
I.MiidrfS, aux vcn'icrs «le lîii'iniiiLiliaiii •■! aux 
iinpi'irru'iifs di' Londres. iNoiis ajfiiilcrnijs. aux 
l'onsoignciiiriils cpic nous Ironvoiis dans ses 
r.'i]>ports, ({!iel({nes mots sur la class(3 si iiil.'-- 
rossante dt.'s filateiirs de coton. 

1. — LES TAH.I.EUKS. 

Jnsqn'ei! 1S34, les ouvriers tailleurs de 
Londres (''taieni pay(''S à la joiu'ikm'. il sub- 
sistait parmi eux nn reste des anciennes cor- 
porations : c'étaient les Homes ofcalL ou mai- 
sons d'appel. Les ouvriers étaient divisés en 
dix-sept ou dix-huit petites sociétés, compre- 

(1) Uno grève analogue en Amérique interrompit, pendant 
liuit jours entiers, tout le service d'une des principales lignes 
du nouveau monde, le chemin de fer de l'EriA. On peut se figu- 
rer quel trouble une pareille interruption dut apporter dans la 
viede tousl(,sli;il)il;uits du pays iriivcrst' par ce chemin de fer. 



INDUSTRIES DIVERSES. 227 

liant chacune de 100 à 800 membres, et ayant 
l(3ur siège dans quelque cabaret. Tous ceux 
d'entre eux qui étaient sans ouvrage devaient 
s'y réimir cha([ue soir pour répondre à un 
appel nominal: lorsqu'un patron voulait en- 
gager quel({ues hommes, il s'adressait à ce 
cabaret, et on lui fournissait les premiers 
inscrits sur la liste. 

Mais de véritables Unions se formèrent dès 
1832. En 1834, elles demandèrent une aug- 
mentation d'un shilling (1 fr. 25 c), et une 
diminution de deux heures de travail par jour, 
ce qni leur aurait assuré 7 shillings (8 l'r. 75c.) 
pour dix heures, au lieu d(; (7 fr. 50 c.) pour 
douze heures. Mais, après plusieurs semaines 
de grève, elles furent vaincues et même ré- 
duites à se dissoudre, entraînant «huis leur 
chute l'institution des maisons d'appel. Hicn- 
tot a}H'ès cependant, les maîtres s'entendirent 
avec les ouvriers ]>our changer J(i système des 
salaires. Us les payèrent désorin.ris à la tàclK», 
(l'aj)rès un tarif appelé log book, (jui (Hait 
établi sur rancienne moyenne de (i shillings 
(7 l'r. 1)0 V.) [)(»iii' uiit' joiu'uér de < In iizc heures. 



22H LKS ASSOCIAIIONS OlVUlf.IlKS F.N ANCI.KI KHRE. 

Vai \Hl}H, l(^s tuilIfMii's clierclKU'ciit de; iioii- 
vc.'iii à s'or^-.'iiiisci', et l'oiHlrrriit deux S(j('i<''l(''s. 
(iciliî des Journaliers tailleurs unis, lut l'oi- 
iiK'c, (((luiiic son nom I iudiijun, parla n'Muiitjii 
de [)lusi('urs assijcialioiis aidi-ricurcs. l^'Asso- 
cialion proleclrice des tailleurs de Londres se 
l'diina le H) novembre 18G."> : elle se déve- 
loppa rtipideniciit. Deux ans api'ès, elle comp- 
tait plus de 7000 niend>res, divisés en dix-sept 
Lranches. Ouoi(]ue organisée essentiellement 
en vue des grèves, elle assurait à ses mem- 
bres un secours en cas de maladie, et une 
somme i)Our leur enterrement. Enfin, elle 
se déclara hautement en faveur du travail à 
la tache. Elle montra bientôt aussi un esprit 
différent de celui de la plupart des Unions, <jui 
concentrent leur influence sur leur industrie 
particulière. Non contente de faire ce qu'elle 
appelle une alliance avec les autres sociétés 
de tailleurs anglais, V Association des tailleurs 
de Londres est entrée dans V Alliance des 
métiers organisés du Uoijaume-Uni, confé- 
dération strictement défensive, destinée à ré- 
sister aux lock out, et qui ne compte cepen- 



INDUSTRIES DIVERSES. 229 

dant dans son sein aucune des grandes so- 
ciétés anglaises ; elle est affiliée • à la Ligue 
inlernaiionale des travailleurs , et enfin elle 
cherche à combiner ses efforts avec ceux des 
tailleurs de Paris, de Berlin et d'Amérique. 
Tout le fruit de ces alliances s'est borné jus- 
qu'à présent à d'insignifiants secours, envoyés, 
à ce qu'il paraît, de Londres à Paris, en 1 807. 
Elles ne sauraient aujourd'hui rendre des ser- 
vices efficaces aux intérêts qu'elles ont pour 
but dé prot(''ger. En eflet, elles se proposent de 
s'entendre avec les travailleurs étrangers à 
l'Angleterre, afin que les patrons en lutte avec 
leurs ouvriers ne puissent les combattre en 
faisant confectionner ailleurs pour opposer 
ainsi l'une à l'autre les mains-d'œuvre des 
différents pays. Mais une pareille combinaison 
ne saurait opposer aux maîtres une eiiti-ave 
sérieuse, tant qu'ils trouveront, sans soj lir (1(î 
l'Angleterre, un certain nombre d'ouvriers 
n'ap])art('nant à aucune société, prêts à ré- 
pondre à leur appel, et qui les dispiîuserout 
de s'adresser à la France ou à l' Allemagne 
pour l'aire exécuter leurs commandes. 



2.10 r.KS ASSOr.lATIONS ()rV!;lf:nKR KN ANni.KTF.RRK. 

l'ji I SfiT), les deux l 'nions (les (ni\ ri« rs t.iil- 
Inii's i'<''cl;niirn'ii( d tthlliifrnt iinr ('-Ii'N aliim 
(In l.nir (les salaii'cs. 'l'i-nis patrons scnlcMKiiit 
la l('i;i' rcrnsri'ciif et fnrcnf fi'a|»|>('s de ^p^v*! : 
ils aj)j)art('iiaii'iit à nii*' l'ninn di- maîtres. 
irceinrnciit forni(''(', «[ni. ()ar' esprit <1r corps, 
crut devoir les sonlcnii'. Onx de ses in<nd»r»'s 
(|ni venaient de s'entendre avec Icnrs ouvriers 
Icnr fermèrent la porte j)oiii' aidiT le'nrs co- 
associés à maintenir des prétentions qn'cnx- 
mêmes n'avaient pas jugées raisonnai )les. 
Mais, an bout de dix jonrs, nue conférence 
entre les deux parties, tenue dans la grande 
salle de S. James's Hall, remania complète- 
ment le tarif et éleva de \l) [)our 100 les 
salaires. 

Cette entente ne fut malheureusement pas de 
longue durée. Une nouvelle querelle s'éleva, 
dès le mois de janvier 18(37, à propos de ce 
tarif: les ouvriers accusaient les maîtres d'y 
avoir dérogé peu à peu, et leur demandaient 
de le rendre uniforme pour toute la ville de 
Londres; les patrons affirmaient, au contraire, 
(jiK^ cette demande ne faisait (pie déguiser un 



INDUSTRIES DlVt'RSES. 231 

nouvel accroissement de salaires. Plusieurs 
conférences tenues entre eux n'ayant pas 
abouti, les ouvriers se réunirent, le 22 avril 
1867, à la salle de l'Alhambra, décidèrent de 
se mettre en grève contre quatre-vingt-lmit 
maisons , et quittèrent leur ouvrage , au 
nombre de près de 3000. Quelques-uns émi- 
grèrent. La plupart, demeurés sur le pavé 
de Londres, organisèrent un service de sen- 
tinelles autour des maisons des patrons, })uiir 
les empêcher de recruter des remplaçants. 
Les maîtres, ainsi mis en interdit, résolurent 
d'employer contre leurs adversaires toutes les 
ressources que; pouvaient lem* fournir les lois 
citées au début de cette étude. Ainsi que 
nous l'avons dit plus haut, non-seulement 
ils poursuivirent <;t firenl justement condam- 
ner, devant le tribunal de police, des ou- 
vriers convaincus d'avoir eni])l()yé les me- 
naces et la violence pour détourner leurs 
camnrades de si; rendre au travail ; mais ils 
alla(|uèr(Mit même le système du pirkcdng 
pacirK|iie, et [Kiin' It; S(;nl l'ait de l'avoir urba- 
nisé, liadiiisirent devant l;i lioiu' criminelle. 



2 2 I-F.S ASSOCIATIONS OUVIÎlf.r.F.S EN AN(.LKTKItl;K. 

comiiKî ('oii[»al)l(;s <1(! coîisjnracy, l<; j»ri'">iili'iit 
lie r.\ss(H-i;ifion des f;iilliMirs de I^oikIi'cs, 
M. hniill, cl (|inîl([uc.s-inis des inriiiiu'çs du 
coiiidi'. Les ;ici'iis(''s ayaiil |»n>iiiis (jiic 1rs soi- 
liiicllcîs scrait'iil IcvtM-s, le id'uccs l'ut diilV'r*'; 
ii/ais l'Unioii rdiisa (l(; r.itdiei' r(;uL;a,ti<'iu('Mt 
([u'ils avaient pris, ot élut d'autres chefs à leur 
place. Les uns et les autres furent al<trs (;it(''s 
devant la Cour, et le jury adopta avec le ju^'e 
l'intei'prétation que les maîtres donnaicnit à 
la loi. La jurisprudence était établie; tout le 
système du picketing, qui jus([u'alors avait été 
pratiqué sans entraves, était frappé par la 
loi : cela suffisait aux maîtres, et, sur leur 
demande, aucune sentence ne fut prononcée 
contre ceux que la justice venait de déclarer 
coupables. L'Union était vaincue, ses fonds 
étaient épuisés, ses membres rabandonnaient 
par milliers, et la grève fut terminée. Les 
chefs de l'Union n'avaient cependant négligé 
aucun moyen de défense : ils avaient même 
cherché à retourner contre leurs adversaires 
les armes dont ceux-ci se servaient pour les 
accabler. Ils découvrirent que MM. Mitchell et 



INDUSTRIES DIVERSES. 233 

IlaiTis avaient adressé aux autres membres 
de rAssociation des maîtres une circulaire, 
})Our leur dénoncer un certain nombre d'ou- 
vriers unionistes, et leur recommander de no 
pas les employer. Aussitôt M. Druitt, assisté 
de l'un des premiers avocats de l'Angleterre, 
Sir John Coleridge, assigna le président et le 
secrétaire de cette association, comme ayant 
à leur tour conspiré pour priver les ouvriers 
ainsi désignés des moyens de gagner leur vie. 
Déboutés de leur plainte, ils crurent, à tort ou 
à raison, que la loi avait deux poids et deux 
mesures; que, par un reste des anciens statuts 
qui consacraient autrefois leur infériorité, ce 
qui leur était défendu était permis aux maî- 
tres ; et ce grief vint s'ajouter à ceux dont ils 
demandent le redressement à la Commission, 
ou plutôt, par son intermédiaire, au Parlement 
et à l'fqtinion publique. 

ÏI. — m:s vekiuers. 

L'industrie de la verrerie, répandue daii> 
toute l'Angleterre, a son centre à Birmingham, 



2:!.'i Li;S ;1SS()(;iAlloNS Ol'VniftRKS RN ANGLF.TKRnR. 

(lÙ elle ne «'niillilc p.'lS mo'in^ 'Ir Nlll'.i l-<l<'UX 

rtîihlisscMK'iils. On s.iil ([u clh; a lirsoin d un- 
vi'irrs ii.U'Iirnlirii'nicnl adroils et rx('rct''s. Ils 
travaillcnl dans les atclids par p'oiijxîs «It; 
quatre, aj)jn'l(''s chaises, au cliarnn a]»|tarti('nt 
à une classe particulière, pass;uit de 1 uniî dans 
Taulre successivement, selon son de^^ré d'ha- 
bileté. Un rude labeur l<^nr est iiii[iosé: du 
Inndi au vendredi de chaque semaine, le tra- 
vail continue sans relâche jour et nuit ; deux 
relais d'ouvriers alternent auprès des four- 
naises, de six heures en six heures, n'ayant 
pour se reposer que le temps pendant lecpiel 
leurs renqilaçants sont à l'ouvrage. Ce travail 
est toujours payé à la tâche. Dans certaines 
villes, un usage fort ancien, et bien antérieur 
à l'établissement des sociétés ouvrières, limite 
la quantité d'ouvrage qui peut être faite dans 
une journée ; mais, loin d'encourager cette 
règle, les Unions s'efforcent plutôt de la faire 
disparaître. 

Le petit nombre des ouvriers en verre 
(ils sont à peine 20i)i) dans toute l'Angle- 
terre), joint au long appiuMitissage par lequel 



INDISTRIES DIVERSES. 235 

il leur a fallu passer, en fait un corps foii uni 
et assez ombrageux. Les moindres variations 
(lu marché les atteignent directement : aus- 
sitôt au'une ou deux maisons diminuent leur 
personnel, un certain nombre d'ouvriei's se 
trouvent dans lïnipossibilité de se replacer 
ailleurs. Dans ces dernières années, cent 
trente d'entre eux , en moyenne , se sont 
trouvés constamment sans oiivrage : aussi 
ont-ils toujours fait obstacle à l'adnjission 
d'un trop grand nombre d'apprentis dans 
leur profession. 

Un des principaux objets de la Société des 
verriers du Royaume-Uni, fondée en 1840, 
fut de régler cette admission et de la limiter 
à un chiffre fixe, réclamation présentée de- 
puis longtemps par les ouvriers. Le succès 
paraissait devoir être d'autanl [)lus facile à 
cette société, que presque tous les verriers 
s'étaient (enrôlés dans ses rangs, et qu'elle 
n'eut par conséquent à redouter ancune con- 
cuiTenee d(^ la part des non-unionistes. Au- 
joui'd lini elle compte jdus de 1700 mem- 
i)res, payaiil les uns I shilling, les aulret- 



230 I.F.S ASSOCIATIO-NS OLVnitRES EN ANCLETKUnK. 

1"'' 3', scion la (la-, se à lai|iirl|c jK a|i|)ar- 
ticMiiicnl. Ajuvs a\oii- (•(tiiiiiiciict' |.ai' un Iniids 
(IcstiiK- iini(|ii(-iiirnl aux j^rèvcs, ulle en rm- 
ploya l)it'iilùt une jtarlic à secourir ses jucm- 
Jji'os malades. Mais, (|noi(|ii clic |»r(''|cvàl iiiie 
cotisation j)1ms lorlc (pic la plupart des 
Unions, il lui l'allnt, a|)ivs (pnd(|ues années, 
réduii'(î le larir adopté pour ces secours (1) : 
grâce à cette économie, elle se trouve avoir 
une réserve de 9000 livr. sterl. (225 000 fr.). 
Le comité central siège à Birmingham; cha- 
que district a un sous-comité et un agent spé- 
cial dans chaijue fabrique. 

C'est en 1858 (Qu'elle fit un effort décisif 
pour obtenir des maîtres que le nombre des 
apprentis, dont l'accroissement l'alarmait, fut 

(1) Il avaii d'ahoril rU'' ûxv à 12 shillings (15 fr.) pour les 
treize preniiè'rcs semaines, à 10 shillings (12 fr. 50 c. pour les 
treize suivantes, à 8 shillings (10 fr.'i pour vingt-six autres 
simiaines, et à 6 shillings (7 fr. 50 c.) pour vingt-six semaines 
encore après colles-là. Les membres payant un shilling (Ifr. 25) 
de colisaliou ne touchaient que les deux tiers de ces sommes. 
Elles ont été réduites à Q'', 7^1' 6'', 6*'', 4-'' (11 fr. 25 c, 
9 fr. 37 c., 7 fr. 50 c, 5 fr.), et enfin à 2^'' (2 fr. 50 c.) seu- 
lement pour ceux (}ui, ne pouvant reprendre le travail après 
un au et demi de maladie, sont considérés comme infirmes. 



INDUSTRIES DIVLUSES. 237 

limité à im chiffre uniforme dans tontes les 
verreries. Elle demanda cVabord à deux de ces 
fabriques de le fixer à un apprenti pour trois 
chaises ou douze ouvriers. Le refus des patrons 
amena une grève prolongée, et, au bout de 
trois mois, tous les manufacturiers de Birmin- 
gham se coalisèrent, et répondirent eu con- 
gédiant leurs ouvriers. La lutte dura trois 
autres mois, et se termina par un compromis. 
Les ouvriers cédèrent sur le nombre des 
apprentis; les maîtres leur firent une conces- 
sion de principe bien plus importante, en leur 
accordant que ce nombre, fixé à un pour deux 
chaises ou huit ouvriers, ne pourrait désor- 
mais être dépassé. Cet engagement ne semble 
d'ailleurs pas avoir entravé l'industrie, puis- 
que les ouvriers ne s'en sont pas moins Ion- 
jours trouvés plus nombreux que les emplois 
qu'on pouvait leur donner : il a même été 
prouvé devant la Commission que 1 Union ne 
l'avait exigé que là où les artisans exercés 
n'étaient pas indemnisés de la perte de temps 
et de travail (pic leur iiiq)osait l'inexpérience 
des nouveaux venus. Ne craignant pas la 



238 l,i:S ASSOCIATIONS OUVHIÊIlKS KN ANOI.KTKIlRK. 

coiiciii'ivnce des li'avnillcins imii associés, 
l'Union s'est lr'oiiv(''c rire I iiiIrrnK'-di.iirc na- 
lurcl (Mitre les niailr(;s vÀ les (iii\ i ici's, et c'est 
iïellc aiijoiirdlini (jnc s'adrcssciil les prcniifjrs 
lors<ju'ils ont une place vacante à <l(Hiiier. 
Aussi, mni^'ré des querelles iiisi^qiifiant<.'S. 
aucune lutte sérieuse n'est-elle venue tiuuMer 
l(;s rapports ainsi ('taMis. ni ('"lnvinliT la 
position conquise par TAssociation. Sons son 
influence, les salaires des ouvriers se sont 
considérablement élevés. Les maîtres veulent 
trouver dans cette élévation la cause de tontes 
les difficultés commerciales qu'ils éprouvent 
aujourd'hui; mais les témoignages recueillis 
par la Commission sur ce sujet sont telle- 
ment contradictoires, qu'il est impossible de 
dire jusqu'à quel point cette appréciation est 
exacte. 

III. — LES TYPOGRAPHES. 

Grâce à l'instruction et à rintelligence qui 
leur sont nécessaires pour leur profession, 
aux connaissances qu'ils acqnièri nt en la 



Industries diverses. îsô 

pratiquant, les ouvriers typographes se sont 
trouvés partout placés à la tète de la classe 
onvj'ière, dans ses efforts pour secouer des 
entraves séculaires. Personne n'ignore que 
c'est à la persévérance des ty{)ogra})lies pa- 
risiens , à la nfianière à la fois ferme et 
modérée dont ils ont coin luit une grève alors 
illégale, que nos Codes ont du d'être débar- 
rassés du d(''lit de coalition. 

Les typographes de Londres étaient depuis 
longt(;mps entrés dans cette voie. Us ont 
toujours largement usé du droit d'association. 
De tout temps, maîtres et ouvriers avaient 
réglé leurs différends ]^;u' Fiiitermédiaire de 
délégués nommés de part et dauti'c. En 
1810, ceux-ci arrêtèrent un tarif (li'laillf'' pour 
le salaire des compositeurs, (pii lurent désor- 
juais payés à la tâche. Depuis lors, ee tarif 
est toujours demeuré en vigueur, et ce n'est 
qu'en 1(SG6 qu'il a été légèrement modifié 
pour consacrer la première augmentation de 
paye accordée, ajU'ès cinipiaiiti^-six ans, aux 
compositeurs, en compensa Tu ui de facci-oisse- 
mciil (lu pi'ix de l<»utes choses. Malgré ce faihh^ 



2'iO I-F.S A<^f;0(:iATlONS OUVRifiHKS KN ANni.KTKRRK. 

av.'iiila^c, ils n'en oui [»;is iiKiiiis le dioil «lo 
(In'c «iiic, (h.'jtiiis lin (Iciiii-sièclt", Imr position 
j)(''cuniaii'(', loin de s'aint-lioiMM', a |iliitù| cin- 
pirù. Sauf" trois on qnatrc, t<Mis les inijdinicnrs 
de Londres acce[)tent le tarif comme la base 
des contrats avec leurs ouvriers : les uns et 
les autres h; respectent aut.ml (|u nn ;iiti' <lu 
INarlement, et toutes leurs <lis[»nles ne jxtrlcnt 
que sur la manière de rintfrpnHcr. 

Cependant son autorité ne fut pas, dans les 
premiers temps, aussi incontestée. Vai 1816, 
quelques maîtres ayant voulu le modifier, les 
ouvriers s'associèrent pour protester contre 
cette innovation. Quelques-uns d'entre eux 
formèrent un comité destiné à surveiller 
l'exécution du tarif (1), et qui plus tard 
devint une Union. D'autres les imitèrent dix 
ans après , et les deux sociétés se combi- 
nèrent en 1834. Les compositeurs de jour- 
naux avaient, dès 1820, établi une associa- 
tion ayant le même but. En 1844, toutes 

(I) N'ayant pas une grève en vue, leur sociélé ne toniI>nil 
pas sous le coup d'' la loi qui ilrfendail les coalilions : les sim- 
ples associations ont toujours été permises. 



INDUSTl'.lES DIVERSES. 241 

les Unions qui existaient parmi les ouvriers 
imprimeurs se réunirent en un seul corps, 
sous le nom à' Associalwn nationale des 
typographes; mais cette confédération elle- 
même ne put subsister, et, trois ans après, 
lorsqu'elle fut dissoute, les compositeurs do 
livres et de journaux de Londres établirent 
(leuxsociétés séparées. Enfin, en 1853, celles-ci 
se fondirent de nouveau en une seule, et don- 
nèrent naissance à l'Union actuelle, qui compte 
aujourd'hui 3300 membres, payant des coti- 
sations qui varient, selon leurs salaires, de 
2 à 6 pence (20 c. à 62 c.) par semnim^ Ivi 
outre, ceux qui voulaient s'assurer des se- 
cours en cas de maladie soTiscrivaicnt, jus- 
qu'en 1863, à un fonds spécial, afïècté à ce 
service; mais, l'expérience en ayant aloi's 
diMiioiitré l'insuflisance, il fui réimi à la caisse 
f:,énéral(', «pii, depuis lurs, eniretieiil un cer- 
tain Jiombre de lits dans les hôpitaux de 
Londres, et paye pour tons ses ineinl)rcs 
les visites du médecin. De plus, par une 
louabl(! sollicitude pour leurs besoins inlel- 
lectucls, rUniou ;i loniié à leiu- usaj^'c une 

14 



■iV2 I.KS ASSOCIMIONS (HVI'.lf.lUiS KN ANOI.KTKUI'.E. 

J)il»liolliri|iir ((iiisidr'raMu (1). La socicUî est 
i;niivri (HT jiar iiii conseil dans IcijncI si/'^'cnl 
(Idll/C coniliO.-ilcUI'S <lf livi'us cl deux di.' 
journanx, cl donl !<■> dccisioiis jxMncnl tou- 



l'oiiinK- 



(1) l'{)url;iiil ulli; regarde toujours rr-s (lé|i(.'ii!>es c 
.'lubordoimécs à ses ressources. Son but |ii-iiu.-i|i:il c.">t de sou- 
tenir ceux do sf"s niond)iT>; i|ui rliùtnenl, soil f.iule (l"rni|i|()i, 
soit |);ii' suite d'une grève ou d'un /"'•/» ""^ et de |Kiuivoir à 
Ions les frais do leurs dissensions avec les niailies. l/irn|)or- 
l.inco relative des dépenses se voit dans le budget suivant, 
comiuenant dix années, de 1858 à 18G8 : 

BALANCE. 

I.ivi-. sli'il. sh. d. 

r.ccclles 25 105 » ))=626 125fr. » c. 

Dépenses 23 543 12 4=588 590 'lO 

1 501 7 8 = 37 53'jfr. GOc. 

DÉPENSES. 

Iinlcmiiilcs aux membres Liv. stoil. .«h. J. 

sans ouvrage 9 836 10 » = 245 912 fr. 50 c. 

Dépenses légale? 2 750 1 » =:-- 68 901 25 

Indemiiitcs lie voy;igc... 695 3 10== 17 379 75 

Drpenscs du comité 1432 3 1^ 35 804 50 

Secours médicaux 509 2 » =-; 14 227 50 

Ril)liotliéque 891 8 "^ 22 285 » 

Secours aux autres mé- 
tiers 1185 n )) = 29 025 » 

Salaires des cmplovés de 

l'Union 2 471 7 »= 01783 75 

Dépenses diverses 3 700 IG 11= 92 071 15 

Total... 23 543 12 4 =-- 588 590 fr. 40 c. 



INDl'sTRII'S DlVhKSRS. 243 

jours rlro révoi]iu''es par l'asscml)lt'o géiir- 
rah'.Lc; s(îci'étaire tient un registre où tous 
l 'S OLivricL's sans travail vienueiit s'inscrire, 
jxtiir avoir h) droit de toucher une indcuuiili'' 
de 10 stiillings (12 fr. 50) par semaine. 

Les querelles des compositeurs avec leurs 
pati'ons ont causé bien des grèves locales, et 
lait fermer plus d'un atelier; mais aucune 
ne s'est étendue à toute l'industrie de Lon- 
dres. Les ouvriers ont toujours montré dans 
ces luttes inie i^randc modératioîi, et n'oid 
jniiinis pn être accusés de vouloir intimider 
ceux ([ni n'ap})artenaient pas à l'Union. Ce 
n'(;st qu'en 4854 que celle-ci, reprenant la 
prinnière t(!ntative de 1810, intervint direc- 
tement pour surveilhsr rap])li('ation du tarif 
des salaires, confiée jns(iu'alors à un comiti'; 
composé exclusivement de maîtres. Siu" sa 
demande, on s'en lendit de part (;t d aiili'e pour 
nommer une commission de trois inaîlres et 
de trois onvi'iers, (|ni, sons le nom d(> ('(tnr 
d'arbitrage, dut trancher les dil'llcnlh's an\- 
(jnelles rinterpr<''l;ition dn l;M'ir|Min\ ;iil domiei' 
lien. iMalbeiij'i'iisemenL, celle iiislilnlion ne 



2'i'i I.KS ASSOC.IATIKNS 01 VI'.lf.P.KS KN ANf.l.K I Kl;!;i:. 

(Iiii'.i |i;is |nimlciii|)s : clic inIhiiih en I S.'i.S 
d';\;'iil l;i |tn'iiiiri'i' ;iir;iirc '^<''^il•llv,. ,||| ',.||,. ,.||| 
à ju^ci'. \ (lici à (|ii('| |)rM|t(K. Le l;irir -li|.iil,iit 
((IU3 CCS pM^cs (I .'iiiiKuici s | H 'l'm.i iiciitcs (|ui 
figui'ciil (l.'iiis les joiini.iiix ne srr.-iicni |i;iv(''cs 
<|ii'iiii(' l'ois aux (•(»iii[K).si(i'ur.s , laul (|ii"rllcs 
(IciiKMin'i'aiciit (Milirn^s. Mais, corniiiL', daiisla 
plupart des feuilles, ou insère presque tous 
les jours, au milieu d'une page déjà préparée, 
quelques lignes nouvelles, certains ini[)riiiieurs 
voulurent, pour calculer les salaires, déduire 
des pages ainsi remaniées tout ce qui avait 
été précédemment composé. Les ouvriers sou- 
tinrent au contraire que, du moment que la 
page était retouchée, la conqjosition entière 
devait leur en être payée de nouveau. La 
cour d'arbitrage, appelée à décider entre eux, 
se partagea, et le président trancha la question 
contre les ouvriers. Us se soumirent provi- 
soirement à son arrêt; mais, l'accusant d'être 
lui-même intéressé dans l'afTaire, ils refusèrent 
d'accepter cette décision comme fixant la ju- 
risprudence, et, lorsqu'un cas analogue se 
présenta, ils récusèrent l autctj'ité de la cour 



INDUSTRIES DIVERSES. 245 

d'arbitrage, et portèrent l'aflaire devant les 
tribunaux. La Cour de l'Ediiquier se pro- 
nonça deux fois en leur faveur, d'abord dans 
l'une de ses cliambres, puis toutes les cham- 
bres réunies. Les maîtres en appelèrent à la 
Cour d'erreur, sorte de cour de cassation, où 
siègent les quinze juges du royaume. Onze 
d'entre eux s'y trouvèrent en cette occasion, 
et doimèrent encore une fois raison aux ou- 
vriers. Les imprimeurs échappèrent à la 
conséquence de cet arrêt en cliargeant de 
l'impression des annonces des hommes payés 
à la journée, et, depuis lors, personne n'in- 
voqua plus la cour d'arbitrage. 

¥ai 18(30, après de longues et difficiles né- 
gociations avec V Associadoji des maîtres im- 
primeurs, qui avait été fondée dès ISiio, 
peu après la cour d'arbitrage, ponr défendre 
devant elle les intérêts des patrons, les com- 
positeurs obtinrent enfin nn ccrtaiii accrois- 
sement de salaire. Le prix de la vie à Lon- 
dres le Icnr rendail indispciisahle; mais les 
inqjrimcnrs craignaient qn il ikî fît siiccoinlMT 

l'industrie de la capitale à la coïKnri'ence des 

14. 



2'iO M:S associations OrVillf.RKS KN ANCLETERKF,. 

villes (le iinivincr : .•m<si ne ruccor«l<'M'<'iit-ils 
pas Stiiis <|(' vives [iliintes. 

Ltîs autres hr.nielies de cetto profession on! 
des Unions analogues à celle des coinjiusi- 
tenrs. Nous ne eilei-mis (|ue celli^ des pres-^ 
siers (pressmen), <|iii li'availlent aussi à laj 
tache, el dîqirùs un tarit" convenu avec les 
maîtres. Cette société, fondée en 1839, ne' 
secourt ses membres ni dans la maladie, ni 
dfuis la vieillesse, et leur assure seulement, 
lorsqu'ils meurent, 20 livres sterl. (500 fr.) 
pour leurs funérailles: elle s'occupe spéciale- 
ment de défendre leurs intérêts contre les 
maîtres, et de les faire vivre lorsqu'ils chô- 
ment. Les souscriptions qu'elle leur demande 
ont été réduites de 1 shilling à 6 pence 
(de 1 fr. 25 à 62 c), lorsqu'ils ont été plus de 
cinq cents. Elle n'a jamais soutenu de grèves 
importantes; mais elle a eu fréquemment 
des contestations locales avec les maitres 
pour les obliger à réduire le nombre de leurs 
apprentis. 



INLUSTP.IKS r)lVRl.SE3. -17 

!\', — LES FILEUUS DE COTON. 

L'industrie du coton n'était pas de celles 
doiil la Commission, dans son eiiqurte, eût à 
s'occuper directement (1). Dans ces der- 
niers temps, ce ne sont pas les grèves qui 
ont éprouvé la laborieuse population qui s'y 
consacre. Mais tout le monde connaît les 

(1) Elle s'est bornée à recueillir sur ce sujet, comme sur 
beaucoup d'autres industries, des documents écrits, qui seront 
sans doute joints à son rapport, ou, pour parler plus exacte- 
ment, à ses rapports; car, nous l'avons dit, ses membres» 
comme on pouvait le prévoir, se sont divisés sur les conclu- 
sions à tirer de leur longue enquête, et il est ù croire que la 
minorité pi'ésentera, dans un compte rendu séparé, ses vues, 
j)lus favorables sans doute aux Unions que celles do la majorité. 
A riieure oii nous écrivons (février 18()9), ces intéressants 
rapports n'ont pas encore été imprimés. Le public ne possède 
pas non plus le procés-verbal des derniers interrogatoires, 
qui formera probableiMcnt un onzième volume. Les dépositions 
(|ui y ont été recueillies, curieuses sans aucun doute, ajoute- 
ront seulement qu<l((iu's traits à un tableau dont elles ne 
sauraient clianger l'ensemble. Aussi n'avons-nous pas cru devoir 
attendre l'époipie incertaine de leur publication pour olTrir à 
ceux (pii s'intéressent aux discussions dont les sociétés ou- 
vrières vont être l'objet dans le l'arlement anglais, une étude 
qui, nous res|téi'OMs, pourra les aider à les mieux suivre et 
comprendre. 



•J'iS LKS ASSOCIATIONS OlVHlKltKS KN ANGLETKRRE. 

soiill'iMiicrs iiKniics ([iii rmil acc;il»l»''i' ;iii iiio- 
niriil <|(' 1,1 liitic civile (] \iii(''rii]in-. (lu v.-it 
av'L'C (jucUe |taticii(c elle les a sujiporh'j's, 
avec quel coiua^c elle a [)ersist('! dans ses 
sympathies [)()iir la grande cause abolition- 
iiiste, quoique la p,ii('n'(' nilrcjtiisc pour sdu- 
tenir celte cause lui la source de tous ses 
maux; on sait aussi tout ce qu'un ^raiid jiiuii- 
vement national a fait pour les soulaf^er. 
L'industrie cotonnière de la France, qui, 
après avoir traversé une crise aussi teri'ible, 
lutte avec peine aujourd'hui contre des cir- 
constances défavorables épargnées à l'Angle- 
terre, intéresse trop vivement tous ceux qui 
ont à cœur notre grandeur nationale, jxnir 
qu'il ne soit pas utile de jeter un coup dd-il 
sur la situation actuelle des ouvriers filateurs 
anglais. Il est resté un salutaire souvenir du 
généreux effort fait en leur faveur ; mais si 
cet effort n'avait pas été essentiellement 
provisoire, il serait devenu une funeste école 
de corruption, car il eut paru créer un double 
droit : pour ceux qui reçoivent l'aumône, 
droit à un(^ oisiveti'' prolongée ; pour ceux qui 



INDUSTRIES DIVERSES. 2i9 

la donnent, droit à une servile reconnais- 
sance. En effet, quelque auguste que soit la 
charité, elle ne saurait, avec ses secours et ses 
aumônes, servir de base aux relations réci- 
proques des citoyens d'un pays civilisé, les- 
quelles ne peuvent être fondées que sur l'es- 
time mutuelle et la solidarité d'intérêts. Ce 
sont ces sentiments qui, nous l'espérons, pré- 
vaudront de plus en plus dans les rapports 
entre les propriétaires et patrons de filatures 
et leurs ouvriers. Nous allons montrer en peu 
de mots les grands progrès accomplis déjà 
dans cette voie (1). 

Qui n'a vu dans les villes manufacturières 
ces immenses édifices où des milliers d'hom- 
mes, et aussi de femmes et d'enfants, à la fois 
maîtres et esclaves de quelques-unes des plus 
ingénieuses machines conçues par l'esprit 
humain, métamorphosent les ballots informes 
venus d'Amérique ou des Indes eu étoffes 

(1) Nous croyons avoir imisr aux nioillcuros sources les 
quelques reiisei{;,nenienls recueillis ici. Nous citerons, entre au- 
tres, l'aulorilé d'un vieillard simple et laborieux, M. Maudsiey, 

sccrélaiic dr la Snrii'ir imii' <fc< flriirt^ iJii inirif ih' IWii- 
(jlck'iii . 



2'')0 Lr.S ASSOMMONS ODVIUftllKS EN ANCLETKURE. 

S(>li«l0S, souples ri |(''<_îrl('S ? Il V ;illl-;iil Illill- 
liciii'ciisi'iiîciil l)i<'ii ;'i dire siii' <•(■! ('iii|ilni im- 
liiodûn'' «les rt'iiiiin'^ cl (les ('iir.iiits, syslt'liir 
funeste à riiistriiclinii. à l.i inoralit»'. à l'esprit 
(le famille: mais ce n'e^l pas là iiDlre sujet. 
On peiil .li\isci'('n h ois hi-anches prineipales 
le lra\ ail de ces l'ahricpies. < leliii des muchines 
eai'deiises (pii démêlent le coton ; celui d(,'S 
spinning jennySy armées de centaines de bo- 
bines qui tordent le fil; et celui des métiers 
cpii le tissent. Ces deux dernières opérations 
absorbent la [)]us i^rande partie des bras em- 
ployés dans la manufacture. Le tissage est 
aujourd'bui presque exclusivement entre les 
mains des femmes et des enfants, tandis que 
le maniement des jennys est plus souvent 
confié à des hommes. Aussi n'existe-t-il guère 
d'Unions que dans cette dernière branche : 
les tisseuses n'en ont pas formé entre elles, 
quoique quelques femmes figurent sur les 
rôles des sociét«'s de fileurs. 

Tout le travail de ceux-ci est actuellement 
payé à la tâche, et jamais, depuis l'adoption 
de cviie méthode, ni h^s maîtres, ni les ou- 



INDUSTRIES DIVERSES. 251 

vrîers n'en ont mis eu doute les avantages. 
Le système de l'apprentissage est complète- 
ment inconnu dans cette industrie. 

Les fUeurs commencèrent à former des 
sociétés secrètes en 1824, et bientôt la nou- 
velle loi sur les coalitions vint permettre 
à leurs associations de s'organiser ouverh - 
ment. C'est l'époque où, grâce aux macliiues 
d'Arkwriglit, singuli èrement perfectionnées, 
l'industrie entrait à pas de géant dans la voie 
nouvelle où elle a trouvé une si prodigi(îus(i 
prospérité. Le public qui paya les cotonnades 
moins clier, les industriels qui les fabricpiè- 
rent bien plus facilement, s'enricbirejil dans 
cette révolution : les ouvriers iileurs seuls 
n'en profitèrent pas ; leurs salaires demeu- 
rèrent stationnaires, et leur situation empira 
plutôt (pi'elle ne s'améliora. Entassés en tiop 
grand uondjre dans des ateliers mal ventilés, 
assujettis, même les femmes et les enl'.iids, à 
des journées de travail doiil la lonuiiciir dé- 
pendait nnit|iiement du Ikui plaisicdu maim- 
facturier (1), ils étaieid souuiis à des règle- 

(1) Cerlaiiics iiiimuractuicb. m. in liaient jour cl unit. 



2.')'2 LIS ASSOCIATIONS OL'VniKI'.F.S KN AN(;l.KTI.ni;E. 

iiH'iils r'mdiirciix cl ;irl>ilr;iii'cs, à drs .iiim'ikIijs 
ri'(''(|ii('iit('S, cl ciiliii c.\[»l(»il(''s ]);ii' le syslèiiM' 
<l<'s Truc/c-shops. Aussi usrreiit-ils hiontùl du 
droit d(î coalition, poui' fortifici' leurs Unions 
et améliorer lenr situation. Les grèves et les 
lock oui vinrent cnnstaîTirnent alors tronbler 
1 industrie du l^ancasliirc Mais |icn a jtcu les 
al)us disparurent, taiiNM a!)aiid(inn(''s iiar les 
maîtres, qui discernaient mieux leurs d«.'Voirs 
et leurs vrais intérêts, tantôt condamnés par 
le pouvoir législatif. Les salaires furent aw/- 
mentés et payés, non plus à la journée, mais 
à la tache; comme nous lavons déjà dit, la 
loi intervint pour abolir les Truck-shops:v\hi 
défendit aussi aux maîtres d'employer des 
enfants cpii ne fréquenteraient pas lécole; 
et enfin, par le Faclorij Act, le Parlement 
limita à dix heures la durée du travail dans 
les manufactures. A mesure que ces pro- 
grès s'accomplissaient, l'esprit d'hostilité qui 
avait si longtemps animé les ouvriers contre 
les chefs d'usine, disparaissait, et faisait place 
à cette confiance et à ce respect réciproques qui 
se sont révélés dans la grande crise de 1862. 



INDl'STlllES DIVEUSES. 253 

Cependant les Unions continuaient à se 
l'ortifiei', et en 1853 les sociétés diverses (|ui 
existaient dans l(^s quatre comtés de Lan- 
castre, de Chester, d'York et de Derby, se 
confcdérèrent pour former YEqudahle Asso- 
ciation des filateurs. 

Lorsque la disette du coton vint, pendant 
la guerre d'Amérique, paralyser toutes les 
filatures, les différentes sociétés formées par 
les ouvriers, Unions et caisses de secours 
nmtuels, disparurent, rapidement épuisées 
par la misère universelle. Mais elles reprirent 
de la vie aussitôt (pie la crise fut [tassée, et 
se relevèrent si bien, que l'Association des 
fileurs, composée de 4000 membres en 1857, 
en compte 8000 aujourd'hui, c'est-à-dire 
plus des deux tiers de tous les ouvriers qui 
suivent cette profession dans les districts où 
r Union existe. Réorganisée définitivement 
eu 1 8()8, elh; est gouveru('e par un conseil de 
délégués, dont cbacun représente deux cents 
membres, et [tar un coinilc'' ex(''cutif. Vé- 
ritable confédération, elle laisse la j)lus 
gnuide ind<''pendance à ses trente-six diiïé- 

15 



254 LES ASSOCIATIONS OIVIUÉUCS EN ANCLETEIlUE. 

rentes Itraiidics : cIimcuik; a sa eaisse [iarlieii- 
lièn; et [)eiit à voloiili'- 1 all'ectercxelusiveineiil 
aux d(''peiises îles grèves, ou en destiner uni' 
})arlie ù assurer des secours à ses membres 
malades et inlirmes. L'administration cen- 
ti'altî ne i)rélève régulièrement pour sa caisse 
<|iriiii ([iiart de penny (2 centimes et demi) 
par semaine sur chacun de ses membres, et 
ne leur garantit d'autre secours qu'une 
indemnité de 30 à 50 livres sterl. (7oO fr. à 
12o0 fr.), s'ils éprouvent un accid(.'nt dans 
l'atelier. Mais elle fixe à 10 shillings (12fr. 
50 e.) j»ar semaine l'allocation accordée aux 
premiers ouvriers en cas de grève ou de 
lock oui; à 4, 2, et 1 shilling (5 fr., 2 fr. 50 c. 
et 1 fr. 25 c.) celle de leurs aides : aussi se 
réserve-t-elle, d'une part, la faculté de pro- 
poser à toute la confédération une levée 
extraordinaire pour venir en aide à telle de 
ses branches qui ne pourrait continuer ses 
payements, et, d'autre part, le droit de refu- 
ser sa sanction aux grèves qui ne lui paraî- 
traient pas suffisamment justifiées. Grâce à ce 
pouvoir, elle a souvent obtenu qu'une tran- 



INDUSTUiES DiVEllSES. 255 

sactlon entre maîtres et ouvriers vînt pré- 
venir des luttes près d'éclater. Celles qu'elle 
n'a pu empêcher sont peu nombreuses et 
faciles à éinmiérer : une à I^reston et h 
Wigan en 1853, qui fut suivie d'un lock oui; 
une autre, la môme année, et une en 1867 à 
Stockport (1) ; et enfin une dernière, en no- 
vembre 18G8, contre un filateur du Cheshire 
qui refusait de reconnaître l'Union. Ces grèves 
ont été exemptes de toutes violences, et l'on 
est heureux de constater qu'aucune passion 
vraiment hostile n'est venue affaiblir les sou- 
venirs de 1862. On a vu, au contraire, les 
maîtres et les ouvriers de presque toutes les 
villes manufacturières se rencontrer, durant 
ces dernières années, dans des conférences 
où ils ont rédigé en commun des tarifs de 
salaires. Acceptés de }»art et d'autre comme 
mie loi, ces tarifs sont élevés ou abaissés de 
t.iiit pour cent, selon ([iie l'état du marché 
permet d'augmenter ou oblige de diininiier 

(1) Dans (elle grève, la [iliis in)[iui'laiite de luulos, les 
ouvriers finireni par n'ii.ssir, mais i\\nvs avoir driieiisi' .''lOOO 
livres slcrl. (100 000 Ir.) 



•loQ LKS ASSOCIATIONS OlVIUKIlKS KN ANCI.KlKMlh. 

le prix (If la iiiaiii-»! (nivrc i/nlijrl jii'iiiii|tal 
(le rassocialinii est irnlilr-nii- la lixalinii de 
CCS tarifs pai'Ioiil ni'i ils nV.\i.s|tiil pas encore, 
(le les jaii'*! r(^s[)ectci' flaii-^ lo'.is leurs articles, 
cl (li'liKlicr les ((HIis des j.i-oduils bruis et 
ouvrés, aliii <!<" dcniaiidei' à j)i(»[i(is laccrnis- 
seineiit des salaii'cs, el de ne ivsisler à Ij'iir 
réducridii ([lie si ell(3 n'est pas nécessaire. Elle 
se propose aussi de V(ùll( r à 1 (dtscrNalion de 
la loi (pii limile à dix heures \v. travail des 
nianulacturcs, et d'obtenir même (jue cette 
limite soit graduellement réduite à huit 
heures, réduction que les ouvriers de pres(|ue 
tous les métiers considèrent comme une im- 
portante garantie d'indépendance et de pro- 
grès intellectuel. 

En cherchant à régler ses démarches 
d'après la situation véritable du commerce, 
l'Union réfute une des accusations qu'on a 
le plus souvent dirigées contre les associa- 
tions ouvrières. Au moyen d'un registre fort 
conqdet où il inscrit toutes les variations du 
marché, son secrétaire peut toujours contrôler 
les assertions des maîtres et les réclamations 



INDUSTRIES DIVERSES. 257 

(les ouvriers. Se dégageant des éti'oils pré- 
jugés de caste, l'Un ion, à mesure que les 
grèves deviennent plus rares, voit son rôle 
s'élever, et le ton de ses relations avec les 
maîtres se ressent d'un si heureux change- 
ment. Ainsi, dans une lettre adressée, au 
moment de la grève de IcSOT. aux fdateurs 
de Stockport, qui voulaient l'éduire les sa- 
laires, c'est sur le terrain de l'intérêt général 
qu'elle se place pour leur répondre : « f.es 
» guerres, les crises financières, leur dit-elle, 
« ont paralysé nos exportations : ce serait le 
» moment, non d'augmenter la production 
)) et de chercher en vain par un abaissement 
» de salaires, à rouvrir un marché ferrni'' |tar 
» encondjrement, mais au contraire celui de 
» réduire la production. Mettez ydutot les 
» ateliers à la denii-'{(>iirm''e de travail, » 
Nous ne rechercherons ]>as si ce conseil t'tait 
ou non le nii'illciii' dans de pareilles cii'con- 
slauces ; mais celle Ictli'e niniilre hieji, ce 
nous semble, l'esprit nouveau tpii anime les 
ouvriers dans eerlaiues iiidiisti'ies, cl la 
manière dont leni's graiules associations, 



2ÔH M:S ASSUCIAMONb ULM'.lhHtS LN ANGLKTKHI'.E. 

l(ii'S(|ir('ll('s sont Mi'ii dirigées, exercent lin- 
lliiciice ([ii'cllcs ()i)l coiMjuisf!. 

li y a loin des alisurdcs rè}^lt'jiii,'iils [».'ir 
les([iiels c(.'ilaines sociétés ont [)r«''tendii asser- 
vir l'indnstrie à leurs fanlaisifîs, de ces pro- 
hibitions (jiii devaient isoler tous les districts 
les uns des autres, au langage si sensé et si 
réfléchi des unionistes de Stockport. On voit 
maintenant que les Unions diflèrent telle- 
ment les unes des autres, qu'on n'a le droit 
d'étendre à leur ensemble aucun des repro- 
ches adressés à quelques-unes d'entre elles. 
Nous terminerons par une remarque encou- 
rageante pour l'avenir : c'est que plus ces 
sociétés s'étendent et se fortifient, plus aussi 
elles se modèrent dans leurs allures. Lors- 
qu'elles sont peu nombreuses et isolées, un 
esprit intolérant les anime souvent: à mesure 
qu'elles grandissent, elles sentent mieux la 
responsabilité de leurs actes; le mécanisme 
électoral pratiqué constamment dans leur 
sein amène presque toujours à leur tête des 
hommes de mérite, et la plus grande partie 
de la classe ouvrière a le bon esprit de les 



INDUSTRIES DIVERSES. 259 

('conter et de les suivre, quoiqu'ils ne se lassent 
j)as les inslruineiits de tous les pr«'jugés et 
de toutes les passions qui peuvent subsister 

('lie/, elle. 



niAiiTiii: ix 



Rr..Mi;iii.s M \ (■m; vus 



On a vu la formation (Ls Unionf;, leur 
caractt'i'c , leur (luvclopixMiicnt et l'usaj^o 
qu'elles ont fait d(! leur puissance. Nous 
avons, aussi fidèlement qu'il nous a été 
possible , mis sous les yeux du lecteur tout 
ce (pii peut servir à les juger. Nous résume- 
rons ici, en quelques mots, les principaux 
chefs d'accusation qui ont été dirigés contre 
elles, et les arguments les plus concluants 
qu'elles y ont opposés. 

Un examen impartial a suffi pour dissi- 
per les cruels et injustes soupçons que les 
crimes de Sheffield avaient fait peser sur la 
totalité des Unions. Quelques scélérats se 



REMf.DES Al'X GRÈVES. 2G1 

sont rencontrés qui ont prétendu servir par 
ces actes abominables les associations aux- 
quelles ils appartenaient; mais leurs attentats 
ne sauraient retomber sur les Unions en 
général. Celles-ci n'en sont pas plus respon- 
sables que les anciens chefs de la Ligue ne le 
furent autrefois du meurtre de Henri IV^ ni 
récemment les généraux confédérés de l'assas- 
sinat <le M. IJncoln. 

On leur a reproché de nombreuses vio- 
lences ; on les a accusées d'organiser un sys- 
tème d'intimidation contre tous ceux qui leur 
résistaient, et la preuve en a été faite de- 
vant la Commission pour un certain nombre 
de cas. Mais ce nombre paraîtra peu consi- 
dérable à ceux qui tiendront compte de 
l'énorme population au milieu de laquelle on 
a pu choisir des exemples ; et ces exemples 
montrent que les sociétés ouvrières ont be- 
soin d'être éclairées et parfois mieux dirigées, 
nullement (pi'ellcs mérilciil une condanuia- 
[ion gén(''ralt'. D'ailleurs, si cette condamna- 
tion devait èlre prououcée, elle atleiiulrail la 
classe tout entière des travailleurs et non les 

15. 



202 l.r.S ASSoriATIoNS <M Vllll.l;! S KN AM.I.KI l.l'.I'.r.. 

Ihiioiis Cil |»ai'liciili(.'r; car, à coli'' «les faits 
J)làninl)l('S iiiijtiiit's à leur iiilliiciicc, o]i priil 
cil citci' ai! iiKiiiis aulaiil aii.\([iicls elles (tut 
(''l('' aNsoliimciil (''traiif^èrcs. 

L(is ci'irKjiics (|ni leur sojit adressées au 
poinl (le vue écoïKwirhjuc sejuMciit mieux 
justifiées au premier abord: cependant, «,'xa- 
minécs de près, elles perdent luie t;ran<le 
partie de leur valeur. 

Sans doute l'esprit de monopole et de pri- 
vilège s'est jusqu'à un certain point réveillé 
chez elles ; mais il a été surtout entretenu 
par les luttes ruineuses que, tantôt à tort, 
tantôt avec raison, elles ont engagées contre 
les maîtres. 

On les a accusées en bloc de vouloir réta- 
blir les anciennes corporations, en limitant le 
nombre des recrues de chaque profession, et 
en leur imposant le système de l'apprentis- 
sage. Mais elles ont trouvé ce système consacré 
par une coutume bien des fois séculaire; et 
si elles l'ont maintenu, obéissant en cela à un 
sentiment naturel à l'homme, qui n'aime pas 
à voir ses plus jeunes concurrents affran- 



REMflPES AUX GRÈVES. 263 

chis des entraves auxquelles lui-même a été 
soumis autrefois, elles n'ont cependant ja- 
mais cherché à l'introduire là où il n'existait 
pas. 

Quelques-unes ont voulu défendre à 
l'ouvrier de travailler au delà d'une cer- 
taine mesure, et faire passer sur tous, par 
l'égalisation complète des salaires, le niveau 
de la médiocrité. Mais celles-là sont peu 
nomhreuses, et l'opinion de la classe même à 
laquelle elles appartiennent, éclairée par la 
discussion, a déjà décidé plusieurs d'entre 
elles à abandonner cette prétention. Les 
associations ouvrières n'ont pas éteint cette 
émulation et cette féconde ambition que 
donne à l'homme la conscience àa sa valeur 
intellectuelle. Les maîtres entendus })ar la 
Commission ont apporté eux-mêmes la preuve 
vivante de ce fait; car, parmi ceux de ces 
témoins (jui sont lils de; U'urs œuvres, un 
bon nond)re ont a|>}>artenu à des Unions 
alors (|U ils (''laiciil oii\ricrs. 

\jQ '^v'\('\' le plus s(uivriit ()]>]»os(' aux asso- 
ciations ouvi'icrcs est lii'é des m'cvcs nom- 



2f,'( li:s ASSOCIATIONS OIN f.llUr.S KN ANCLITIJinE. 

hiv'iisr's aiixqiK'lIrs elles sont iiir-liM's. (l'est à 
|teii |»l'ès comilie si Tnll (lis;:il ((lie riliveulioii 
lie I;. |)()U(lre esl l;i cause de lotîtes nos 
f^iieiTes. Iji iiilrodiiisaiit dans ces liilles nue 
tacfKjiic plus liahile, elles en ont fcrtaino- 
meid ani;iiienl('' la ^ra\il('': mais elles ne les 
ont pas rendues heaucitup ]»lus fi^'ipientes. 
Elles ont plus d'une lois, en cherchant à con- 
quérir l(Mir placer dans l'ordre social, dépassé 
les limites de leur légitime influence ; mais, 
cette place conquise, elles peuvent un jour 
devenir à la fois un élément nouveau di; force 
productive et un gage sérieux de concorde : 
quelques-uns même de leurs chefs appellent 
déjà hautement de leurs vœux cet heureux 
avenir. 

Pour ce qui est du travail à la tache, nous 
voyons que, loin d'être condamné par ces so- 
ciétés, il est accepté par elles dans presque 
toutes les industries étudiées par la Commis- 
sion. Deux seulement font exception, celle 
(les bâtiments et celle des machines. Encore, 
pour la plupart des métiers qui dépendent 
de la première, les principaux entrepre- 



HEMÈDES AUX GRÈVES. 265 

iionrs se sont-ils prononcés, comme les 
Unions, en favenr tin payement à la jonr- 
née, et il a été reconnu que bien souvent ce 
système de salaire était le scnl possible. 
(i l^jurquoi d'ailleurs serait-il si mauvais», 
remarque s[)iritnellement un témoin dans sa 
déposition, « puis({ne, depuis le premier 
» ministre de Sa Majesté jusiprau dernier 
V monsse de la marine royale, tous les em- 
» ployés de l'Etat sont payés à la journée et 
» n'en remplissent pas moins bien leur 
)) devoir? » 

Quoi qu'il en soit, au reste, de ces juge- 
ments divers dont les Unions sont l'objet, 
leur existence est un fait: elles ne pen\ent être.» 
détruites; elles sont puissantes, et leur ((irce 
s'accroît tons les jours. Quel aveiiii- leur est 
réservé? Voilà ce (pie chacun se demande, à 
bon droit, avec un mélange d'inciniétiub^ et 
d'espoir. Cette puissance, mal dirigée, pcnt 
anginenter d'une manière i'inieste le trouble 
inévitable (pie s;i seule apjtai'ition a jel('' dans 
I industrie. .Mais, d'auli'e |taii, ne peul-oii pas, 
nous raV(Uis dit, allendi'e d'elle une action 



2GG [,FS ASSOCIATIONS OUVnif.RRS KN ANni.RTF.nnE 

s.iliiliiirr? .\(> |)i'iil-((ii li'Miivi'r dans ces asso- 
(■i.iliniis jiiriiics iiik; ^araiilir cnicaci* contre 
le rcloni'dc rcs luitcs iiidiisfricllcs qui nous 
ont lonjoiirs rajipcli'' h; tliid jajjouais où clia- 
01111 (Il's deux adversaires est ol)ligé de se 
doiiuiT la iiKiii de sa propre nmiri? 

Nous le croyons, et il nous scndile que la 
Commission a jclé sur CfUc ([ii<'sli(.iii une 
lumière rassurante. 

Nous ne nous arrêterons pas aux recom- 
mandations qu'elle pourra faire au Paile- 
ment, ni aux lois que celui-ci pouri^a voter. 
Ces lois ajouteront, nous l'espérons, une 
nouvelle pierre à l'édifice des libertés an- 
glaises, Les Unions sortiront de la fausse 
position pu elles se trouvent aujourdlmi : 
une mesure définitive remplacera le /;?'// t<'m- 
poraire de M. Russell Gurney, quoiqii il soit 
difficile de prévoir encore qui l'emportera, 
de ceux qui soutiennent dans la Chambre 
les vœux des Unions, ou de ceux qui veulent 
réduire leur puissance. Les premiers obtien- 
dront-ils pour elles toutes les garanties 
qu'elles désirent, entre autres la suppression 



REMÈDES AUX GRÈVES, 2 )7 

des poursuites pour conspiration, le droit 
d'enregistrement, qui en ferait des personnes 
morales, et la protection de leurs fonds contre 
les caissiers infidèles (1)? Ou bien les alarmes 
des seconds prévaudront-elles dans le Parle» 
ment, et les associations seront-elles obligées 
de partager leurs fonds entre deux caisses, 
l'une destinée aux grèves, l'autre fournis-- 
saut les secours aux malades et aux vieillards, 
sans virements possibles entre elles? Quelque 
importante que soit, en cette occasion, la 
décision parlementaire, l'avenir n'en détien- 
dra pas. Ce n'est pas la législation, c'est 
l'expérience qui peut tracer aux associations 
ouvrières hi rôle efficace qu'elles doivent 
aspirer à jouer. Comme l'expérience d'un 
peuple peut profiter à nu antre, nous termi- 
nerons cette étude en recueillant dans 1 en- 
quête de la Commission royale b^s ex(Mn[iles 
qui prouvent que les Unions actuelles, on 

(1) Sir Fowc!! Buxlon avait pr(^'scnl»'', l'année dorniôre, un 
projet (1(! loi qui assurait aux l'uions toutes res garanties; nialheu- 
rouseineiit il ne pourra le délonilro dans le nouveau l'arlenicnl, 
où il ue siéj^e [tas. 



208 I.KS ASSOr.lATIONS OrYniÈHES KN ANf.lF.TI.Iir.E. 
]»('IIV('lll SCl'vil' à (••(HSdlidri' 1 lini'lliniiir ("llIl'C 

les oiivi'iers (;l les jialroiis, ou, dans des cii- 
conslaiicos favoralilcs, cèdcuf racilcnuMit la 
place ù (les associations jdiis caitaldos d'as- 
surer cette lieiireuse cidi iilr. 

L'An;j;l<!t('n'(' doit à (|iirl(|iies esprits |»ra- 
ti(|iM's et ciitn'pi'ciiants do j)Ouvoir d(''i.'i <itoi' 
1111 cciiaiii iionilti'c de pareils r.\i'm[tl<'s. I.a 
Coniinission a interrogé trois de ces hardis 
novateurs (jui ont particulièrement bien 
réussi dans leur œuvre de conciliation. 

L'aperçu que nous allons donner est 
en grande partie extrait des dépositions 
de M. Ketllc, juge du comté de Worcester; 
de M. Mundeila, fabricant à Nottingham et 
membre du nouveau Parlement; et de 
M. Briggs, propriétaire de bouillères près 
de Normanton. 

I. CONSEH.S d'arbitres, ' 

l» M. Ki'llle. 

La fréquence même des grèves a fait 
essayer souvent le système de l'arbitrage, 



REMÈDES kV\ r.nftVES. 269 

f't, lorsqu'il a ('•!('' pratiqiK' nvop discernement, 
il a (Iomik'' les plus Ihjui'chx r(''siiltals. 

En 1861, les entrepreneurs de bâtiments 
et les charpentiers de \\ olverhampton, ne 
pouvant s'entendre, résolurent d'ap[»eler 
.M. K(!ttle pour trancher leur différend. Six 
maîtres et six ouvriers, délégués, se réunirent 
sous sa présidence. Après de vives discus- 
sions, où chacun put entendre les arguments 
de la partie adverse, ils finirent par s'ac- 
corder si l>ien sur touirs les questions en 
litige, qu(^ le présidcuit n'eut pas à voter une 
seule fois, luicouragé par un essai aussi 
heureux, M . Kettle résolut de donner à c(4te 
réunion d'arbitres une organisation perma- 
nente : les maîtres d'une part, les charpen- 
tiers, les plâtriers, et en lin les maçons en 
briques de Taulre, s'associércid à ses vues, 
et leurs fond(''s de p(»uvoir, sous sa ]>r(''si- 
dence, rédigèrent un lai'il' de salaires, destiiu'' 
à rester en vigueur pendanl un an. Tous 
les maîtres représent(''s à celle eonlérence 
dnreid allieher h' laril" dans leurs aleliers, 
et en donner eoiiie à cli.Kpu' ou\ riei' qii ils 



270 Î.KS ASSOCIATIONS Oi;VI\ifcRKS EN ANCLKTF.P.nE. 

on^'fij^c.'iiciit, m lui (|(''f|;if;iiil (jnc ( '('•(.lit la 
l)ase (le l(;ur coudai. L'un des ailifh's sli|)ii- 
lait que toutes les conlcsialioiis devraient vin' 
portées devant la rénnion des six maîtres et 
des six ouvriers, consliliiéc; en conseil d'ar- 
bitres (1). La condition essentielle qui don- 
nait à ce conseil sa force et son efficacité, 
c'est qu'il se composait, non de simples d(''l(''- 
gués, mais de véritables fondés de pouvoir : 
ceux-ci devaient donc tranchertoutcs les ques- 
tions en litige, sans avoir à en référer à leurs 
mandants, sans que ceux-ci pussent refuser 
de se soumettre à leurs décisions. En effet, 
maîtres et ouvriers, s'engageant d'avance, 
])ai' le tarif convenu entre eux, à reconnaître 
ces décisions, elles se trouvaient avoir force 
de loi d'après la jurisprudence anglaise, et 
pouvaient, en -cas de résistance, être rendues 
exécutoires par les magistrats des comtés. 

(1) Les querelles insignifiantes pouvaient, en première 
instance, être soumises à deux membres du conseil, afin d'évi- 
ter de le réunir trop souvent, tout en réservant à celle des 
deux parties qui n'accepterait pas la première décision, le droit 
d'en appeler à lui. 



REMÈDES AUX GRÈVES. 271 

Uiio fois le taux des salaires fixé ainsi pour 
un an, d'une manière invariable, et par un 
consentement mutuel, les ouvriers et les maî- 
tres individuellement n'étaient tenus qu'à l'ob- 
scrvation du chiffre conAX'ini, et tous les con- 
trats par lesquels les uns s'engageaient à tra- 
vailler pour les autres, et ceux-ci à leur 
donner de l'emploi, étaient toujours résilia- 
bles dans les vingt-quatre heures, si Tune des 
deux parties n'était pas satisfaite. Le prix de 
la main-d'œuvre étant déterminé au com- 
mencement de la saison des constructions, 
les entrepreneurs purent, en toute sécurité, 
faire leurs devis, et les ouvriers, de leur côté, 
furent garantis contre les abaissements de 
salaire qui venaient subitement changer les 
conditions de leur existence. L'autorité arbi- 
trale du conseil fut valide pour un an. L'année 
expirée, ses pouvoirs durent (Mre renouvelés, 
et, le tarif des salaires étant remis en discus- 
sion, chacun fut toujours libre alors de le re- 
fuser ou de s'y souîuclli'c. Si, pendant cette 
année, un maître voulail, au bout de la se- 
maine, payer ses oun rieis à un taux inoliidre 



272 MIS A^SOriATiriNS rnvr,iï:P,!:S F.N ANCI.KTKIir.E. 

que lr cliiH'i'c (Ixi'', ils jtoii \ ;iiciit m ;i|.|i('l(r 
Mil conseil, rt citer le iii;iili'e devant les tli- 
Imiiiiiix [Hiiir a\(>ir iiiaiii|m'' à un cmilral. 
Sans (loiile, ils ne [(onvaienl le |i(iiii'sni\ re si, 
morne dans le coni's de I aniii'-e, il d('clarait 
(ravancc ([n'il l'cfiisait di''S()rinais d"accf'i>t('r 
le tarir et l'arracliait de ses ateliers; mais 
alors il aurai! r[r coiisid(''r('' comme se met- 
tant en grève, et, si les autres maîti'es conti- 
nuaient à donner des salaires plus «l'icvés qno 
ceux qu'il proposait à ses ouvriers, ceux-ei l'au- 
raient tous quitté. Une infraction au tarif faite 
par tous les maîtres à la fois serait la viola- 
tion d'un engagement d'honneur, dont on n"a 
jamais pu les soupçonner, lisse sont toujours, 
au contraire, soumis aux décisions du conseil. 
Ainsi, M. Kettle ayant été appelé à en former 
un à Coventry, et à le présider, il se trouva 
que ce conseil se partagea également sur la 
fixation du taux des salaires; il fallut que 
M. Kettle le départageât. 11 se prononça en 
faveur des demandes des ouvriers : les 
maîtres acceptèrent sa décision sans mur- 
murer. En fixant ainsi un lai'if de salaires. 



r.EMÈDES ALX (ULVES. 2/3 

valable pour une période déterminée, quelles 
(jiie soient ailleurs les variations dn prix de 
la niain-d (euvre, maîtres et ouvriers font 
un véritable marché à terme, et se trouvent 
moralement aussi engagés que le vendeur et 
l'acheteur le sont dans un marché de ce 

nuel(}ues membres de la Commission ont 
paru croin; ([u en pratique les ouvriers ne se 
liendraicnt pas jiour oljjigés aussi strictement 
que les maîtres à Tobservation du tarif. Sans 
•Ion le, un ouvrier qui espère trouver de meil- 
leurs salaires dans une autre ville, peut tou- 
jours quitter celle dont le tarif lui semble in- 
suflisant. Ce n'est ce])endant pas pour lui une 
chose aussi facile ({u'elle le paraît au [crémier 
abord", sou <léplacement avec sa famille, le 
changemenl (h' ses hal)itudes, sont des consi- 
dérations (jui 1 aL'i'fHcrout lungtem[is. Mais, 
dit-on alors, qu'est-ce (pii lenqxV-lie, une lois 
rengagement \r'^:[\ de vingt-cpiatre iieures 
ex])iré, de réclamer un salaire plus ('levé «pie 
celui du tarif? Pounjuoi [)lusieurs centaines 
d'ouvriers ne feront-ils pas ensciuMc celte 



27.'i Li:s ASS()( lAllO.NS OlVIlll l'.KS 1..N ANIjI.KIEIIKE. 

iin'iiir <l( iii.iimIi'? Il n'y a pas d'article <li' Idi 
(|ui le li'iir (l(''ri'ii(Ic. <•! la r('Sp()iisal)llit('' ('laiil 
[)ai'lii^(''C (MiliT l;iiil (If pcrsniiiK'S, cIl'iciiiic 
d'iilles se (;i'(»ii'a moins ohlip^f'-c de i'(js[)('('lcr les 
o]>lif^alioiis (pTclh; iiiiposr. H n'y ;nii';iil l'icii à 
répondre à celle ol)jecli(jii, si i Liiioii, cliaji- 
geard de rôle et se lîioiitraiit sous un jour ikju- 
vcavi, n'arrivait à propos pour prendre cette 
responsaldlilé à laquelle écliappeut les indi- 
vidus. Quoique les fondés de pouvoir des 
ouvriers soient nommés également par les 
unionistes et les non-unionistes, ils sont tou- 
jours choisis pnrmi les chefs de l'Union, et 
rei)résentent avant tout son influence : les 
allai ces courantes sont traitées entre le prési- 
dent du conseil d'arbitres et les secrétaires 
de l'association des maîtres et de celle des 
ouvriers. Une fois que l'Union intervient ainsi 
pour la fixation du tarif des salaires, elle est 
engagée d'honneur à le faire observer, et, 
pouvant menacer chacun de ses membres, soit 
d'une amende, soit d'une expulsion, elle pos- 
sède seule l'autorité nécessaire pour les obliger 
à le respecter. Plus elle se développe, plus elle 



REMÈDES AUX GRÈVES. 275 

olFre donc au système de M. Kettle les seules 
garanties qui pouvaient lui manquer. Aussi 
eut-il un tel succès à Wolverhampton, que 
son auteur fut bientôt appelé pour l'établir 
successivement à Coventry et à Worcester, et 
uc tarda pas à trouver des imitateurs tant à 
Walsall que parmi les potiers du Stafford- 
shire. Partout les résultats ont été dos plus 
satisfaisants. 

20 M. Mundclla. 

Les conseils d'arbitres établis par M. Mun- 
dclla dans l'industrie de la bonneterie, à 
Nottiugham, nous oflrent un exejnple encore 
plus complet et plus remarquable de leur 
bonne influence sur les rapports entre les 
patrons et les ouvriers. Eu effet, ils ont sulli à 
ramener la i)aix et la concorde dans cette in- 
dustrie, troublée auparavant p.u' des lullcs si 
acharnées. On se souvient <[ue la ville <le 
Noltingham avait ac(piis une triste célébrité 
au commencement de ce siècle par les émeutes 
et les crimes dont (die était coiislanHuent le 
théâtre. La sanglante répression des Ludditos 



270 I.nS ASSOCIATKINS OL'VlSlf'.UCS KN ANr.l.lVIKI'.Hn. 

n'/iN.iil pus ('-loiillV' les passions (jui les iiispi- 
raiciil, cl, (le l(S:^."ia I <SI)(), <'ll<js ioiiiciilrrriit 
cb.'s f^i'ùvcs incessiinlc.'s. M. .Miiinh'lla di'cril 
parlai loiiiciit celte situalioii dans une de sc- 
dépositions : « Lors(pie 1(.'S allaires allaient. 
» mal, dil-il. le manufaclurier pesait sur' 
» 1 Ouvi'icr ponr al)aiss('i' les salaires autant 
» «piil ('tail [>us.siljle. Moins il avait de ('((ii- 
» science, plus il les abaissait par celte pres- 
» siou, et, (piaiid arrivait le moment favo- 
» rable où ils auraient pu être haussés, (juand 
» les affaires allaiejit mieux, alors, quoicpie la 
» nature même des choses, c'est-à-dire la 
» demande du travail, les fit parfois un peu 
» monter, les maîtres s'opposaient de toutes 
» leurs forces à leur élévation. Les ouvriers 
» envoyaient chez eux des députés des Trades- 
» Unions. Tantôt ils étaient mis à la porte, on 
» ne voulait pas reconnaître les Unions; tantôt 
» on leur répondait : Nous verrons ce que 
. » feront nos voisins. Après avoir fait le tour 
» des maisons des maîtres et avoir été partout 
» reçus de la sorte, les ouvriers s'en retour- 
» naicnt chez eux, et généralement se met- 



UE.MÉDES AUX GREVES. 277 

» laiciit en grève : la longueur de la grève 
i) dépendait des circonstances. Ils avaient 
» peut-être demandé plus (pie le t<nix naturel, 
» plus que l'état du commerce ne les y auto- 
» risait. C'était alors entre le manufacturier 
» et l'ouvrier à qui affamerait l'autre jus([u"à 
» ce ({u'on fit une transaction (1). » 

En 1800, les affaires allaient au plus mal : 
une classe d'ouvriers, demandant une aug- 
mentation considérable de salaires, était en 
i^rèvc depuis onze semaines; toutes les Unions 
la soutenaient; et lès maîtres allaient avoir 
recours à la mesure extrême d'un lock oui 
général. « Mais c'eût été, dit M. Mundella, 
» jeter toute la population dans les rues, et 
>j nous aurions eu wiw effroyable commotion. 

(1 ) î\l. Miindrlla, (jiii 11 [laiu coniinc tviuuiiulovaiil la Cuiii- 
iiiis-ii»n, (Idiii M. noebiicli est iiK-mbre, ot (jni a rlô inlerrogc 
|.ar lui, devait le renconlrei', peu de mois aines, durant les der- 
nières él(!(li()r.s, sur les Intstimjs de Slieilield, où il se pré- 
senta connue son coiniir'iiliur. Grâce à l.i j;i'ande et juste 
popularilé qu'il a acquise par ses arbitrages, l'ancien ouvrier 
de Nol(inj;liani l'a eniporié sur le savant lé;iiste, qui avait long- 
Innps ri'pri''>eiilr l,i \illr de Siicriirld ; d il appurlera à la 
(llianibre des Conununes le con'our^-- utile de son ciéi'.il. de sou 
i'X|)éri;'nce et tle son impartialité 

16 



Ii78 LLS ASS()(,1AII()NS OIVUIKUKS KN ANc.l.KTKIlllE. 

i) .\oii^ «''lions Ions las (1(; ces [ii'océdés, et 
» qiiclijiiL'S-iiiis d'eiitri! iiuiis p^'iisèrciit ([ir<»ii 
)j [)omTait essayer <jiiel([ii(; chose de; mieux. » 
Inspiré \)WV un va^iic souvenir des conseils 
<le [(l'ud'lioinmes, M. Mundella songea à con- 
stilu<'r un lril»nnal d'arbitres, et, assisté de 
deux anli'es maîtres, il |)i'o[)osa une eonlV'- 
renc(; aux (juvriers. Ceux-ci déj)utèrent uiie 
douzaine d'entre les chefs des Trades-Unioiis. 
On se réunit, on se rejjjarda d'al)ord avec dé- 
fiance, comme les parlementaires de deux 
armées ennemies; puis on s'adoucit; en dis- 
cutant, on finit par se comprendre, et, au bout 
de trois jours, quoique les préventions réci- 
proques ne fassent pas toutes dissipées, les 
bases du nouveau système étaient arrêtées. 
Tous les maîtres de Noitingham furent invités 
à se réunir pour élire neuf délégués : la moitié 
d'entre eux environ répondit à cet appel. 
Les ouvriers se firent moins prier : ceux qui 
avaient conféré avec M. Mundella convo- 
quèrent en assemblées générales les Unions 
auxquelles ils appartenaient, leur rendirent 
compte du plan proposé et le leur firent 



REMÈDES AUX GRÈVES. 279 

adopter. Dus lors, son succès fut assuré. Les 
ouvriers étrangers à ces. associations étaient 
peu nombreux: ils suivirent les inspirations 
qui leur venaient d'elles; et c'est grâce à la 
puissante influence des Unions que les conseils 
d'arbitres purent s'établir et fonctionner. 
M. Mundella déclare mémo que, si elles n'a- 
vaient pas existé, la formation de ces conseils 
aurait été bien plus difficile, et qu'ils n'au- 
raient jamais trouvé ailleurs la sanction que 
leur assure l'appui des sociétés ouvrières. 
Voici donc ces sociétés, tout à l'heure encore 
absorbées par la lutte, qui, par le simple effet 
d'une heureuse entente entre les maîtres et 
les travailleurs, deviennent l'instrument in- 
dis])ensable de leur accord. Loi'squ'il fallut 
nommer neuf délégués pour représenter les 
ouvriers, ceux-ci trouvèrent dans l'organisa- 
tion des Unions un mécanisme tout prèl pour . 
faire cette élection. i]o. furent les secrétaires 
des différentes sociétés (|ui, dans chaque 
branche de l'industi'ie, recueillirent les votes 
de tous les ouvriers unionistes nu non-unio- 
nistes, et ce furent les cliel's les phis actifs des 



2^0 I,i;s ASSOCIATIONS OlYlilKKES KN AN(;i,F;H;ill'.K. 

liiiioiis (|m' le siilTi'nfi;o (Irslgna jtoiir si(''^r'r un 
conseil, f.osrr.iiiilcsrjiic C(3 choix avait |.ii l'aiic 
iiaili'c clic/ (|iicl(|iics inaîli'cs lial)ilii»''S à Vdir 
(les adversaii'cs j)assi(»iiin''S dans ces nouveaux 
collègues furent promptement flissipécs. Ils 
reconnurent liicntùt qii'ils n'auraient pu 
trouver des inlennédiaii-cs j)lns sensés et plus 
modérés entre eux et la niasse de leurs 
ouvriers. Les chefs reconnus par cette masse 
encore ignorante et défiante surent ]>his 
d'une fois arrêter ses entraînements, l'éclai- 
rer sur ses vrais intérêts, sans jamais perdi'e 
sa confiance , comme le prouva leur fn'- 
quente réélection : ils mirent toujours au 
service de la concorde et de léquité lin- 
fïuence que leur assurait leur position émi- 
nente dans l'Association. 

Le conseil, composé d'abord de neuf, puis 
de dix maîtres, et d'autant d'ouvriers (1), 

(1) \ine commission, composée de quatre membres, se 
n'unit pour préparer lo travail du consi'il, trancher les ques- 
tions secondaires, et décider, lorsque cela est nécessaire, les 
convocations extraordinaires. Deux secrétaires salariés tien- 
nent la minute des séances du conseil, l'un pour IWssociation 
des maîtres, l'autre pour le compte des l'nions. 



REMÈDES AUX GUÈVES. 281 

choisit iiaturollemeiitpour président M. Muii- 
della, qui, depuis huit ans, a occupé ce poste 
avec une rare impartialité. Durant ce temps, 
son système a fini par triompher de l'hosti- 
Uté ouverte ou cachée qu'avaient rencontrée 
ses premiers efforts. Quarante-deux maîtres 
sur quarante-cinq ont reconnu l'autorité du 
conseil et iornié une société ])our \a soutenir; 
et les dix délégués ouvriers, élus aujourd'hui 
par la totalité de leurs camarades, repré- 
sentent plus de vingt mille personnes. Le 
conseil règle par un tarif les salair(^s, qui sont 
tous payés à la tâche : ce tarif demeure en 
vigueur tant que l'état du marché le permet, 
et, si quelque variation des prix en exige 
la modilication, la partie ({ui la réclame doit 
notifier sa prétention au conseil un mois d'a- 
vance. Ces changements se font d'ailleurs 
toujours à l'amiahle; car, lorsque maîtres et 
ouvriers se trouvent assis, sans ordre, sans 
distinction, autour d une luènie table, j^iur 
discuter leurs inléi-^'ls l'especlils, dans uim' 
industl'ie (pii les f.iit vi\ l'e les uns el lesuulres, 

ils ne tardent Das à s a[»(U'('e\(»ir(pu' ecs inN'* 

iij. 



282 I-ES ASSOr.lATIONS OUVRIÈRES EN ANHIJ.TKRRE. 

rris s(»iil solid.iircs. l'Iiisd'iiii*' ("dis les mun fiers 
oui n'iioiict) à une aiif^uuîntatinn de s.ilaln' 
• luils croyaient IcgitiiiKî, lorscju*.' les maîtres 
ItMir ont prouvé, 1(.'S cliiffres à la main, que, 
[)ressés par la concurrence étrangère, ils ne 
pouvaient la l(!ur accorder sans perdre les 
débouchés de leurs produits. Les maîtres, 
pour les mieux convaincre, ont même envoyé 
quelques-uns de leurs collègues ouvriers vi- 
siter la France et l'Allemagne. D'autre part, 
ils ont aussi appris, eu discutant avec les ou- 
vriers, à mieux apprécier les saines conditions 
du travail : ainsi, sur les représentations de 
ceux-ci, ils se sont décidés à ne jamais leur 
demander plus de dix heures d'ouvrage par 
jour, même dans les moments de la plus 
grande activité. L'harmonie s'est établie entre 
eux d'une manière si complète, que, depuis 
quatre ans, aucune résolution du conseil n'a 
eu besoin d'être mise aux voix. 

Les uns et les autres trouvent dans les 
décisions de ce conseil une garantie également 
précieuse. Chaque maître étant désormais 
assuré qu'aucune maison rivale no pourra 



REMÈDES AUX GRÈVES. 283 

fabriquer à meilleur marché que lui en abais- 
sant indûment les salaires, peut se livrer à 
une production plus constante et plus régu- 
lière. Les ouvriers, au lieu d'adresser direc- 
tement aux patrons toutes les demandes 
relatives aux salaires, avec la perspective 
d'avoir à les appuyer par une grève ruineuse, 
en appellent au conseil, assurés d'obtenir 
toujours une décision équitable. 

Aussi, quoique ces décisions ne puissent, 
comme celles des arbitres établis par 
M. Kettle, être invoquées devant les tribu- 
naux, n'en ont-elles pas moins une souve- 
raine autorité. Si quelques ouvriers, comme 
cela est arrivé une ou deux fois, veulent y 
résister, mis au ban de TUnion, qui leur refuse 
tout secours, ils ne peuvent longtemps sou- 
tenir leurs prétentions. Les maîtres qui n'ont 
pas ouverleiiKMil l'ccoiinu le conseil n'en 
sont pas moins obligés, «lans In pi'alique, à se 
conformer à ses ari'éls. (lar, si (jucltpi'un 
d'entre eux veut donner à ses ouvriers un 
s;dair<; inférieur à celui du larif accepté par 
les autres fabricants, ceux-ci, loin de l'aider 



2S'i I.KS ASSOr.lATIONS O^VRlf•.^F.!^ F.N .\N(.|.F.I l.l'.I'.n. 

OU (le se (l'dii'c, ((iiimic ;iill('iirs, ol)lig(''S do 
1 iiiiilci', le ii'diiisciit à I iiii|»uissnnce cii se 
lif^uaiit avec les Ir.ivaillcin's, et en (lumi;int 
ciix-irirmos <!(' l'oiivi-ago à c(mix <\u\ Idiil 
([iiilt<'', ])nin'r»'sisl(M' à rrt abnissomoiit inlt-iii- 
pL'stii'. [)c la soi-lc, maîtres et ouvriers, rtMiiiis 
par des intérêts communs, forment, en fait, 
une seule association, éclairée par les discus- 
sions du conseil et gouverm'-e par ses déci- 
sions. La classe ouvrière lui est redevable des 
améliorations les plus heureuses dans sa con- 
dition. Elle lui doit en grande partie la stricte 
observation de la loi, ouvertement éludée 
auparavant, qui interdit les Truck-shops, avec 
tout leur cortège d'abus. Elle lui doit aussi 
de ne plus être imbue de certains préjugés, tels 
que l'hostilité contre les machines, qui avait 
mis les armes aux mains des Luddites, et dont 
les funestes suites retombaient particulière- 
ment sur elle. Aussi les Unions d'ouvriers, 
qui, dans cette industrie, n'étaient que des 
Trade-Societies, et n'ont jamais eu de fonds 
de secours, en sont-elles arrivées à ne plus 
faire presque aucune dépense. Tout en con- 



r.EMÈDES AUX r.r.ÈVES. 28'j 

servant leur puissance et leur organisation, 
elles ne sont plus à charge, grâce à l'absence 
(le grèves, à la bourse de leurs membres, et 
ne leur demandent ([u'une souscription in- 
signifiante, de 1 sliilling par an (moins de 
2 ^centimes par semaine), [.es luîtes stériles 
entre le capital et le travail, dont le public 
finit toujours par payer les frais, ont ainsi 
disparu de l'un de leurs foyers les plus actifs, 
sans que cet heureux chanaernent porte 
aucune atteinte à la saine concurrence, la 
seule vraiment profitable au consommateur. 
Un pareil exemple ne pouvait rester sans 
imitateurs. En juin 1808, un conseil fut 
établi dans l'industrie des dentelles de Not- 
tingham, sur la demande des ouvriers. Le 
lendemain môme du jour où la C-ommission 
s'était occupée de cette question, l'un de ses 
membres. Lord Eh lin, réunit chez lui deux 
adversairesjiis(|iu'-là ii'r<''('oncilial)les, M. Lan- 
caster, (|ui i('j)r(''S('nlai( plusieurs proprié- 
taires de hoiiilléi'es (lu Sdulh Lancasbire, et 
I\L Pickard, clicl' des Unions de mineurs 
de ce district, cl, assistés de rc.\[t(''i'icnce de 



280 LKS ASSOCIATIONS OUVKif'-KES EN ANCLF/fEUUF: 

M. Miiiiilfll.i, ils ir|ri'c!!l ciilrc cux los l)ases 
(! Mil coiiSL'il aiicilo^uc à ccliii de iXoHiiiLiliaiii. 
Les dislricls inini(3i's du St.iJlordsliirL', de 
.Middl('sl)oroii^]i cl de ricvclaiid, inèinc' les 
ouvriers eu liàtiuieuls de Ih'adfurd, jus(ju'à 
présent si iniraitablcs, ont demandé à M. Muu- 
<lella de vejiii- les doter du système qui a si 
hien riMissi sous ses auspices. Enfin, cliose 
jdus remarquable encore, la même invita- 
tion lui est venue de cette industrie des limes 
de Sheffîeld, dans laquelle nous avons vu 
les Unions établir leur domination par les 
moyens les plus violents. 



II. LA COOPÉRATION, 

Nous en avons dit assez pour montrer que 
les conseils d'arbitres ont apaisé bien des 
passions hostiles. Mais ils ne peuvent suffire 
aies éteindre complètement, à reléguer dans 
le domaine dupasse les luttes funestes qu'elles 
engendrent. 11 faut plus que cela pour porter 
le remède juscpi'à la racine du mal, et con- 



REMÈDES AUX GUÈVES. 287 

roiidrc à jamais les intérêts de deux classes 
trop longtemps divisées. 

Les sociétés coopératives semblent des- 
tinées à devenir le principal instrument de 
cette révolution salutaire. Tandis (pie bien 
des institutions diverses, en encourageant 
l'épargne, améliorent la situation de l'ou- 
vrier, la société coopérative, dite de pro- 
duction, le transforme directement en capi- 
taliste, par la part qu'elle lui assure dans les 
i)énéfices de l'entreprise à laquelle il apporte 
le service de ses bras. Les malheurs ariivés 
à quelques-imes de ces associations ont jeté 
sur le système tout entier une défaveur qui 
nous semble imméritée. Aussi croyons-nous 
intéressant de faire connaître les succès que, 
grâce à ime direction judicieuse, elles ont 
obtenus snr le lei'rain menu; où elles devaient 
renconirer bîs [)lus gi'ands obstacles. Nous 
choisissons deux exem[)les, lournis, l'un par 
les recherches de la (iOimiils-^ion royale, 
l'autre par un rajq)ort siu' les i)opulations 
agricoles, présente'" raïuKu' dcruièi'c au Parle- 
ment. Le premier n-jus nuuilrera le .système 



288 l,i:s ASSOCIATIONS OLYlllf:i'.KS EN AN<;i.[;i Kl'.KF.. 

("uojiL'ratir JH>pIi(|iH'' à riiiic des iiidiisliic-'s (|iil 
(•xi;^('iil les [)lus i^i'.iiids capit.-nix. l"('.\|»I()i- 
latiuii (lUiKj liuuillrn; : (;l laiili-c son iiilro- 
(liicliuji (Unis rap^ricullurc. 

1" J,a liouilli'ro de Uii^r^'s and C^ . 

INnir faire valoir une lioiiillùrc, il faut iiii 
capilal de rouleniont é^al a aidant de; lois 
lOU livres sterl. (2oOO i"r.) (|u"il y a douvriers 
employés. Il est donc impossible qu'une entre- 
prise de ce gejire soit l'œuvre exclusive des 
mineurs associés : ils ne pourraient trouver 
entre eux un capital aussi considérable. 
Combicii d'années leur faudrait -il pour 
amasseï' 100 livres sterl. chacun? Et même 
alors comment pjourraient-ils renoncer au 
salaire régulier qui seul encore leur assure 
leur pain quotidien, pour toucher un simple 
dividende, qui, dans une industrie aussi va- 
riable, après avoir été considérable une 
année, se trouve être nul l'année suivante? 

Ce sont ces difficultés, insurmontables en 
apparence, qui ont été tournées de la façon 



REMÈDES AUX GUÈVES. 289 

\d plus heureuse })ar le système adopté dans 
les houillères de M. Briggs. Frappée de ses 
avantages, la Commission a interrogé, non- 
seulement les fondateurs de l'entreprise, mais 
aussi plusieurs ouvriers, autrefois leurs ad- 
versaires acharnés, devenus aujourd'hui leurs 
associés et leurs auxihaires les [dus actifs. 

Les houillères de Whilwood and Methley 
Junclion sont si tuées dans le South Yorkshire, 
où, comme nous l'avons vu, la guerre des 
grèves et des lock ont s'est poursuivie, dans 
ces dernières années, presque sans inter- 
ruption et avec une aniniosité extrême;. Elles 
en avaient sou llért plus (jue toutes les autres 
peut-être. L'uu des ouvriers actionnaires de 
la société actuelle, M.Toft, raconte lui-même 
à la Commission qu'en 1863, dans l'un de 
ces meelings où les orateurs de l'Union 
échaullaient les passions d'un auditoire déjà 
exaspéré contre les maîtres, il s'est écrié (pie 
« si M. Bj'jggs avait des coruiîs, il serait le 
» diahle en [)ersonne! » On peiil croire que 
M. Briggs, de son cùlé , n'avait guère 
meilleure opinion de ces cliefs populaires, 

17 



290 LI.S A'-sni lA'lON.s OLVIlIKIILS h.N A.N'I.l.l I.KI'.l,. 

c.ir il iii(''si(l.iil l'association des iiiailivs, for- 
iii(''L' iiiii(|ii('iii<-nt poiii' C()iiil»altr(i h's Unions, 
f'/c-l an niilicn (h; ers Inilcs (jn'il irsfrlnt 
de l.'nlt'i- niic ij;Taiide exp-'îi-icncf, ol de clier- 
clicr. non |>lns à <l<''tiiiirc ces sociétés en les 
alla(]naiil de IVonl. mais aies rendic innliles 
en onï'ant anx ouvi'irrs des a\antagcs plus 
considérables que ceux qu'elles avaient ja- 
mais pu leur promettre. La propriété des 
houillères, estimée à une valeur d'environ 
90 000 livres sterling (2 250 000 fr.), fut 
cédée à une société en commandite, formée, 
à cet effet, de 9000 actions de 10 livres sterl. 
(250 fr.) chacune (1). Les anciens proprié- 
tah^cs s'en réservèrent les deux tiers pour 
demeurer maîtres de l'administralion, les 
3000 actions restantes furent oflertes aux 
mineurs, aux clients et au public. Une porte 
fut ainsi ouverte aux ouvriers pour entrer 
dans les rangs des propriétaires. Mais iJs 
n'auraient pu en profiter, si l'on n'eut joint à 
cette offre les moyens d'amasser ce capital de 

(1) v"n lieu plus laid une nouvelle émission a iioilé le 
noiubie dc.^ aclions à 10 000. 



REMÈDES AUX GRÈVES. 291 

2^^0 francs, et ajouté au mince dividende 
({u'il pouvait leur donner un stimulant plus 
puissant. 

Pour cela, renonçant au secret que la plu- 
part des industriels aiment à garder sur leurs 
bénéfices, M. Briggs résolut de les partager 
avec les ouviiers, afin de les intéressera les 
accroître autant qu'il était possible. Le fonds 
social fut considéré comme se composant de 
deux ('lémeuts : d une j)art, le capital lictit" 
représenté par le travail des mineurs, et, 
d autre part, l'argent des actionnaires. Les 
salaires payés au même taux (jue dans les 
houillères voisines, devinrent l'intérêt assuré 
aux ouvriers pour le premier de ces deux 
capitaux; et pour le second, il fut réglé que 
les actionnaires auraient sur les recettes un 
intérêt de 10 poui' 100, cliill're (jui paraîtra 
iiKMh'-ré, si l'on songe ([u il doit ('(uai-ir les 
délicitsdes mauvaises aum-cs. on le caiiitaliste 
ne touche rien, taudis qu'il n'y a jamais d'in- 
terruption dans les salaires. TousK>s lt(''ii(''liees 
faits après ce duul)le prélèvement l'ui'ent 
désormais considérés connue des gains com- 



202 Li:S ASS()i:iATIôNs <il'VIlli;i;FS I:N AN'.I.I I l.l'.llF.. 

liiiiiis (le I.i s()ci(''|('' cnrH-i'c, et ]i;iila;^»''S ciili'i' 
les deux ('li' iiiciils ;i l.i ((miik'ImI luii (IcsijiicU ils 
('•liiiciil. (lus. Si, |)ai' cxciniili'. au ImuiI ilc 
TaiiiKM', le iMMiiMicr iirl ic] .ri^-ciilc 1 î |Miiii' I <M) 
(lu c'niilal eu artidiis, oii atliiliiic à ce capital 
H) iM.ui' 1(10 a lihv <1 iiilrrrls, cl 2 j.oiii- KiO 
à liln- (le [inAW [bonus), ci les 2 pour 100 
restants reviennent aux ouvriers. La somme 
(les salaires toncln's par chacun d'eux dans 
le courant d(.' rauu<''e sert de base à la di^lci- 
bulion <[ui leur est rait(î de cette part de 
bénéfice (pii leur revient (1). Toutefois, 
jus(pi'à présent, a(in de les encourager à 
devenir membres de la société, un avantage 
a été fait, dans le partage du profit, en faveur 
des ouvriers qui possèdent des actions. Ainsi, 
en 180(3, la part de ceux-ci s'est élevée à 
10 pour 100 de la somme annuelle de leurs 

(1) l'^n coiisidt'raiU ce total annuel des salaires cViiii ouvrier 
CDmiiic riiiléiiM du caiiital fictif quil apporte par son travail, 
on peut en drduire le chiffre de ce capital. Ainsi un outi 1er 
a gagné 50 livres slerl. (1250 fr.) dans l'année : en calculant, 
comme pour le capital en actions, sur un intérêt de 10 pour 100, 
le capital représenté par son travail sera de 500 livres slerl, 
(12 500 fr.) 



r,r.MI'')F.S A'iK GRÈVES. 293 

salaires, tandis <}ii(3 les autres n'ont été ap- 
j)elés à toiicli(;r (jue ÎJ pour 100. ('ette diffé- 
rence fut réduite en 1807, et la répartition 
(les bénéfices fut faite de telle soi'tc ([ue le 
dividende des premiei's représenta les douze 
centièmes et cidui des seconds les huit cen- 
tièmes de leurs salaires. 

C'est en juillc^t ISO") ([ue ce système fut 
mis en vigueur. La plupart des chefs des 
Unions avaient promis à M. Briggs de le 
soutenir dans cette tentative; mais ils n'avaient 
pu vaincre la défiance des ouvriers. Le ju'es- 
tige exercé sur leur esprit par le seul mot 
d'Union était tel, qu'ils n'écoutaient pas ceux 
qui l(;nr conseillaient de renoncer à cette 
institution en échange d'une antre, pj'éfé- 
rable a tous égards. Leur défiance était si 
grandi', (|ue, M. Briggs ayant prescrit (pic, 
pour touclici' sa [)art de lM''n(''lice. chacun 
dini'ait acli(;t(;r, uu)ycuiiaid 1 pcnuy (10 cen- 
times), un livret où, toutes les semaines, on 
écrirîîit sa t»aye, un ticîrs seulemenl denti-e 
eux fit cette <l(''pense insii^nifianle : l.int ils 
croyaient cpie cet avaidage ([u On leur ctllrait 



20'i I,i;s ASSOCIATIONS OlVHIKIthS KN ANGLFTKUI'.F. 

IH' SCl'Jiil (|l| un Icllliv. Ililililc (le (liic (|l|('. 

lo 1" j.iiiNici' |N()7, loi'S(|ii(' ceux (|ui ;i\.iiriil 
iiM livret reçurent 5 jtoiir 100 ili- plus .|ii(' ics 
antres, ces [H'évcii lions s'évaiioiiirciil sans 
retour. Cc'pendaiil, jiar l'effet de riiiciiiaMc 
indiHerenc(3 que tant de ^ciis nioiilrml [)our 
leurs propres intérêts, un dixième des ouvriers 
néglige encore aujourd'hui cette simple for- 
mai i té. 

Rien ne prouve mieux r[uc les chifTrcs 
soumis à la Commission par M. Briggs et son 
frère le succès de leur œuvre. Dans Tannée 
1 867, ils ont fait un bénéfice net de 20 i 1 7 li- 
vres sterl. (510 425 fr.), tous frais et amor- 
tissements payés. Une partie seulement de 
cette somme a été partagée en dividendes et 
profits, car 8000 livres sterl. (200000 fr.) 
ont été mises de côté pour assurer une répar- 
tition aux ouvriers dans les années mauvaises 
qui pourront survenir. (Juoique, à cette 
époque, l'exploitation de la houille ait été 
particulièrement lucrative, ce résultat n'en 
est pas moins remarquable : au dire de 
MM. Briggs, l'ancien système ne leur aurait 



REMÈDES AUX GRÈVES. 295 

pas donné do pareils bénéfiées dans des 
circonstances analogncs. 

Cliosç pins remarquable encore, le rende- 
ment de la mine ne s'est presque pas ressenti, 
grâce à la nouvelle organisation de la société, 
de la période de souffrance qui a suivi. C'est 
qu'un autre esprit anime tous ceux qui y 
travaillent : tous solidaires, tous également 
intéressés au succès de l'entreprise, ils ont 
apporté à raccomplissement de leur tâche, 
au lieu de l'insouciance du mercenaire, l'ar- 
deur de- l'industriel qui poursuit obstinément 
la fortune. Depuis lors, plus de grèves : six 
jours de chômage seulement en trois ans ; 
quand un abaissement de salaire a été né- 
cessaire, quelques explications ont su fil 
pour le faire accepter sans murmures. Un 
jour, [»nr exenq^le, les ouvriers d un puit-" 
ayant demaiidi'' une augmentation de [>aye, 
MAL Ih'iggs consultèrent le reste des mineurs, 
et ceux-ci décidèrent unanimenieni cpi'il 
fallait la l'efuser. Désormais c'est à tons les 
li'availleui's (pi es! coulir'e cette surv(>illaiie(î 
des moindres détails qui assure lécouoiuie 



290 LES ASSOr.lATIONS OL'VRlfcHES KN ANC.I.KTKRRE. 

cl 1,1 lionne <;('Sll(in (I.IIIS linr ,t'l';ill(|r cNl.ldl- 

l.ilidii. (I;ins nnc iinliislri'' snilnni (h'i les s;'.— 
laii'cs j'('|;r(''S(Mil('nl 70 pour iOO «les <l(''|»t'nstis 
lotales; et ils s'en aC(iiiilteiit mieux (juc les 
inspecteurs les plus senipuleiix. « niiaiid 
-» dans les galeries, nous dit l'nn dCnx, nous 
M apercevons un clou par Icrrc. nous le 
» ramassons eu disant ce mf»t passé en 
» provei'be : Autant do plus pour le profit 
» de fin d'année. » 

Les anciens chefs des Unions sont devenus 
les plus ardents à condamner et à combattre 
les quelcpies ouvriers demeurés dans les erre- 
ments d'autrefois. Bien plus, tous actionnaires 
aujourd'hui, ils sont les principaux défenseurs 
du partage inégal des bénéfices. Une discus- 
sion sur ce sujet s'engage devant la Commis- 
sion entre eux et M. Briggs, et c'est celui-ci 
qui se trouve être Tavocat de la répartition 
uniforme entre tous les ouvriers, qu'ils soient 
actionnaires ou non : il soulieut que chacun 
d'eux, apportant une certaine quantité de 
travail à l'œuvre commune, a droit à un divi- 
dende exactement proportionnel au capital 



f'-- 



REMÈOES AIX CRÈVES. 297 

que ce travail représente. Ses interlocuteurs, 
moins préoccupés de ce droit abstrait que du 
bon effet pratique de l'inégahté, lui répondent 
qu'il importe avant tout aujourd'hui d'amener 
l'ouvrier à devenir capitaliste, et (ju'il faut 
l'encourager de toutes manières à pi'cndre 
des actions dans la société. Le profit leur en 
donneàtous les moyens : ceux ([ui ne le font 
pas ne soutiennent pas l'entreprise autant que 
les autres, et par conséquent n'ont pas droit 
aux mêmes avantageas . Cette différence en 
faveur des possesseurs d'actions est d'autant 
plus nécessaire que le simple dividende assuré 
par l'un de ces titres, ne représentant pour 
un bon ouvrier <pu' le salaire de irois <>u 
quatre jours de travail, ne suffira jamais [>our 
le décider à épargner sou par soûles 10 livi'es 
(250 fr.) nécessîiires à l'achat d'une action : 
iliKîs'inq^osei'acetutih! sacriiice que s'il lui ga- 
rantit (Ml même temps une part plus considé'ru- 
ble (l.ius les bénéfices attribués à sou lalicur. 
c< Il a liesoin, discul-ils, (r.ippiciidrr les av.iii- 
}) tages ([u'il y a pour lui à dcNcuir cMititalistc ; 
» il les ignore : oh Iticul c Csl uii moyen (res- 

17. 



298 1,KS ASSOCIATIONS Orvi;ll l;l s KN ANCLKTF.UI'.K. 

w l(''girnil<- (If lui (lolljiri' iiii peu df celte 

» insli'iKlioli (»l»li;^;il()ii'e doiil on [);irle tant 
» anjoiii-dlnii. » 

L'cxpôriL'iicc iiioiiti'cra l('(|iit'l de ces deux 
.systèmes un doit préférer. Sans nous pio- 
noncer entre eux, nous avons voulu l'aire 
voir, en citant cette discussion, combien maî- 
tres et ouvriers, dépouillant tous préjugés de 
caste, s'intéressent au succès de leur œuvre 
commune. Aussi , grâce à cet esprit qui les 
anime, les idées prévoyantes se développent- 
elles de plus en plus parmi les ouvriers. Mille 
d'entre eux touchèrent, à la fin de 1867, leur 
part de profit, et trois seulement la dépen- 
sèrent en boissons : ils furent expulsés, avec 
l'approbation unanime de leurs camarades. 
Pour une société aussi nouvelle, le nombre 
des ouvriers qui en sont devenus membres 
est considérable : ils sont 144 sur 989 travail- 
leurs adultes, et ont entre leurs mains 
178 actions, équivalant à 1780 livres sterl. 
(44 500 francs) : capital important, puisqu'il 
représente l'épargne faite en trois ans par 
des hommes étrangers jusque-là à toute 



P.EMCDES AUX r.RftVES. 299 

idée d'économie (1). De grandes facilités sont 
accordées pour acquérir ces titres : tous ceux 
sur lesquels ils ont payé un à-compte de 3 livres 
sterl. (75 fr.) leur sont assurés (2), et 230 leur 
ont été spécialement réservés dans la der- 
nière émission. La prospérité de la société est 
telle, que les actions font déjà une prime de 
4 livres sterl. 10 [shill. (112 fr. 50 c.) : aussi 
cette réserve de titres est-elle un avantage 
important pour les ouvriers, car ils leur sont 
cédés, lorsqu'ils veulent acheter, au taux de 
12 livres sterl. 5 sh., c'est-à-dire à 50 francs 
au-dessous du cours du marché. En outre, 
neuf employés possèdent 80 actions ; les cor- 
respondants de la compagnie, 114; le ])h- 
blic, 1878; et les acheteurs habituels [cuslo- 

(1) Voici lo (li'l lil i\o la distribution des ces actions : parmi 
les 785 ouvriers qui Iravaillcnt sous torro, 83 sont artion- 
iiairos ni possèdcml 9/i actions; tandis qu'culrc les ouvriers do 
l'exIérieMi', sur 2()'i seuleuiiuit, ilyaOI aclioiuiaiies, pro- 
Itriétaii'os de 8^i litres. Il s'en Irouvc un dans cliacuno do ces 
deux calégories qui possède 6 actions. 

Ci) liOs actions a'Iietées ainsi par .'i-c()ni|ite ont toutes r|é 
payées iutégralenicnl depuis : pas un ouvrier n'a failli à ses 
engagements. 



300 LF.S ASSOr.IATIUSS OINHIIlilS IN ANM.I.I i.Rr.F, 

7ners)j I(ir»S. Ces (Irniiris, il il»'- russes «1»' la 
soi'lc à la |iins|M''iilf'' (le 1 ciil irj»ri-('. (»nt. «laiis 
les iiHtiiiciils (le l'alciilissciiM'iil, ■-(iiitciiii par 
luiis les iii<)\ciis |ui>silil('S 1(1 jd-odiictidii «le 
la lioiiillriT. cl |tar coiisi'-iiiciit ses l)(''ii(''liccs. 
Quel(|iHî rciiiarijuahlrs «HIC sniciil CCS r(''- 
suUats,ils \w (loimciit })as la mesure des [Ud- 
grès accomplis sous riuflueiice du système 
que nous venons d'examiner. Les profits ma- 
tériels que les propriétaires et les ouvriers y 
ont trouvés sont peu de chose à coté des au- 
tres avantages qu'il leur a assurés, je veux 
dire de l'harmonie, de la paix, de la sympa- 
thie mutuelles qui régnent aujourd'hui là où, 
tout à l'heure encore, la haine et la défiance 
aigrissaient tous les cœurs. Comme ils 
l'avaient espéré, IMM. Briggs ont vu l'Union 
se dissoudre virtuellement, sans qu'ils l'eus- 
sent attaquée de front. Jamais en effet ils 
n'ont exclu un ouvrier parce qu'il en faisait 
partie ; mais ses membres l'ont spontanément 
abandonnée, reconnaissant qu'elle était dé- 
sormais inutile, si bien que, dans les houil- 
lères de M. Briggs, où, en 18;'^''j. elle comptait 



REMÈDES AUX GRÈVES. 301 

presque autant d'adhérents qu'il y avait 
d'ouvriers, une quarantaine seulement lui 
sont demeurés fidèles, et encore sans autre 
motif que celui de rester en paix avec leurs 
voisins. 

Cependant l'œuvre si heureusement inau- 
gurée n'est pas achevée : il faut espérer 
que peu à peu tous les ouvi'iers deviendront 
actionnaires, et auront une part importante 
dans la direction même de l'entreprise. Les 
fondateurs sont désireux de la leur assurer, 
et ce sont plutôt les ouvriers actionnaires qui 
croient qu'une certaine expérience leur est 
encore nécessaire pour acquérir les apti- 
tudes indispensables à l'accomplissement de 
ce mandat (1). 

2° Lfi Sociôtf' agricole cVAssington. 
Le second exeujplc (pi<' nous nous propo- 

(1) MM. I!iiij:'_rs n'ont \)as rti'' seuls à adoptci' ce sYstôinc. 
On cite la l'ahrique d'olijets de fer de fireening, à Middles- 
horoii;ili, et les fori^M's di' l'ox and Head, à Sallord, oi'ilenièino 
jiiiiiii|K' a rli'' adi)|il(''. Mais, iiar Miite de ciicoMslances adverses, 
on n'a im encore, dans ces deux étaliiissenienls, disirilmrr de 
dividendes aux ouvriers. 



302 ITS ASSOr.lAïKiNS (tlVHltRFS F.N ANGLETERRE. 

SKiis (le cilci' est celui iriiiic \(''ril.iM(' soci(''t«r 
e()0[M''rati\(' .-ipprMUKM' à l'ii^i-iniltiuc. Il est 
pou connu, et mériterait ceix-ndant (hi i'rtre; 
car il a pour nous rnutoriti'* d'une épi-cnvc 
soutenue; pendant Ircnle-liuit ans, avec un 
constant succès, au milieu de toutes les dif- 
ficultés et de tous les hasards d'une exploita- 
tion agricole. 

Le fondateur de cette société est M. Gurdon, 
propriétaire aux environs du village d'As- 
sington, dans le Norfolk. En 1830, il afferma 
00 acres (27 hectares environ) de terres mé- 
diocres à une association de quinze lahou- 
reurs, qui prit le nom de Société coopérative 
agricole d Assington.Oihcxm apporta au fonds 
commun la modeste somme de 3 livres sterl. 
(75 fr.), et une avance de 400 livres sterl. 
(10 000 fr.), faite par M. Gurdon, compléta le 
capital social. Les habitants de la paroisse 
peuvent seuls être actionnaires, et, sils la 
quittent, ils sont obligés de vendre leur part. 
La ferme, n'offrant de travail régulier qu'à, 
cinq hommes et deux ou trois jeunes garçons, 
ne peut occuper tous les actioimaires, mais il 



REMÈDES AUX f.RÈVES, 303 

est (le règle que ceux-ci doivent seuls y être 
employés : on n'aurait recours à des étran- 
gers que s'il fallait un plus grand nombre de 
])ras. L'exploitation de la ferme est confiée à 
run des ouvriers, qui, à titre d'agent, reçoit, 
en sus de son salaire ordinaire, le mince trai- 
tement d'un shilling (1 fr. 23 c.) par semaine. 
L'administration financière est surveillée })ar 
un comité de quatre membres, renouvelé 
annuellement par moitié. Quoique le capital 
social n'atteignît pas le chiffre que les fer- 
miers îuiglais jugent nécessaire pour faire 
valoir la terre, l'association prospéra : elle 
augmenta sa ferme de 130 acres (60 hec- 
tares environ), et, })0ur faire face à ses nou- 
velles dépenses (le prix de son fermage est de 
200 livres stcrl. ou 3000 fr.), elle s'adjoignit 
six .•icliojmîru't's. L\'m()runt fait à lAf. Gurdon 
fut rcnubonrsé; r.Wv devint ]»ropriétaire de 
loiil 1(> matériel de. l;i l'enne, ('om|>i'en;inl six 
clievaux, (juatre vaches, cent dix moulons 
et une trentaiiu' d(^ porcs; elle assura ses 
bâtiments pour ."Km livies (12 300 IV.); et 
elle vil rntin ses actions, (wniscs an capital 



30/j f.F.s ASSOCIATIONS mvi;M':r,r.s kn ANni.ivrF.r.Kt:. 

(le il livres slci'l (7.) IV.j, allriinli'c le ciuirs 
exli';i<>i'<liiiairo (Je Iji) livi'os sterl. (I2;)0 Ir.j, 
on [)liis (l(i seize fois leur valoiir ppemiri-e. 
Un aussi hon <.'xciii[)le a été suivi, et, eu 
18;j4, une société aualo^^ue s'est fondée dans 
le voisinage, sur une échelle un peu plus con- 
sidérable : elle promet d'aussi liemnix résul- 
tats (1). Cette application à l'agriculture du 
système de l'association des travailleurs nous 
a paru digne d'être remarquée. Son succès 
prouve combien elle est efficace et féconde, 
lorsqu'elle est faite avec discernement ; et cet 
exemple peut contribuer à affaiblir la distinc- 
tion artificielle par laquelle on sépare trop 
souvent chez nous l'ouvrier des campagnes 
de celui des villes. Quoique la situation du 
premier soit bien précaire et parfois bien 
difficile en Angleterre, on voit qu'il a su 
mettre en pratique une institution qui avait 

(1) Il exislo en Amérique beaucoup de sociétrs coopératives 
dans les industries qui exigent un capital considérable. On en 
a cité plusieurs devant la Commission, entre autres une qui 
exploite une bouillère dans l'illinois, et une fonderie coopé- 
rative à Troy, dans l'État de New-York, qui donne, à ce qu'il 
paraît, d'assez beaux proiits. 



REMÈDES AUX (.Kf.VES. 305 

été maintes fois Iraitoe d'ulopio. L'agriculture 
pst bien plus encore chez nous que de l'autre 
coté du détroit la première des industries na- 
tionales. Les ditterences créées entre l'artisan 
et le laboureur par les conditions diverses de 
leur vie ne les empêchent pas d'être solidaires 
l'un de l'autre. Si Tun a ])lus d'occasions de 
s'instruire, plus de facilités pour s'associer, 
si le séjour au milieu des grandes villes éveille 
plus aisément dans son ame aussi bien les 
passions généreuses que les entraînements 
irréfléchis, s'il ]ieut ainsi offrir à l'autre de 
nobles leçons à suivre, en même temps (pi'il 
lui montre par son exemple les dangers à 
éviter, parfois aussi il peut, eu revanche, 
demander d'utiles enseignements à l'iiounne 
qui, depuis tant de générations, féconde 
])ar son travail joui'ualier notre vieux sol 
g; Ml lois. 

Ils se complètent récipi'oquemenl. C'est 
leur ensemble «pii fait, eu très-grande partie, 
le |)('Uitle français, c*' peuple lalHH'leiix et 
indiislrienx, (''galemeni aple aux mâles Ira— 
\aux des champs et aux inventions raflinées 



30G I.r.S ASSOCIATIONS OUVRIERES EN ANCLETKURE. 

(le 1,1 science modciin' : Sdii (.-aractère iia- 
lioiiiil sCst IoI'Iik'' (le ces deux (''l(''iin'iits. y\r— 
(Iciil à ciiibrasser toutes les nohks causes, et 
cepeudaiit toujours fier, souvent nieino 
exclusif, dans son patriotisme ; retrouvant, 
pour défendre son honneur, toute son éner- 
gie, même après les plus amères déceptions 
et les plus grands découragements; prêt à 
tous les sacrifices, lorsque, au lieu d'être 
dirigé à l'aveugle et traité comme un dange- 
reux instrument, il se sent le libre champion 
des idées libérales : il trouve, dans ses apti- 
tudes si diverses, les ressources nécessaires 
pour aborder avec confiance et s'efforcer de 
vider les graves questions que nous venons 
d'indiquer, pour chercher la solution pratique 
de quelques-uns des problèmes les plus im- 
portants que l'avenir nous réserve. 



CHAPITRE X 

l/AVENIR DES UNIONS ET LA LIBERTÉ POLITIQUE, 



Nous sommes loin des Iristes scènes de 
Sheffîeld. On comprendra maintenant qne 
nous n'ayons pas craint, an débnt de cette 
étnde,de les exposer dans toute Icnrlun'i't'iir. 
C'était le meillcnr moyen «le dégager diiiie 
anssi fnnestc solidarité les puissantes associa- 
tions ouvrières. On a vu (fn'apr«''s les grandes 
Inttes industrielles (pielles ont soutenues 
contre les maîtr<'s, elles ont, plus d'une fois, 
(•onli'il»ii«'' à rétahlir raccoiNl cnli'c les patrons 
et les ouvriers, soit on se |»orlaiil garantes 



308 l.r.S ASSOCIATION-, (il \ i;ll |;i;s KN ANM.i.l l.r.lli;. 

(I im \ ('•nl.ihlc lr;iif('' (le |);iix coiiclii nilrt' i i|\ ^ 
S(»il en ((''(laiil la |»la(;(i à de in)ii\<'ll<'s asso- 
cialioiis (l'iiiio lorrne mcillciii'f. Mais It-iir 
lâche ne doit pas se boriK'r là, «-t leurs cliers, 
jilaidaiit pour elles devant la ('omniissiou 
royale, lui ont montré le rôle nouveau qu'ils 
entrevoient dans l'avenir pour les sociétés 
qu'ils représentent. Le jour où la législation 
leur permettra de posséder comme personnes 
morales , où les conseils d'arbitres, rendant 
presque toutes les grèves inutiles, laisseront 
sans emploi les fonds jusqu'à présent absorbés 
par ces stériles dépenses, elles auront mieux 
à faire que de se dissoudre : elles pourront 
elles-mêmes devenir le noyau de ces socié- 
tés coopératives, dont l'action paciri({ue doit 
remplacer leur règne agité. En effet, ces 
grandes Unions qui s'étendent sur toute l'An- 
gleterre, qui alignent tous les ans des millions 
dans leurs budgets, auront alors à leur dispo- 
sition les deux éléments indispensables au 
succès de telles entreprises : une forte orga- 
nisation, et un capital capable d'assurer leur 
crédit. C est à l'absence de ces deux éléments 



L'AVLMIl lits IMONS ET LA I.llŒriTÉ POLITIQUE. 309 

quil faut attribuer la ruine de la plupart des 
sociétés coopératives, et l'on peut espérer 
fpic les Uuions sauront lin jour employer leurs 
vastes ressources à reprendre leur tache dans 
des conditions bien plus favorables que celles 
où se sont trouvés leurs devanciers. 

Laissons, si l'on veut, cette hypothèse de 
coté : nous n'en avons pas besoin. En effet, 
une sérieuse expérience a déjà donné sa sanc- 
tion aux remèdes (pie nous avons vu ap[ili- 
quer avec tant de succès à rantagonisnie des 
maîtres et des ouvriers, cause de si grandes 
soulfrances. 

Mais, de tous ces remèdes, faut-il dire; cehii 
que nous regardons comme le plus puissant et 
le plus indispensable, celui sur lequel nous 
voudrions surtout appeler l'attention ? Il n'est 
pas uiu' seule l'ois luciilioiiiK'' dans les dix vo- 
iinnesde la, ( loiiimission, mais il est t'amilicr 
à tous ceux ([ui y iigurciil . ri lOii ne pcid 
lirtî deux lignes de ce recueil sans v diM'oii- 
vrir son inllueiiee. Dans loul l(> coui's de 
cetl(! élude, nous n avons pas eilc'' un seul 
fait (pii, outre linliTèl pailieulier (piil [lewl 



:no i.i-.s ASSOCIATIONS m \r.ii:i;i;s kn an<w,kiki;I!K. 

ollrii'. ii(> jtroiivc ((tiiiMcji ccllr iiilliiciicc < si 
el'licacc. Il llf reste doiie |»|iis (|il a intjilliier 
ce spcc'ili(|iie, ou |)liil(')t cliacuii la dc-ja de- 
viné : (^'('sl la lil>ei'l('' |M)liti(|ii(', les droits 
divers qu'elle assure; el d'abord cette liJjerté 
d'écrire et d'imprimer, dout jouit l'Angle- 
terre, cette larg<; publicil»' (|iii r(''|taiid sur 
toutes les (luestion? la plus vive Inmiere. (lu 
a vu (jiril a suffi à la Couuuissiou d'ouvrir 
les portes de sa salle de séance pour pi-ovo- 
quer une discussion à la fois si franche et 
si utile, que les adversaires de la veille en 
sont plus d'une fois sortis réconciliés. Une 
presse parfaitement libre , affranchie des 
lourds impots (pii, faisant chez nous des jour- 
naux politiques un ol)jet de luxe réservé à 
un petit nombre, ne peuvent que contribuer 
à l'abaissement des intelligences; une presse à 
qui, par conséquent, il est possible de donner 
à bas prix des publications considérables, où 
rien n'est omis de ce qui intéresse le pays : 
telle est celle qui, chez les Anglais, éclaire 
les masses, en discutant sérieusement et con- 
stamment les aftaires publiques. 



L'AVENlll DES LNIUISS ET LA LinEllTÉ l'OLlTinlE. 3il 

D'un aulre cùlô, le droit de r(''iini(tii. exercé 
aussi iiaturellcmcrit que le droit d'aller et 
de venir sui' la voie publique , permet à 
toutes les idées, à toutes les aspirations, 
de se montrer au grand jour, de s'exprimer 
sans déguisement, et en même tenqjs les 
soumet toutes à l'examea et aux critiques 
de l'opinion publique. Ainsi voyons-nous les 
Unions s'assembler à tout propos; mais, in- 
struites par l'expérience, elles ne discutent 
guère de questions abstraites : quand elles 
se réunissent, c'est pour s'occuper de leurs 
affaires. Dans ces discussions prati(|ues, elles 
oiïrent aux hommes les plus dignes de les 
diriger l'occasion de se; montrer. Elles api)el- 
lent le public à leurs délibérations, pour l'y 
intéresser et dissiper ses défiances, l'ei-soiuie 
ne leur conteste ce droit, même lorsipi elles 
en usent avec les ap[)arences les plus mena- 
çantes, comme ce jour où l'on vit plus de vingt 
mille mendjres des Unions s'assembler sous 
leurs bannières, et, maj'cbant en rangs serrés, 
prendic parla ujic gi'i.ndc di'nidnsli'.ilion pit- 
liTnpie. La pdlicc ne s'en ('jiiiil «pie pour ré- 



?,\1 l.r.S ASSOr.fATIONS OLVUlf-RKS FA' ANr.LKTKnUE. 

^Ici'la (il'ciilatioii (les voitiil'rs, de niaiiici'c à 
ne pas li'oiihlcr (•(.'lie lonuiic [trocL'ssioii M). 
C-cllc lil>erlé a favorisé, sans doute, la for- 
mation et la croissance des Unions: mais 
quel est l'esprit timoré qui oserait s'en plain- 
dre, puisqu'elle a ainsi lait disparaître du sol 
de l'Angleterre les sociétés secrètes, qui y ont 
exisl('' connue sur 1(; continent? l'Llle les a 
rendues inutiles en pt-rnicllant à cliacmi de 
réclamer ouvertement tous les avantages que 
leurs membres pouvaientse proposer d'obtenir 
par des menées occultes. Les théories les plus 
contraires à l'ordre social actuel pourraient tous 
les jours se produire impunément, s'il y avait 
un public désireux de les entendre exposer; 
mais, en revanche, les plus ardents réforma- 
teurs ne comptent, [tour leur triomphe, que sur 
l'emploi des moyens légaux. Les libres institu- 
tions qui régissent nos voisins leur permettent 
d'attendre de leur propre persévérance et do 
l'équité nationale le redressement de tous les 

(1) La destruction des grilles de llyde-Park. qui eut lieu 
quelque temps après, fut l'œuvre des nvighs de Londres. Les 
unionistes y demeurèrent complélcnient (Hrangers. 



L'AVENU". DES IMONS ET LA LlUEUTÉ POLITIQIE. 313 

j^i'icfs ({u'ils cToioiit fondés, et ils savent que 
les conquêtes ainsi lentement accomplies au- 
ront bien plus de durée qnc celles qui seraient 
l'œuvre de l.i roi'ce. Au congrès de Lausanne, 
ou a vu un exem})le remarquable de ce res- 
pect de la légalité : il n'est pas étranger à 
notre sujet. Les délégués anglais s'étant plaints 
amèrement de la jurisprudence qui venait, 
quel(|ues mois auparavant, de priver les fonds 
des Unions d(^ loule protiudion légale, le con- 
grès voulut aussilùt procédera un vote de C(M1- 
siu'c ('(tnlre les jtii;cs (pii avaient pronciicé la 
sentence : les Anglais s'y opposèrent, décla- 
rant que la loi était inique, qu'ils feraient 
tous leurs efforts pour en amener le change- 
ment, mais <[ue, tant qu'elle était la loi, ils 
"especteraienl les juges ([ni rapi)li(pi.ii('nt. 

liin observaid le spectacle (pic vient de 
nous donner, en Angleteric. 1 en(|iiiMe de la 
Commission royale, nous avons voulu ninu- 
trer inie fois de plus (|ue le [U'ogros social 
des classes ouvrières et la solution paci- 
fi(|ue des grandes questions (pii s y ralla- 
clieut sont, dans tous les pa}s, indiss(.lid>le- 

18 



'6ifi l.tS ASSOCIATIONS OLMllfcKKS KN ANOI.EI hUIlK. 

riiciil lirs à la lilj(;rt('; ]>(ililii|ii<'. De tout li'iii|»s 
les pouvoirs ([ui ont l'csli'ciut la libertcî so scjiit 
fl;iltrs (r(''toiifV('i' CCS (|ucstioiis, ftii (r(;x|)loil{'r 
à leur [)i'olit les passujus qu'elles ioul naître. 
Ils ont prétendu protéger })ar le silence les 
classes riches contre les égarciiifiils [Mipu- 
laires, et,])ai' liniliative de leui' ;iiiluril(''. <^('v- 
vir les intérêts de la classe laborieuse mieux 
([u'elle ne saurait le faire elle-nirnic : double 
et fatale erreur (pu prépare de cruelles sur- 
prises aux peuples qui peuvent se laisser bercer 
par une pareille illusion! L'absence de publi- 
cité, de libre discussion, envenime, sans les 
résoudre, les questions sur lesquelles elle jette, 
[»our quelque temps, un voile trompeur, et 
laisse se creuser un abîme entre les diffé- 
rentes classes d'hommes qui composent une 
seule et même nation. De pareilles questions 
doivent être traitées comme ces mines de 
houille dont uous avons parlé, où le plus 
subtil poison est mêlé à des trésors iné|)ui- 
sables : si l'air en est exclu, le gaz mortel s'y 
accumule rapidement; si, au contraire, elles 
sont bien ventilées, ou peut en extraire sans 



L'AVEMli DES INIONS ET I,A llUKlilE POUTlnLE 315 

(liingoi* le puissant moteur de notre industrie 
modei'ne. 

Ceux qui ont le plus à craindre l'explosion 
des passions populaires sont les plus intéressés 
à les empêcher de fermenter dans l'ombre. 
Ils ne doivent pa^s moins redouter la demi- 
liberté, qui ne leur permet de répondre à des 
tliéoi'ies que par des théories, à des rêves 
eliimériques que par des dissertations inop- 
portunes sur des droits abstraits, qui, ne lais- 
sant à tous un (jroil inutile de parole que pour 
k'ur refuser la prati([ue journalière de leurs 
affaires, empêche ce contact incessant où 
toutes les idées s'adoucissent et s'épurent. 
Elle ne favorise ainsi ({ue le développement 
des opinions extrêmes. Ce demi-jour est d'au- 
tant plus dangereux, qu'il fait bientôt illusion 
aux yeux affaildis qui s'y habituent, comme 
font illusion, si j(^ puis ici me permettre cette 
comparaison, les verres colorés à travers Ics- 
(fuels nous nous aimisims parfois à rcf;ar- 
d<'r la campagne. La pleine et libre expres- 
sion de l'ojtinion publiipu', sous toutes ses 
formes. |hmi1 seule i'(''pniidre sur les ques- 



niG LKS Ass()i:iAii(»Ns ()i:vi;ii^:nt:s i:n .\m.i.i:ii;i:i;i;. 

lions ixililKiiics cl sociales ffltc liiiiiicrc, ('-fla- 
taiilc coiiiiiic celle (In snicil, et coniixisén 
comme elle de mille iiiiaiices diverses, sans 
la([uelle on ne sanrait les jnj^ei* sainement. 
La liberté politicpie n'est pas moins néces- 
saire aux classes ouvrières. Sans son aide, 
comment apprécieraient-elles leurs véritables 
intérêts? Comment, dans les paroles de ceux 
qui briguent leur faveur, discerneraient- 
elles le vrai du faux , le possible de l'impossible? 
Comment exerceraient-elles sur l'opinion pu- 
blique la juste influence à laquelle elles ont 
droit? Ouelle garantie auraient-elles (;nfin de 
pouvoir jouir avec sécurité des légitimes 
améliorations qu'elles ont obtemies ou qu'elles 
réclament encore ? Cette liberté, en effet, est 
la sanction de toutes les autres, et elle seule 
donne la force et la vie au principe de l'asso- 
ciation, plante vigoureuse qui veut le grand 
air et ne peut vivre et fructifier sous cloche. 
Sans toutes les libertés diverses dont elles ont 
fait un si large usage, les Trades-Unions se- 
raient éternellement restées de simples ma- 
chines de guerre, capables de prolonger des 



l.'AVF.Nin DES (NIONS F,T l\ I.HiKRTf; POI.ITIOl'i:. 317 

îiîlics funestes pour les ouvriers eux-mêmes, 
mais inliabiles à leur assurer le moindre avan- 
tage durable. Quoique les ouvriers jouissent 
paisiblement de toutes ces libertés, car elles 
sont en Angleterre l'apanage de tous les ci- 
toyens, toutefois ils ne dem.eurcnt pas plus 
étrangers aux questions politiques que les 
autres classes de la société. Si aujourd'hui 
ils s'occupent spécialement d'obtenir l'aboli- 
tion des derniers articles de loi qui entravent 
[)0ur eux, dans certains cas, le droit d'associa- 
tion, hier encore, lorsqu'il s'est agi d'étendre 
les privilèges électoraux, ils ont montré tout 
le prix qu'ils attachaient à cette grande ré- 
forme. Ils savent d'ailleurs que, si les libéraux 
comprennent souvent mieux leurs sentiments 
et connaissent mieux leurs besoins, dans tous 
les partis cependant ils trouveront des hom- 
mes d'Etat, dignes de ce nom, toujours prêts 
à les écouter et à se vouera la défense de leurs 
i II I (''rets. 

C'est malheureusement aux époques de 
grandes crises p()lili([ues (pie ces questions 
sociales ont tou'ours été soulevées chez nous, 

18. 



318 Lr.s ASSOCIATIONS ocvniÈr.FS i:n A^f.l.^:lKlll;^:. 

au mom(3iit le moins propice jiour 1rs n'soii- 
(Ire, lorsque les esprits sont ti-duiili-s, les 
passions enflammées, et la prosjK'ritf' inat»'- 
rielle fortement ébranlée. Mais de pareilles 
questions tonclient de tro[) près aux sources 
mêmes de la grandeur nationale pour pou- 
voir être longtemps privées de la lumière que 
répand sur elles la liberté politique ; et cela sur- 
tout dans un pays dont les institutions ont pour 
base le suffrage universel, ce juge souverain 
qui peut toujours réformer ses propres arrêts. 
En France, où il est l'organe reconnu de la 
volonté populaire, où personne n'a le droit 
de récuser son autorité, mais où toutes les 
causes dignes de prévaloir dans les conseils 
de la nation, où tous les griefs légitimes 
comptent en appeler de ses jugements passés 
à ses jugements futurs, de pareilles questions 
ne peuvent manquer de l'émouvoir profondé- 
ment, et le jour doit venir où il fera usage de 
sa puissance pour en chercher la solution. La 
liberté et la publicité, ces garanties tutélaires 
de la justice, dont, comme tout autre tribu- 
nal, il ne saurait se passer, peuvent seules 



L'AVliNin DES TNIOS ET LA LIliERTÉ POLITIQl'E, 319 

effacer les traces des terribles malentendus 
qui ont éveillé chez les uns tant d'alarmes, 
chez les autres tant de vaines illusions, cpii 
ont fait couler tant de sang et laissé dans les 
cœurs ces funestes conséquences de la guerre 
civile, les pusillanimes défaillances et les 
haines concentrées. Elles seules sauraient 
prévenir, si jamais on pouvait le craindre, le 
retour de pareils malheurs. 

Aussi, en montrant l'influence de la lil)erté 
politique sur les questions sociales en Angle- 
terre, croyons-nous avoir cité un exemple 
encourageant pour ceux qui se préoccupent, 
de l'avenir de ces mêmes questions en France. 
Faudrait-il négliger un pareil enseignement 
sous prétexte que les caractères particuliers 
de la constitution britannique ne nous per- 
mettent pas de profiter des expériences faites 
sous son égide ? Nous ne le croyons pas, car 
ce serait exagérer l'importance des rouages 
anciens et compliqués qui la composent. En 
effet, malgré tous les artifices de n'Mlaclion, 
les conslitulions n'ol^éissent jamais ([u"à un 
seul moteur ; celle où s(> balanceraient des 



320 i.r.s ASSOCIATIONS or\r,i!',i;r.s v.y ANci.i'.'ii.r.iir. 

|)(»iivoirs l'ri'llciiiriil iiHl(''|»t'ii(!;mlsscr.ilt l^risée 
p.ir Iciir chue, coiiiiik' iiiic iii.ichiiie soumise 
à (k's l'ui'ces coritriiiiuîs. Co n'est pas telle ou 
telle pièce, inconnue ailleurs, rjui a soutenu 
la conslilution anglaise au milieu de toutes les 
transformations politiques et sociales de notre 
siècle : c'est ce moteur destiné à exercer dans 
Ions les pays libres la même autorité souve- 
raine, et ([iii s"a[)[M'lle l'opinion pul)li([ue. 
Quelque diverses (jue soient, dans tous ces 
pays, les institutions par lesquelles agit la 
puissance de l'opinion, elles peuvent toujours 
se comparer aux traductions en langages va- 
riés d'une seule et même pensée. Comment 
serions-nous condamnés, nous seuls, à n'avoir 
pas un langage à nous pour la rendre? 

Pas plus que d'autres nous ne sommes ex- 
clus de cette liberté politique à laquelle ont 
droit toute race, toute contrée. Le remède 
que la liberté politique apporte aux dangers 
soulevés par les questions sociales est égale- 
ment efficace chez tous les peuples qui le sa- 
vent appliquer ; et il n'est plus maintenant une 
seule nation, jalouse de conserver son rang 



L'AVENIR DES IMONS ET LA Mlil.KTK l'OLlTIQlE. 321 

dans le monde, qui puisse traiter cette lil)erté, 
alti'ibiit siiprriue de l'homme civilisé, comme 
un simple oitjet de luxe, duul ou se pare un 
jour et «pie le lendciiiaiu on d('daigne impu- 
iiémcid- 



APPENDICE 

(Voy. page GG) 



Voîf'i les calculs de M. Finlaison sur la snlvabililé 
des deux sociétés dont les budgets ont été soumis 
à son examen : 

J)ans les sociétés ordinaires de secours, 100 000 
hommes reçus à 18 ans seront, lorsqu'ils auront 
atteint 60 ans, réduits, p;ir la morlulité seulement, au 
nombre de 52/i89. Mais la sécession, combinée avec la 
mortalité, les réduira à celui de 29 297. On voit donc 
riini)oi'tance de cet élément dans tous les calculs. 

b'âj4:e moyen des membres de la Société des méca- 
niciens est évalué, en ce moment, h environ 35 ans. 
C'est ji partir de 60 ans qu'on a droit à la p(>nsiou 
de vieillesse, et c'est natini'llcmcnt à la niémc date 
(pie cessent, d'une part, les secours touchés en cas de 
maladie, et, d'autr(> partjes coniributious des liommes 
valides. Ces coutrihulious sont doiu' une aniiiiili' se 
terminant h 60 ans. La Société comi)U' 32 720 nunihies 
aclils, c'est-à-dire payani Iciw cotisalidn, 

La Société garaulil à ( Ikujuc lucmhrc 10 shillings 



324 AI'I'KMHCK. 

(12 fr. ;')() c.)|»ar semaine de maladie, la icidueliun au 
bout de vii)gl-six semaines élanl eoni()eiisée par les 
assurances contre les accidents, soit 16:iGU livres stcrl. 
('lOO ()()() Ir.) par semaine i)Our tous les mcmhies. La 
moyenne de la pension des vieillards est do 20 livres 
sterl.1f)s}i.(r)20rr.)paran: [)areonséquent,G80 576 livres 
slprl.(17 01^ /|00 fr.) sont assui^écs par an an coi ps en- 
tier; etri livres sleil. (."îOO fr.), ducs h la mftrt de cha- 
que membre, donnent 392 OM) livres sterl. (9810 UOU Ir.) 
à payer une fois, lot on taid. Enfin, la caisse est déjà 
grevée de retraites annuelles, en cours de |)ayemcnt, 
pour la somme de 52.'}2 livres sterling (i:;0 800 fr.). 

Si l'on ca[)ilalisc ces diirérentcs charges avec Taidc 
des tables de mortalité et de maladie enijdoyées dans 
les sociclés (le secours mutuels, on tiouvcra que la 
situation actuelle de la Société peut être représentée 
par l'état suivant : 

PASSIF. 

IG 360 £ par semaine en cas de maladie, jus- 
qu'à CO ans, sont assurées par 
un capital do 355 33'J £ 

680 576 £, pensions annuelles, au-dessus de 
GO ans, sont assurées par un ca- 
pital de 1 985 512 

392 640 £ frais funûPdircs, à payer une fois, 
sont assurées pour l'avenir par 

un capilal de 108 167 

5 232 £ pension? en cours de payement, par 

un capital de lili 697 



ToT.\L 2 553 715 £ 

(03 842 875 fr.) 



APPENDICE. 325 



ACTIF. 



85 072 £ contributions annuelles, jusqu'à 
60 ans, représentent un ca[)ilnl 

de 1 2.3i 395 £ 

1 030 ju contriliulious suspendues en temps 

de maladie, le réduisent de". ... 35 534 



HcMe ^différence) 1 218 801 £ 

Encaisse avec intérêts. 138 113i> 
Arriéré dû 10 068 



148 181^. r.8 181 £ 



Total i 307 042 £ 

(34 170 050 fr.) 



CAPITAf,ISi:S. 

Passif 2 553 715 £ = 63 842 875 fr. 

Actif 1 307 042 = 34 170 050 

Déficit 1 180 073 £ = 29 GCC 825 fr. 



Mais, peu à pou, M. Finlaison réduit ce dôficil à sa 
jiisLe valeur : il y indoduit d'abord le calcul des ex- 
clusions (ou sécessions). 

Va\ tenant compte de ces cxeUisions selon la in{"'ine 
pKipoilion (pie dans les sociétés de secours inuUicls, 
cl di'-duclion laile des chances ordinaires de maladies, 
diu'anl les(juellcs les cotisations ni' sont pas payées, 
pfjur composer la ('(inliilinlion annuelle de "2 livres 
sterl. 12"''-, on lrouv(^ (pi'clle est repiésentée par un 
capital de '.VA livres sicri. IS-''- O''^, ''f, <'ii nuiltipliant 
celte somme par yi 7'20, nombre de^ membres a.lils, 

19 



^iSO Al'I'l.MiKE. 

<|iir le cipil.il social cqiiivaiil à 1 110^68 livres slerl. 
(27 7(J1 700 l'r.). Kn csliiuant de niêine la diminuUon 
que les exclusions (loi vont amener dans les dépenses, 
(•n arrive à réduire l'aclif el le pas-^ifaux cliillru., >.\n- 
vanls : 

PASSIF. 

Capital reprcsenlanl les recours pour maladies. . 322 (il 2 .£ 

— pensions des vieillards. . ! 033 580 

— • frais d'enterrements ... 151 330 
— • pensions en cours de 

paycnieni à'i G3S 

Total 2 152 216 £ 

(53 805 400 fr.) 

ACTIF. 

Capital social actuel 1110 408 4^' 

Encaisse cl arriérés . . 148 181 

Total 1 258 649 £ 

(31 466 225 fr.) 

CAPITALISÉS. 



Passif 

Actif 


. . 2 152 216 £ =: 53 805 400 fr. 
. , 1 258 649 .= 31 466 225 


Déficit,.. . 


893 567 £ = 22 339 175 fr. 



OCSEUYATION. — Nous ignorons pourquoi M. Finlaison donne ici 
pour les pensions le chiffie de 44 688 livres slerl., et plus haut 
celui de 44 697 livres slerl. 



APPENDICE. 327 

Les trois [trfinicrs arliclcs du passif lUi 

premier élat donnent une sonimc de. . . 2 509 018 £, 

Les trois prcnucrs mêmes articles du pas- 

sii du second état donnent 2 107 Ô28 

La réduction du passif obtenue en 
tenant compte de la sécession a 

donc été de 401 iOO iJ 

(10 036 250 fr.) 

Mais M. Finlaison reconnaît que le chillrc moyen des 
sécessions, dans les sociétés ordinaires de secours, sur 
lequol il u fondé ce calcul, ne représente que les deux 
cinquièmes de la moyenne des sécessions fournie par 
les tables statistiques de la société. Pour obtenir la 
rédtu'tion l'éellc produite dans le passif jjar la séces- 
sion, il faudra donc augmenter le chitlre U0\ ^l'JO li 
vrcs stcrl. (H) O^G 250 fr.) dans la môme proportion, 
ce qin donne : 1 003 725 livres stcrl. (25 093 125 fr.) 

401,490 X 5 
('lOl VJO : X :: 2 : 5, ^^ := l OU'3 725), 

ce qui est l'objet de la dci'nièie rectilicalion. En elfet : 

Le premier passif était de 2 553 715 iJ • 

Lu sécession doit le réduire de 1 003 725 

P.estc (dincrencc) 1 549 990 .£ 

(:58 7.'i9 750 IV. 

Mais cet .accroissement de la sécession 

réduit le capital social à 9'i7 879 £ 

Sans lou(;lior à l'encaisse ni a\ix arriérés. 148 181 

L'actif est donc ramené à 1 090 000. £ 

(27 401 500 fr.) 



328 APPKNIUCK. 

IiiilVrfiiirn 1 5'j!) 090 JÇ = 38 749 7ô0 fr. 

Actif i 090 000 = 27 401 500 

Lcdôficilrrcsliilusqii.; de. 453 9:i0£ = II 318 250 fr. 

C'est ce (léliciL (lu'uti aceroisï^enicnl de 6 pom'e 
(62 centimes) dans la cotisation hebdomadaire snfliiail 
à couvrir, car le capital social serait al()r> repri'-- 
SLMilé par un eliiHVo (\o 50 pour 100 plus élevé qn'il 
no l'est anjuindlitii, et Taclif se composerait ain^i ; 

Capital social pour 1 ^Iniliii^' par 

semaine 9'i7 879£ 

— pour C'I en sus par 

semaine .'i73 O'iO 

Encaisse cl arricn'is 148 181 

Actif 1 570 000 i; = 39 250 000 fr. 

Le passif était 1 549 990 4J = 38 749 750 fr. 

Excédant 20 0i0£= 500 2ôori. 

Dans ce calcul. M. Finlaison a supposé que la so- 
ciété aurait consacré toutes ses ressources aux se- 
cours mutuels. Les dépenses de chômage vont troubler 
encore l'équilibre de ce nouveau budget; mais, après 
avoir accepté l'estimation qu'il eu fait, loin de nou> 
borner comme lui ;\ exprimer le vœu, impossible à 
réaliser, que les Unions renoncent aux grèves, en vue 
desquelles elles ont été spécialement formées^ nous 
chercherons à calculer, au moyen des chifl'rcs même^ 
qu'il a donnés, de quelle manière elles pourraient, 
sans danger pour l'avenir, fairefaecà cette iniporfante 
dépense. 

Prenant toutes les nioyeimes l'oui nit-s par leur sta- 



AI'!'F,ND1CE. 329 

(isliqiio, il croit pouvoir l'cslimer au double des se- 
cours donnés aux malades. Or, ces secours, qui, dans 
le second calcul, étaient représentés par un capital de 
322 G ri livres sterl., se trouvent réduits, par l'accrois- 
sement proportionnel de 2 à 5 dans le calcul de la 
sécession, à un capital de 273 521 livres sterl., dont 
le double, ou 5/»7 042 livres sterl. (13 676 050 fr.), ex- 
primera en gros le capital représentant la moyenne des 
frais de grève pendant une période de seize années, 
nuirquée par de nombreuses et longues luttes de ce 
genre. Ce chiffre, moins l'excédant précédent, marque 
le déficit que TUnion aurait à combler après avoir 
porté ses cotisations à l"''- 6''- (1 fr. S7c.)par semaine, 
>i, comme on ne peut en douter, elle persiflait à ins- 
crire les Frais de grève en tète de ses budgets. Il est 
dr 527 0;r2 livresstrrl. (13 175 SOO IV.) 

(tn piMiriait y l'aire face de jjlusieurs manières : 

I. — ]',ii- lui UMUVcl arcroissemenl de 6'' ~ (70 c.^ 
t! uis les sousci'iptions hebdomadaires, qui les p(ule- 
lait à 2^''- O''- ?-. (2 IV. 57 c). 

Le. il('lic.it i:laiil (1.1 527 032 £ 

Il larrroisspiiifint rcjic.sciilc [ur. . . /i2.'i 181 ont.iial cnlciil.- sur 

11- lilt-iur l'IiillVo i|Mf 

1..^ il.-licit m- snail plus cpie de. '2 851 .£ li'M"''''-«d'''''='- 

(71 27Ô fr.) 

il. — SI, comme il esl |)robabIe, celle contribulion, 
ipii représeiile 5 livres sleil.7~''- 3'- 133 fr. 05 (•.)[)araii, 
riait trop lui II' [H un la liuiiix- inodiipie de l'oini ier. on 
poiu'rail, l'ii laissant la eoli^ilioii à T''- 6'- , diiuimiei" 

1'.». 



330 AI'I'KNDICE. 

Il' lui if (les ^('(•olns (loiiiii's p.ii' la sociétf'', iiioycn plus 
siiuplc!, plus piali(|U(! tl plus lo-^ujuo. 

I.os cliai'^'cs iMi|)os(''Os à la soricjltî par les secours 
iiiuIihIn élai(,'iil, eu (Iciiiiri' lieu, icprésonlécs par: 

L'n capital de 1 5'i0 iJOO r 

Celles des grèves jiur fj'i? 0V2 

ToTAi 2 097 032£ 

(52 425 790 fr.) 

Va\ réduisant tous ces secours et allocations d'un 
quart, ou oblieiuira une économie à peu j)i6s égale .'t 
l'accroissenienl iudifjué ci-dessus, soil : 

D.'ficit 527 032 £ 

Un quart relranclié des charges. . . . 524 258 

Déficit n-duit à 2 774£ 

(G9 350 fr.) 

III. — Il serait encore mieux peul-ètre de combiner 
les deux systèmes, alin d'en atténuer les edets en les 
compensant : 

En augmentant les souscriptions de 3J- i (soit l^''- 9'- i, on 
angnienlerait les reeellcs de 256 717 J^* 

En diminuant les charges d'un huitième, 

on ècoiioniiserait 262 1 29 






51S 84G£ 
(12 971 150 fr.) 



APPENDICE. 331 

Défirit 527 032 £ 

Accroisseinctit el écououiii' 518 846 



Le (Icficit serait réduil à 8 186 £ 

(204 650 fr.) 

Kt si les frais d'enterrements sont seuls l'éduits d'un 
nutre iiuitième, c'est-à-dire ramenés de 12 à 9 livres 
slerl., une nouvelle économie sera faite do 12 79i livres 
qui assurera im excédant de /i608 livres sterling. 

(Voy. p. 70 et 145.) 

11 importe d"approcher autant qu'il est possible de la 
vérité en donnant la moyenne des revenus annuels d'un 
bon puddleur. Ce n'est qu'après avoir scrupuleuse- 
ment pesé les dépositions contradictoires dont cette 
moyenne a été l'objet, que nous avons cru pouvoir la 
fixer il 52 ou 60 livres (1300 ou 1500 fr.). Cependant 
quelques persoimes très versées en pareilles matières, 
ayant trouvé ce chitVre tro[) faillie, ont tenu à le véi'i- 
(ier. Nous donnons ici les renseignements qu'elles ont 
recueillis, et qu'elles ont bien voulu nous commu- 
niquer. Nous avons eu la satisfaction d'y trouver la 
confirmation de la moyenne indiquée ci-dessus et de 
l'exactitude du cbilï're que nous avions obtenu. 

Dans l'une des meilleures forges du Staffordshire, où 
le travail est le plus régulier, la Stoio' Valley Forge, 
appartenant à MM. Thorneycroft et C'% les lions pud- 
dlcurs ont en moyenne gagné comme salaire annuel : 

ICii ISCG lui 18G7 

Payé pnr le patron au puddlour 108.16.8 89.12.3 

Mais le piulillcur a dû payer à ^•oll aide. o3. 6 30.10.6 

V(''ritablc rcvc^iui aiiimr-l du piiddli'iir. . . 75.10.8 59. 1.9 



3?>'2 AI'l'KNDK.K. 

(lornmeon le voit, le chiflre de l'aimée 18G7, qui e-l 
celle ;\ laqticlie se rappoitnicMil pailiciiliùrt-niciil Ir-, 
(it'posilioiis rceiics pai- la eoininissioii, coirfspoïKJ 
cxaclciiiciil à celui qui' iii)U> a\ifiiis (l{jiiii(j avaiil (i'.i- 
voir comiaissaiice de ces {locmiifiils. 

Le ealeul qui préccde est fonde hji- le pii\ p.isi'. 
à l'ouvrier par ((hiii(> de fei- puddli-, })ii\ (jiii clail en 
18G6 de 9^'' G'- et en 1.SG7 de S^'-G'-, et sur le nombre 
de hcats que cehii-ei fait dans l'année. On compte au- 
tant de /ieaAs que l'on renouvelle de fois la fonte dans 
le four après en avoir retiré la houle de fer ineandes- 
ccnl. Après six Iwats, on arrête le feu : ces six hcnts s'ap- 
pellent un /^wvî et prennent d'ordinaire une journée de 
dix à douze heures. Chaque /«/r/i produit généralement 
un peu plus d'une tonne de fer puddié. Ainsi en ISGG 
la moyenne du travail du puddieur a été de 19G /»r//.-f, 
produisant environ 229 tonnes de fer. Comme il faut 
tous les douze jours consacrer une journée au net- 
toyage du four, ces 1% l'i/rns représentent huit mois 
de travail et quatre mois de chômage. En 1867, les 
salaires furent moindres et le chômage plus long : la 
moyenne ne fut que de 177 tums et demi. ?sous avons 
naturellement dans ces calculs tenu compte du chô- 
mage, et cherché la moyenne du revenu annuel avec 
toutes ses incertitudes, et non celle du salaire de 
shaque semaine de travail. Celle-ci aurait donné un 
chiffre illusoire lorsqu'il s'agit d'élaljlir le budget an- 
nuel de l'ouvrier. 



APPI^NDICF,. 333 



(Voy. page 2M .) 



Le onzième voliunc publié par la Commission d'en- 
(|iJÛLe a paru depuis que ces lignes ont été écrites. 

Nous n'avons pas à donnet' ici une analyse étendue 
des documents qu'il contient. Malt^ré leur intérêt, ils 
ne peuvent être considérés que comme une sorte de 
préparation à la discussion qui sei-a prochainement 
entamée à la Chambre des communes, sur la loi rela- 
tive aux Traies-Unions, présentée par ^I. Mundclla. 
(îette discussion jettera beaucoup de lumières sur 
notre sujet. 

Nous nous bornerons à dire que ce volume con- 
tient les deux rapports de la majorité el de la mi- 
norité de la Commission, signés l'un par sept et l'autre 
par trois membres; puis une pièce remarquable^ inti- 
tulée : Conclusions tirées des dépositions, où MM. Hughes 
el Uarrison justifient les opinions de la minorité. Ce 
morceau nous a d'autant plus fi-appé que les vues sur 
les Tradvs-Unions ([ui y sont résumées, et défendues 
avec autant de talent que d'autorité, sont les mêmes 
que nous avons cxpiimécs dans le cours de ce tra- 
vail. C'est im exposé trop long malheureusement 
pour que nous puissions le publier ici; mais nous 
'e recommandons partieulièrem(Mi! à ceux de nos Jet;- 
teurs que nous n'aurions p;is eu le bonheur tle eon- 
vaincre. 

Le onzième volume se termine par un tnpmnran- 
dnin oîi le ^n'ésident de la Commi>^^ion, Sir William 



3?.'i APPF.NDICE, 

Kilo, comiïionln la loi actufîllo. rftlative aux ruions; un 
rapport pri^paré par M. Hoclh cl qu'il n'a pu fain; 
ayi'f'ir (I(; ses colUNgues; oiilin quf;l<iu(îs obsorvatioiis 
(lo M. iMcrivaU;. 

On a l)c;iu('(i;i[) romarqué que lo seul pair d'Aiii^U'- 
lorrc qui siégeât flans la (joniniission , Lord Lichficld, 
n signé lo rapport de la miiiorili'', plos lavorahlo au\ 
Unions quo relui dos sept membres de la majorité. 

(Voy. p. 301.) 

Au moment oi^i les disputes entre les mineurs et les 
propriétaires de houillères viennent, presque à la fois, 
d'ensanglanter le pays de Galles, le bassin de Cliarlcroi 
en Hclgique, et chez nous celui de la Loire, le succès 
do l'expérience tentée par M.M. Uriggs olTre un intérêt 
tout iiarticulior. Nous croyons donc devoir ajouter à ce 
quo nous avons dit que, depuis un an, ce succès, loin 
de diminuer, a dépassé leur attente : un bénéfice su- 
périeur h. celui des années précédenlos a été partagé 
au l*' janvier 1869. Mais, dans cette époqjLie de dé- 
fiance et d'agitation, ce sont principalement les résul- 
tats moraux de cette expérience qu'il importe de con- 
stater. Aussi la pièce ci-jointe , dont nous recevons 
communication à l'instant (21 juin 1869), nous sem- 
ble-t-elle de nature î\ intéresser nos lecteurs. On y 
verra que les ouvriers ont répondu avec une entière 
loyauté aux loyales avances de MM. Briggs, et qu'ou- 
bliant les rancunes et los passions d'hier, aussi siîicè- 
rement que ceux-ci s'étaient affranchis de préjugés 



API'LNDIflE. 335 

traditionnels, ils leur ofïVenl aujonrd'iiui un puissant 
et cordial appui. L'iiostilité déclarée de plusieurs pro- 
priétaires (le houillères contre le système de la parti- 
cipation industrielle a été l'occasion de la délibé- 
ration (les ouvriers que nous reproduisons ci-après. En 
(îllet, (pioi(pi'il ait accru môme les bénéfices matériels 
des capitalistes qui l'ont appliqué, ce système devait 
passer pour une dangereuse innovation aux yeux de 
ceux qui regardent la solidarité des patrons et des 
ouvriers comme une vaine utopie. Aussi n'a-t-il été v^ 
qu'avec une extrême défiance par la plupart des éta- 
blissements voisins, et il paraît (luc les directeurs de 
l'un d'entre eux ont récemment annoncé l'intention 
d'engager avec MM. Briggs, au moyen de la concur- 
rence, une lutte dans laquelle ils espèrent voir s'écrou- 
ler , avec la Société de Whilwood, tout le système 
qui leur porte ombrage. C'est pour répondre i\ ces 
menaces que les principaux ouvriers de MM. Briggs 
se sont réunis le 17 juin, et, sur la proposition de 
deux d'entre eux, MM. Black et Toft, ont adopté ;\ 
l'unanimité la déclaration suivaide : 

« Les ouvriers réunis dans ce meeting, considérant 
» l'opposition, ouvertement avouée, que font au prin- 
)) cipe de la participation industrielle les propriétaires 
» d'une houillère voisine, tiennent à exprimer leur 
» confiance dans les dii'ccteurs et administrateurs delà 
)> Société (le Henry Briggs , (Ils et C''\ et sont déci- 
» dés à rair(> tous leurs ctl'oils pdur les soiitiMiii", et à 
» leur donner le plus cordial ap[)ui, (':tant i)arfailement 
)) convaincus qu'on ne demandeia aux ouvriers que les 



336 AI'l'KNhirK. 

I) sacrifircs ;i1js(»Iiiiiii iil iK-cosairfs pniir \,rKU'rc ("«•lie 

» ()|)|)()silir)ii. » 

M. lîi'iu'C:^ rif)iis r.iil rciii;ir(|iu'i' i|ii(' M. Tutl, l'tiii des 
< dix oiiM-irrs qui ont [jiojjdSi'' ci-lle (If-rlaiMlinii. est 
ccltii-hi iiiôiiic (jiii, il y d \uiu d'anmîo.s, l'avail (|ii.ili'i<- 
'J'ime manière si élraiiyc (voyez p. 289). 



l 1 N. 



TABLE DES MATIÈHES 



A\ \NT-pr.ni'05; y 

'HAMTHE F. — l,es crimes de SlicfTield 1 

(HAIllIîK II. 

1. — L'orijjiiic des Trades-liiiions 27 

2. — I,a silualion légale des TradesUnions o'i 

• iiM'iiiii. III, — l,'oi;jniiisaliiin des Tradcs-L'nions 3") 

<'iiM'rri!i; i\ , — I,'indu<tiic des bâtiments 71 

< iiAi'iTiiK V. -- l[ labricalion du fer lOS 

«'iiAi'iTiiK \l, — I.'ex|iloilalioii do la liouillc 152 

f'ilAMTl'.K vil. 

1. - La constriioliiMi des invires de fer IC'i 

2. - F,cs maidiiiu's 209 

(MAriri.i; V|ll — Industries diverses 22 'i 

I - - Les tailleurs 22(i 

2. — Les verriers 2'A'A 

o. - - Les ty|Hip;ra|ilies 2:>S 

4. — Les lilaleurs do colon 2i7 



33H '1 Al, 1.1. M.s .MVllKllLS. 

r.iiAiiiiii; |\. — licmèilcs aux grèves 2G0 

I. — Conseils <r;uiiilrfs : 

1° M. K.îlllc 2G8 

2° M. MuridrlJa 275 

II. — La cooi>éra(iuii 28G 

1° La houillère de Hri^gs i ('.. 288 

2" La Sociélé agricole d'As.singloii 301 

r.iiAPiTRK X. — L'avenir des Unions et la libcili'; ['"''^'T"^- •^'^^ 

Ari'tNuiCL. ... , • 323 



Fi.N Li: L\ T.\DLE DE.- lI.vriEHES. 



Tiiil . — Iinrii:i:ciic de K. Mariînet, rue Mignon, 2, 



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Paris, Louis Philippe Albert 
d*Orlëans 

Les associations ouvrières en 
Angleterre 



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